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Hard times in New York Town


Tag: Parce qu’un petit coeur bat ici aussi


Pour un monde plus paisible, l'eau Vaimato, source de bien-être

Kids with guns


Les armes à feu aux Etats-Unis, pour nous, c’est:
– quinze jours après notre arrivée en 2014, Thanksgiving chez des copains américains plus âgés, à Youngstown, Ohio. On les voit balancer en soupirant des prospectus pour armes à feu reçus dans leur boite aux lettres. On s’exclame, on récupère les prospectus dans la poubelle, on hallucine. C’est pas cher, c’est marketé avec la même efficacité qu’un produit pour chiottes, ça a l’air de marcher par correspondance, colis reçu sous trois jours, satisfait ou remboursé, vu à la télé. Par la suite, on s’est habitués, dans les petites villes, à déchiffrer souvent sur des devantures “guns and ammunition”, ou le petit raccourci mignon “guns and ammo”.

– le camping playmobil offert par mes parents à Nayla et Charlotte (3 et 5 ans) pour Noël. Dans le camping playmobil, il y a des petites toilettes playmobil. Le premier jeu auquel les filles jouent, spontanément, une fois qu’on a monté le camping, c’est de hurler “lockdown, lockdown, everybody lockdown, cachez-vous tous” et de planquer tous les petits paymobil dans les petites toilettes. Tout ça parce qu’à l’école, ils font des lockdown, soit des sortes de jeu de rôle “comment qu’on se planquerait bien s’il y avait un type avec une kalach” plus d’une fois par mois. Dans la série “playmobil, sonde l’inconscient de tes bambins”, on était servi.

– les tuerie après tuerie après tuerie. Quand on n’habitait pas ici, on voyait ça de très loin, comme un folklore sanglant, une incompréhensible particularité culturelle qui donnait lieu à des énormes faits divers. Sandy Hook, Columbine. Des lieux vaguement exotiques, des images de mamans hurlant et des commentaires avec graphiques badants. Du coup, une poignée de films ffff Télérama, où Michael Moore ou Gus Van Sant tentaient de percer à jour le mystère à grands renforts de travelings artistiques. Depuis, on a trois enfants qu’on dépose à l’école américaine tous les matins. La première personne qu’on y croise est toujours le pauvre garde – évidemment noir – qui glandouille sur youtube au lieu de regarder ses 18 écrans de surveillance. Sa mission est de rassurer mollement les parents, mais bien plus sûrement de se faire buter en premier si d’aventure un adolescent mal dans ses pompes débarquait avec son AR-15. Alors on sait bien que le marketing sécuritaire c’est de la merde, mais on a désormais nous aussi le coeur serré devant les photos de mamans qui hurlent et les graphiques badants.

– et puis depuis quelques temps, le vague espoir totalement dingue que l’Amérique devra son salut à quelques gamins traumatisés. Et on est assez soulagés de ce qui semble – enfin – en train de se passer.

Pamela


Elle a le prénom d’une héroïne de Dallas, l’énergie et la mâchoire coriaces d’une héroïne de Dallas.

La première fois que je l’ai rencontrée, elle a prononcé le mot « marathon ». Je me suis retournée pour crâner comme un chiot abruti et frétillant « qui a dit marathon, ouaih moi j’ai déjà couru un marathon, c’est cool les marathons ». J’en avais certes couru un, mais Pamela en avait couru 23.

Elle court, elle court, elle court. Elle met ses enfants au parc, et elle court autour du parc en agitant la main quand elle passe devant eux. 28 tours de parc pendant que ses enfants jouent au toboggan. C’est un peu du manège inversé, maman tourne, les enfants font coucou.

Elle court quand il pleut, quand il neige. Elle s’est fait renverser par une voiture il y a deux ans, en courant. Elle a passé une semaine à l’hôpital, puis très rapidement, elle a recommencé à courir.

Quand elle ne court pas, elle encourage les coureurs. Elle m’a emmenée en voiture au marathon de NY l’année dernière, moi et plein d’autres coureurs qui prenaient des selfies en se parlant de ‘pace’, de gels énergétiques et de toilettes sur le parcours. Elle était au mile 21 pour m’encourager, pour me hurler que j’allais y arriver, elle en avait presque les larmes aux yeux, alors que putain, des fins de marathon difficiles, elle a dû en souper.

