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Hard times in New York Town


Tag: Pareil/pas pareil


Pendant ce temps, à Vera Cruz, la baby sitter se débattait aux prises avec trois enfants qui voulaient rereregarder Frozen.

Le mariage américain


Il y a 15 jours, on a assisté à notre premier mariage américain (sans la messe parce que la babysitter nous avait plantés au dernier moment et qu’il a fallu trouver une solution dite « bout de ficelle »). On est arrivés sur le coup de 18h dans le fin fond du Queens. Chaussures vernies, Uber noir, costume propre. Des princes. Le lieu de la réception ressemblait à quelque chose comme une villa espagnole croisée avec une église grecque orthodoxe. Tout ça entre deux autoroutes, bref expérience postmoderne « la méditerranée vu par les ricains ».

Attention, jeu des trois différences.

1- De manière générale, l’américain dine à 18h et termine ses soirées autour de 22 heures. Donc lorsqu’on a constaté, à notre arrivée, que les stands de paella, ribs et saucisse-mozzarella étaient dressés, mon mec et moi on s’est jetés sur la bouffe comme les crevards patentés qu’on est. En 1/2 heure on avait lavé le très copieux buffet, dessert compris, et ingéré un respectable paquet de calories. Verdict : Diner pas mal, assez gras, plutôt bizarrement organisé. C’est alors que Nestor le majordome nous indique qu’il faut passer dans la deuxième salle … et qu’on entre dans la salle du dîner. Tout le monde s’est foutu de notre gueule quand on a hoqueté « so euh the ribs was not the dinner? » non abrutie c’était le cocktail. On a dû retourner à la case départ. Quatre plats, commençant par une entrée légère : pasta al pomodoro with tomatoes (postmodernisme « le diner mébiterranéo-chic dans ton assiette »). C’est là que tu regrettes de ne pas avoir emporté de citrate de bétaïne dans ton sac à main so French.

2- Couverture médiatique = 4 photographes dont un quasiment suspendu aux candélabres, un drône et un cameraman qui traquait les mariés comme dans un trip Las Vegas Parano (je n’exagère pas). Autant dire qu’au niveau de l’album Facebook « our wedding », rien n’avait été laissé au hasard. J’ai vécu mon premier moment star lorsque mon mec a fait son malin sur Modern Love de David Bowie (comme à tous les mariages), et que tous les photographes ont convergé sur nous. Je pense que les mariés vont pouvoir effacer 1.380 photos de type « cellulite en gros plan ».

3- pas sûr pour le rétro-projo balançant des clips années 80 pendant le mariage. Mais c’était un moment intéressant pour réaliser que les Inconnus étaient des observateurs éclairés et précis de leur époque. Une autre copine américaine m’a glissé à l’oreille qu’un rétro-projecteur aux weddings c’était « so Long Island », je savoure encore la portée anthropologique de cette remarque (sans trop la comprendre).

Bon et bien sûr les robes longues et les brushings, et les French manicures, et les gens qui viennent du monde entier, la chocolate fondue avec des s’mores et les rituels de discours si différents des nôtres. Reprenons vite une grande lampée d’Amérique de l’âge d’or avant que Trump ne nous la désintègre.

Je n'ai pas pu préparer la présentation, Charlotte s'était dénudée sur la voie publique (excuse pour étudiant à enfant #147)

34 ans à l’université, take 2


Pareil / pas pareil : avoir des enfants ou pas quand on fait l’université.

Les devoirs :

Pour mes copines : c’est se réfugier dans la gravité silencieuse de leur appartement. C’est se verser un thé, allumer une bougie, et attendre, recueillies, que le savoir descende en elles (moyennant un savant roulement snapchat / Facebook / instagram environ toutes les 10 min).

