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Hard times in New York Town


Tag: Sociologie de trottoir


Population de gros cools refaisant le monde devant un latté

Les cafés new-yorkais


… ont un gros nombre de points communs :

– de la brique apparente, rouge ou blanche

– des petits coeurs en crème dans ton café latte, fignolés avec sérieux et amour par des beaux baristas qui malheureusement ne te regardent ni avant, ni après avoir fait le petit coeur. J’étais d’ailleurs au désespoir de constater que dans « mon » café, le beau barista barbu avait fait exactement le même coeur à une grosse acariâtre qu’à moi.

– une passion pour le pop-rock d’il y a cinq ans (ça tombe bien, c’est l’époque où j’ai cessé de faire semblant de m’y connaître). La playlist doit tourner entre les cafés parce qu’on la retrouve de Williamsburg à Wall Street. Dedans il y a The Shins, les vieilles Arcade Fire, et la petite voix lassée du mec de Bright Eyes qui dit que « this is the first day of my life ». Parfois à trois heures d’intervalle, la même chanson peut passer deux fois.

– une clientèle quasi exclusivement composée, aux heures où je les fréquente, de gens qui travaillent en free lance sur leur mac. D’ailleurs il y a l’air d’avoir un « networking du café » très dynamique puisqu’il y a gros échange de cartes de visite entre mecs trop cools qui squattent sur leurs mac.

– beaucoup de tatouages classe, genre à base de nombre d’or (« I don’t know if you’ve heard about the Fibonacci suite »). Comme les tatouages me fascinent, je demande systématiquement l’explication aux serveurs. Il y a pas mal d’hommages un peu tristes à un père / frère disparu, mais tu sens aussi la volonté de se démarquer visuellement. Par ailleurs comme les mecs sont toujours hyper contents de raconter leur tatouage, c’est l’occasion de chopper un cookie gratos.

 

A noter, pour la rigueur de l’étude, que j’ai par principe exclu Starbuck. C’est d’ailleurs statistiquement une connerie parce qu’il n’y a de plus new-yorkais que de se trimballer avec son machin Starbuck à emporter

Le combat de gladiateurs, une activité condamnable (légende trouvée sur linkedin)

Linkedin ou la révolution par les phrases chocs


Retour d’expérience, un an après. Linkedin ne m’a pas fait trouver de travail. Mais perdre pas mal de temps, oui. Ne serait-ce que pour amasser péniblement les 347 amis que je compte actuellement.

Le fil news me rend particulièrement perplexe. Entre les révolutionnaires « machin is celebrating 3 years with X firm », liké poliment par dix personnes, c’est la fête aux phrases choc : on dirait que le fait d’être pote avec leur chef, voire le chef de leur chef, pétrifie tous les membres de la communauté linkedin. Du coup les « slogans » sont d’une platitude de plaquette d’entreprise.

exemples pris dans mon fil news du 7 janvier 2015 :

« il existe une nouvelle app du tonnerre; cela s’appelle le contact humain. Essayez-la, vos affaires s’en porteront mieux ».

« you want to win? promote more women »

« si la vue d’un bureau encombré évoque un esprit encombré, alors que penser d’un bureau vide » ? du super-likable Einstein

Mère faisant part de l'exhibitionnisme de son bébé à un enfant inconnu

Les règles de savoir vivre : comment parler aux gens qu’on connait pas


Voici un compte-rendu à J+1 an de l’immensité du choc-culturel-en-matière-de-relations-humaines-avec-les-gens-que-tu-connais-pas (je tente de me reconvertir dans la sociologie, c’est un peu pénible pour mon entourage).

Alors LE truc sur lequel j’ai tout de suite tiqué, c’est le « bonjour ça va ». Question rhétorique, à laquelle, à moins d’avoir perdu ta mère la veille et de parler à ta meilleure copine, tu te dois de répondre sobrement « ça va ». Ben en fait non.

Exemple 1. Dans l’ascenseur, il est 8h24, je suis en train de batailler pour enfiler sa deuxième chaussure à Charlotte pendant que j’engueule Nayla qui a appuyé sur tous les boutons. Une voisine (que je ne connais pas), monte dans l’ascenseur.

Moi (concentrée sur la chaussure) : bonjour, ça va ?

Elle : mon père est mort dans un accident de voiture à Miami il y a deux jours, je pars en Floride.

Moi : (rire crispé et niais) : oh shit ! ben euh, sorry. (suite…)

Las Vegas Parano (mais à New York)

Liste non exhaustive des micro-chocs culturels


– Le Marché du Chien (majuscules requises), où toutes les composantes de la consommation humaine sont déclinées pour ton clébard : psychologie pour chien, manteaux pour chiens, « dogdates », squares pour chien avec jeux éducatifs. Inépuisables gadgets pour chiens. Sans même parler des conversations sur les chiens (j’y ai tenté le second degré, c’était une mauvaise idée).