Elle a divorcé il y a trois ans. Courir l’a aidée, dit-elle, mais elle dit aussi que picoler c’était pas mal.

Elle avait un travail pas marrant, genre banque, les gens appellent ça un « office job ». Quand elle s’est fait virer il y a quelques mois, elle a dégoté dare dare un boulot comme vendeuse de baskets dans une boutique de running. Elle dit qu’elle ne s’est jamais si peu emmerdée, qu’elle va retrouver un travail « bien pour le CV » quand elle en aura le courage, mais là elle n’a pas le courage. Vendeuse de sneakers, ça l’éclate bien plus. Elle a presque fini de vider son « severance package » (indemnités de licenciement), pour l’instant son salaire lui suffit. C’est une trajectoire plus courante qu’on ne le croit, ici où les gens, même blancs, même riches, carburent à la précarité.

Elle est entêtée, enthousiaste, vraiment gentille et totalement épuisante. « You can do it » babe. Impossible n’est pas américain. Ain’t no moutain high enough. Elle vote démocrate, elle est bien sûr affligée par Trump, elle like toujours mes posts politiques pourris sur Facebook. Elle serait bien allée aux women’s march. Mais elle avait course à pied.

Tristes trumpismes


Un jour j’ai commencé une série d’articles sur le fait de vivre à l’étranger. On se sent loin, on se sent souvent con. Et parfois, très très seuls.

On est à presque J+1 semaine de l’élection de Trump. Mes copains français ont recommencé à poster des photos de chats ou de vacances exotiques sur Facebook. Mais aux US, le monde est toujours suspendu.

A la sortie des écoles et au parc, les parents ont toujours le visage ravagé. Les américains réagissant vachement à l’émotion, il n’est pas rare de voir des passants en larmes. Sur la 5e avenue, la Trump tower est barrée de cordons de sécurité qui obligent à faire un détour d’un quart d’heure plutôt que de passer devant. Les timelines Facebook des américains explosent sous les micro-débats politiques d’habitude quasi inexistants aux Etats-Unis. D’ailleurs c’est marrant, le point godwin du trumpiste n’est visiblement pas le nazisme mais « acheter des armes est mon droit de l’homme ». A Columbia, les étudiants font du Columbia, c’est-à-dire qu’ils protestent et organisent des grands amphis pour débattre du fait qu’ils vont bientôt redébattre. J’ai été ajoutée à un groupe Facebook secret « pantsuit nation », où la moindre photo d’un fromage sculpté en forme de H comme Hillary est saluée 56.000 fois. Tout le monde se prend dans les bras dans le métro 1, en oubliant opportunément que Trump fait 37,5% du vote new-yorkais donc l’argument « les fermiers du midwest, ces gros débiles » fait long feu.

L’Amérique s’est pris un train dans la gueule, et ne sait pas vraiment l’appréhender autrement qu’en termes de fin du monde. Il est rigolo qu’elle ne puisse l’appréhender autrement qu’en termes de débats sur Facebook + protests, mais les engagements politiques viendront peut-être plus tard, après la stupeur.

Moi, je fais ma maligne mais je ne dors plus depuis une semaine. Je ne sais plus quoi penser, je ne sais plus dans quel espace me situer. Je ne sais plus si j’ai raison de ne pas dormir. Mais je sais que je réagis comme une américaine beaucoup plus que comme une française. J’ai brusquement adopté mon pays d’adoption la semaine dernière, et je ne sais pas encore trop quoi faire de cet encombrant cadeau.

Promis, la prochaine fois on parle de gamins qui font pipi dans leur culotte à Central Park.

Lorsque l'enfant paraît (le photographe déboule)

Un article pour une naissance


Ce post a été finement écrit le 7 avril, mais post publié pour le D-day.

A l’heure où vous lirez ce post, j’aurai accouché de mon troisième bébé.