Pour moi : c’est de toutes façons pas avant 21 heures 30, parce qu’avant on a les enfants qui hurlent, les lessives à faire et surtout la musique du roi lion dans les oreilles : naaaaaaaa tsimbrekiaaaaaa navadiss tsivaraaaaa (passion Simba). C’est se tromper de bouquin à lire assez régulièrement parce qu’on était un peu décapée au moment où on a pris les notes. C’est  lire 30 pages d’un truc à 1h du mat, relever la tête et se demander sincèrement : tiens, mais de quoi ça parle ? C’est aussi constater en rendant le livre à la bibliothèque que « buddha is in hiding » a pas mal souffert des balançages de purée virtuoses de Yann.

Spring Break :

Pour mes copines : c’est se dorer la fesse sur les plages de Californie en faisant valser du bellâtre sur Tinder.

Pour moi : c’est un blizzard qui s’abat sur New York dans moins de 24 heures. Il s’appelle Stella. C’est joli comme nom. Les trois enfants n’auront pas école pendant deux jours. On va en chier.

Les soirées :

Pour mes copines : c’est potentiellement tous les soirs.

Pour moi : c’est un concept oublié dans les années nonante. Néanmoins, malgré trois grossesses et deux marathons, je suis encore capable de boire deux bières sans vomir. Pour elles c’est moins sûr (j’ai organisé un pique nique au début de l’année, il devait y avoir 13 bières pour 25, ben y en avait un paquet qui disaient des conneries).

Le couple :

–  Pour mes copines : c’est un concept très frais (entendu récemment : « ça fait six mois ? ah ouais, une longue relation »). C’est des relations à distance, qu’on gère en s’engouffrant dans des avions à horaires impossibles, en écrivant des tonnes de whatsapp à smileys inquiets. C’est des idées de « comment on sera quand on sera maman » qui me m’attendrissent pas mal parce que j’avais les mêmes, et j’aimerais bien leur dire que la réalité sera différente, et si les filles, je vous promets que parfois vous donnerez des petits pots à vos enfants , et ce sera pas grave. C’est demander beaucoup de conseils à la con à ses copines. La vie de couple à 25 ans, c’est compliqué. C’est cool. Mais ça prend beaucoup de temps, beaucoup de sueur. Et c’est quand même surtout compliqué.

– Pour moi : c’est se rendre compte que l’autre est passé chez le coiffeur au bout de 5 jours. C’est tenter annuellement le resto « parlons de nous mon amour » et mettre même du recourbe-cils pour l’occasion, mais lâcher l’affaire à 22h15 parce que la conversation romantique commence à ressembler à une to-do list. C’est une course de relais (tu fais chier, c’est à toi de te lever, je me suis réveillée la nuit dernière / OK je sors jeudi, tu prends mercredi ?) C’est s’appuyer sur l’autre, rarement le séduire. C’est rigoler pas mal ensemble, souvent nerveusement. C’est néanmoins, entendre mes copines de fac me dire  : « oh mais tu as teeeellement de chance », parce que c’est vrai : c’est plus simple.

 

Parfois je me demande si mes copines et moi on est quitte. Je pense quand même que non.

Promis, après ça j’arrête de parler de mes enfants pendant au moins un mois.

You can put his onesie back on (huile sur toile, Factory 1960)

Petit séjour chez le pédiatre


Préambule : Ayant été une maman à Paris (2 ans) et à New York (bientôt 2 ans, ça nous rajeunit pas), je me considère comme une sommité en matière d’observation médicale comparée. Toute proposition de conférence sera attentivement étudiée.

– Le fric :

A Paris : le pédiatre te prend 60 balles, et tu trouves qu’il se fout de ta gueule, même si c’est remboursé par la sécu. A New-York : Quand tu sors, tu ne sais pas encore combien de vestes Sézane tu vas devoir hypothéquer, la facture t’est envoyée après. Mais comme c’est souvent abominable, tu hésites avant d’emmener ton nourrisson claquant de fièvre, qui est prié de bouffer son doliprane et d’aller mieux.

