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Hard times in New York Town

Pamela


Elle a le prénom d’une héroïne de Dallas, l’énergie et la mâchoire coriaces d’une héroïne de Dallas.

La première fois que je l’ai rencontrée, elle a prononcé le mot « marathon ». Je me suis retournée pour crâner comme un chiot abruti et frétillant « qui a dit marathon, ouaih moi j’ai déjà couru un marathon, c’est cool les marathons ». J’en avais certes couru un, mais Pamela en avait couru 23.

Elle court, elle court, elle court. Elle met ses enfants au parc, et elle court autour du parc en agitant la main quand elle passe devant eux. 28 tours de parc pendant que ses enfants jouent au toboggan. C’est un peu du manège inversé, maman tourne, les enfants font coucou.

Elle court quand il pleut, quand il neige. Elle s’est fait renverser par une voiture il y a deux ans, en courant. Elle a passé une semaine à l’hôpital, puis très rapidement, elle a recommencé à courir.

Quand elle ne court pas, elle encourage les coureurs. Elle m’a emmenée en voiture au marathon de NY l’année dernière, moi et plein d’autres coureurs qui prenaient des selfies en se parlant de ‘pace’, de gels énergétiques et de toilettes sur le parcours. Elle était au mile 21 pour m’encourager, pour me hurler que j’allais y arriver, elle en avait presque les larmes aux yeux, alors que putain, des fins de marathon difficiles, elle a dû en souper.

Elle a divorcé il y a trois ans. Courir l’a aidée, dit-elle, mais elle dit aussi que picoler c’était pas mal.

Elle avait un travail pas marrant, genre banque, les gens appellent ça un « office job ». Quand elle s’est fait virer il y a quelques mois, elle a dégoté dare dare un boulot comme vendeuse de baskets dans une boutique de running. Elle dit qu’elle ne s’est jamais si peu emmerdée, qu’elle va retrouver un travail « bien pour le CV » quand elle en aura le courage, mais là elle n’a pas le courage. Vendeuse de sneakers, ça l’éclate bien plus. Elle a presque fini de vider son « severance package » (indemnités de licenciement), pour l’instant son salaire lui suffit. C’est une trajectoire plus courante qu’on ne le croit, ici où les gens, même blancs, même riches, carburent à la précarité.

Elle est entêtée, enthousiaste, vraiment gentille et totalement épuisante. « You can do it » babe. Impossible n’est pas américain. Ain’t no moutain high enough. Elle vote démocrate, elle est bien sûr affligée par Trump, elle like toujours mes posts politiques pourris sur Facebook. Elle serait bien allée aux women’s march. Mais elle avait course à pied.

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