Je serai probablement dans l’état un peu comateux des jeunes accouchées (je sais, on dit « parturiente« , mais c’est si laid …) très pâteuse, très heureuse, débordant d’émotions habituellement contradictoires et de sécrétions dégueu diverses. Comme pour mes deux précédents accouchements, je passerai sûrement en en une nanoseconde de l’abattement à des états de transe un peu effrayants, à la grande perplexité de mon pauvre mari qui ramera pour raisonner l’irraisonnable, et tentera gentiment d’endiguer les rivières de larmes qui ne manqueront pas de couler pour des motifs majeurs style « je ne retrouve pas le body que Charlotte portait quand elle était petite ». En tout état de cause, je serai sûrement incapable d’écrire un post, ou un texto, et peut-être même d’épeler mon prénom.

Je ne sais pas grand chose de plus.

Je sais que j’ai perdu la  guerre, le bébé ne s’appellera pas Rosalie si c’est une fille, pas Yann si c’est un garçon. Je propose donc par vengeance, de l’appeler sur ce blog Rosalie si c’est une fille, et Yann si c’est un garçon.

Je sais qu’on m’a raconté que les hôpitaux américains proposaient du homard et du champagne. Ca ressemble à une légende urbaine, mais j’y crois dur comme fer.

Je sais qu’accoucher aux US va forcément être un peu marrant, et un peu consternant.

Je sais que je vais mettre quelques jours (ou semaines), à retrouver l’énergie suffisante pour faire du sarcasme là-dessus.

Je sais que je préfère vous épargner les posts « mon bébé ma merveille » parce que je trouve souvent ça d’affreusement mauvais goût.

Je suis reste néanmoins convaincue que mon bébé est FORCEMENT une merveille, sauf si comme Nayla ET Charlotte il fait la crise d’acné du nourrisson la plus flippante jamais observée par les dermatologues.

Et bordel, JE SAIS SURTOUT QUE CET ENFANT AURA UN PASSEPORT AMERICAIN ET C’EST LA FREAKING CLASSE.

A vite !

Pourquoi c’est dur de vivre à l’étranger – l’éloignement


Suite du précédent.

… Parce qu’en vrai, vivre à l’étranger, c’est saborder un pan immense de nos vies.

Nous nous condamnons nous-mêmes à ne pas voir nos parents vieillir. A ne pas voir nos grands-parents mourir. A ne pas voir pas nos neveux grandir. A rater les naissances, les fausses couches, les mariages, les ruptures, les débuts de relations flamboyants et les sales maladies. Et aussi tout le reste, tout ce qui n’a pas de nom officiel. La vie quoi.

Nous devrons à une piètre connexion skype les seuls échanges entre nos enfants et nos parents.

Nous ferons des arbitrages déchirants et impossibles. Nous prononcerons des phrases comme “je ne pourrai pas rentrer pour ton mariage, je suis déjà revenue pour l’enterrement de mamie il y a deux mois”.

Nous serons absents quand la maman de Sonia mourra, et rien que d’y penser j’en ai encore mal au ventre, parce que oui, sur place aussi j’aurais été impuissante, et je ne sais pas comment j’aurais pu l’aider vraiment, mais bordel, j’aurais au moins pu vider une, ou deux, ou dix bouteilles de rouge avec elle, ce qui m’aurait donné le sentiment idiot, mais capital, d’être “là”.

Nous apprendrons à ne plus faire confiance aux “tout va bien”. Parce que souvent, tout ne va pas bien, mais notre entourage voudra nous épargner, puisqu’on est si loin et que cela ne sert à rien. Alors nous recouperons obstinément chaque information pour être sûr qu’on ne nous a rien caché et que oui, vraiment, tout va bien.

Les au revoir auront souvent des goûts d’adieu, surtout quand il seront adressés à ceux qui vieillissent. Alors nous ravalerons nos larmes, et nous nous sentirons comme des gros cons, parce qu’en définitive, tout cela, nous ne le devrons qu’à notre seul égoïsme.

Et nous nous demanderons parfois si cette “expérience” de l’étranger mérite vraiment de renoncer à tant d’amour, à tant de raisons d’exister, à tant de moments importants.

Nous n’aurons jamais la réponse.

Mais nous observerons sur Facebook l’écume de ce que nous avons raté.