– Les bibles gratos dans la rue

– Le fait qu’on t’appelle « mommy » partout, partout, partout (mais qu’on n’appelle jamais ton mec Daddy)

– Le fait que les camions ressemblent à des jouets d’enfant, surtout les camions de pompier. D’ailleurs Charlotte aurait à peu près la même utilisation qu’eux du gyrophare et de la sirène si elle savait conduire

– Ta propre sottise de personne qui n’a pas utilisé son cerveau depuis bien trop longtemps : à quel moment exactement es-tu devenu cette personne socialement étrange qui fait une blague avec le mot « éjaculation » dedans à quelqu’un qu’elle a vu deux fois ?

tais-toi, maman est en train de se faire des amis

Comment se transformer physiquement en mère new-yorkaise cool


Après une observation attentive de mon nouvel écosystème, je crois avoir désormais acquis la panoplie fashion complète :

  • Un abonnement au New Yorker (je ne sais pas encore si je suis censée le lire ou si je peux me contenter de le promener ostensiblement)
  • Une paire de Ray Ban polarisées bleues
  • Deux leggings (note angoissée : l’accessoire semble malheureusement être des jambes fuselées de prof de yoga, suis-je supposée m’inscrire à des cours de gym ? Pitié, dites-moi que non)
  • Deux Tshirt un peu larges, à message « subtil décalage» à porter avec les leggings. En plus, l’avantage c’est que pour l’instant je n’ai pas eu à investir : l’un dit « fuck yeah Jacques Chirac » (mais depuis que les inrocks ont officiellement érigé Jacques Chirac en icône du style, je me demande si ça n’est pas déjà craignos (heureusement, la subtilité est peut-être trop française (mais peut-être que tout ça va échapper à mes nouvelles copines ? (je stresse)))) l’autre « moustache brothers », vestige d’un vieux voyage en Birmanie – celui là, j’ai 100% confiance.
  • des gants intégrés sur la poussette pour ne pas avoir froid en hiver, un gobelet intégré sur la poussette, un café « to go » dans le gobelet intégré, et l’air cool quand je le bois (même si je ne maîtrise jamais la chaleur de mon café et que je me crame les papilles)
Possible activité professionnelle pour les dix années à venir

L’atterrissage


Je me suis donnée un mois avant de commencer à chercher du boulot. Et c’est surtout au square de ma petite banlieue cool que je passe mes journées. Premières constatations :

  • les mecs ont l’air tellement contents de s’occuper de leurs enfants que c’en est louche. En attendant, il faudrait visiblement que je manifeste un peu plus d’enthousiasme quand je pousse machinalement Nayla à la balançoire.
  • J’ai rencontré au square, donc une horde de françaises desperate housewives diplomées. Profil médian : école de commerce, 30 ans, deux enfants qui s’appellent genre Joséphine et Edouard, bague de fiançailles grosse comme le ritz, et légère dépression planquée sous des sourires un peu las et des connaissances très pointues en matière de cours de tae kwen do pour enfants.
    Conclusion numéro 1 : va sérieusement falloir que je me mette à chercher du boulot.
  • J’ai aussi rencontré mes premières américaines stressantes. Profil médian : cheveux blonds qui flottent au vent (pour de vrai), legging qui te permet de constater qu’elle est formidablement bien roulée, enfant de 9 mois qu’elle fait jouer au toboggan et qui marche déjà, tapis de yoga qu’elle trimballe derrière sa poussette qui ressemble à un tank tout rose, et en plus, en discutant avec elle tu te rends compte qu’en fait elle a un vrai boulot, et pire encore, qu’elle est sympa.

Conclusion numéro 2 (d’ailleurs contradictoire avec la conclusion numéro 1) : tout ça me donne envie de continuer à m’empiffrer tranquillement de hazelnut butter en regardant Mad Men.

Enfants de 16 ans dont la croissance a été stoppée nette par l'absence de cours de gym, et leur mère éplorée

L’adaptation à petits pas


Je viens de me rendre compte qu’un pan du développement de mes enfants m’avait totalement échappé.

La semaine dernière je suis allée à un cours de cuisine pour enfants. Ouais. Le concept est extrême, mais c’est ma voisine qui fait les cours, et ma voisine est giga cool.

Indépendamment de la recette de poulet au paprika censée remobiliser ton enfant en souffrance de chips autour de son assiette, ça m’a permis de discuter avec pas mal de mamans surmotivées de l’éducation et honnêtement, plutôt sympas.

Bref, la maman d’un petit Jim, six mois m’a filé les chocottes : Jim est inscrit depuis deux mois à un cours de musique ET à un cours de piscine. Selon sa maman, Jim kiffe pas mal la piscine, mais son rapport à la musique est assez instable. Ca rend la maman un peu perplexe : parfois il est ravi, parfois il accroche pas. Imprévisible le gars. Et la maman de conclure par un constat accablé : « de toutes façons, on est bien obligées de les faire aller à des cours, sinon comment vont-ils se développer ? » Mystère abyssal indeed.

Ceci n'est PAS une bonne photo de profil linkedin (même si on kiffe ses enfants)

Linkedin-ed


Tu te réveilles un matin, et tu te surmotives pour créer un profil linkedin. Tu as pas mal ronchonné, parce que tu es plutôt du genre à truquer ta date d’anniversaire sur Facebook pour ne donner aucune bille au Grand Mechant Web. Mais là, tu veux un salaire. Et à l’heure actuelle, sacrifier tes données personnelles sur l’autel de l’indépendance financière paraît un bon deal.

Tu achèves en soupirant de remplir la case de tes études et de recopier ton cv petite case par petite case. Tu demandes ensuite à tes potes, tes chefs, tes camarades de promo, de devenir tes amis, et tu attends.
Une semaine après, tu n’as pas trouvé de boulot, mais tu es en mesure de faire un bilan d’étape prétentieux, ce qui est toujours divertissant. Donc : le monde de tes amis linkedin semble divisé entre plusieurs catégories de personnes.
1/ les demi potes qui ont réussi (disons selon la définition Challenges de la réussite)
– ils posent en cravate avec un demi sourire censément malin qui te fait un peu flipper.
– ils ont l’air plus vieux qu’ils ne sont.
– ils recommandent la lecture d’articles imbitables sur les normes ifrs.
– et postent des recommandations hallucinantes de condescendance sur leurs stagiaires, qui étaient toujours « a great addition to the team », et qui ont la même gueule qu’eux, avec quatre ans de moins.

(suite…)