– L’attente :

A Paris : la secrétaire moustachue prend les RDV un mois à l’avance, et ça tombe toujours un jeudi à 14h30 histoire de savater ta journée de travail. Le pédiatre se pointe approximativement à 15h45, sans l’ombre d’un remord pour toi qui n’en peux plus de relire le Gala de 2003 titré : Patrick Bruel et Amanda Sthers, leur bonheur à Chamonix. Et si tu as une urgence, il y a, comme son nom l’indique, les urgences, merci. A New York : le pédiatre te prend sans rendez-vous, dans l’heure, sans retard, sans stress. Il y a une télé dans sa salle d’attente et les dames filent à tes gamins le poids de Guerre et paix en stickers, que tu retrouves jusque dans leurs slips.

– L’information du parent :

A Paris : le pédiatre prend le temps de t’expliquer les choses. Enfin en tous cas ma pédiatre, Edith Dupont, que j’aime d’amour et qui me manque. A New York : il n’y a pas de carnet de santé, aucun système de liaison. Le médecin part généralement du principe que tu es 1) un abruti, 2) susceptible de lui coller un procès. Mieux vaut donc rester abstrait (voilà, on lui a fait « les vaccins ». « Je vous ai prescrit des antibiotiques, que vous passerez chercher directement à la pharmacie » (pas de prescription en main propre)).

L’idée du RDV :

A Paris : tu considères le pédiatre un peu comme ta maman, mais en moins relou. Tu lui déverses donc toutes tes angoisses éducatives, même (et surtout) celles qui relèvent du non médical (nourriture, psychologie, rapport à l’autorité etc). A New York : tu vois le médecin 4 minutes chrono.  Le reste (vaccins, mesures de poids et taille etc) est fait par une horde d’infirmières systématiquement revêches . Tu as donc intérêt à te magner pour déverser tes névroses (pour lesquelles tu obtiendras au mieux des réponses vagues, cf. paragraphe précédent), sinon il te reste tes yeux pour pleurer, et cette bonne Laurence Pernoud.

– Verdict :

Ouaip. Je préférais la France. En même temps, ni dans un pays ni dans l’autre, aucun loupé gravissime n’a jamais eu lieu. Je ferme donc ici mon clapet de pintade gâtée.

Ceci ne ressemble finalement pas à un séjour à l'hôpital américain. Et pas de homard, bordel.

Testé pour vous : l’accouchement aux US


Il était donc franchement inutile de me payer une troisième césarienne uniquement pour jouer les sociologues en herbe : accoucher aux US et en France, c’est pareil.

Même procédure, mêmes précautions, même personnel soignant que tu vois flou parce que tu es éclaté, mêmes plateaux repas pas géniaux (mais bien plus copieux ici). Les différences, minimes, sont attendues : oui tu signes plus de documents du style « l’hôpital ne saurait être tenu responsable en cas de », oui les gens manifestent plus d’enthousiasme apparent devant ton bébé, et oui, tout ça te coûtera beaucoup plus cher.

Mon moment trippé restera cet instant où, ayant remarqué coup sur coup trois asticots dans ma chambre d’hôpital tout chic (des vers un peu dégueu, je ne connais pas la dénomination scientifique mais enfin des trucs que, dans l’idéal, tu imagines loin d’un bébé (et accessoirement pas dans un hôpital américain)), et ayant signalé la présence desdits asticots au personnel soignant, j’ai cru un instant avoir un boulevard « Erin Brokovitch » devant moi : j’allais subir énormément de pressions pour me taire, et on m’offrirait de signer des transactions juteuses pour que je ne dénonce pas publiquement ce scandale sanitaire susceptible d’aboutir à la fermeture de l’hôpital. J’étais quasi en train de préparer mes plus belles phrases de lawyer dans ma tête.

En fait pas du tout, après un instant de panique et à ma grande stupéfaction, ils ont fait ce que j’appellerais « gérer à la française » : ah ouais ? ah ok. On va relaver la chambre alors.

Publicité pour le restaurant "Cléopatra" : vous serez seins nus, vous serez séduits.

Petit séjour au restaurant


Dans la catégorie « pareil / pas pareil », je demande : le restaurant. Attention, des précisions scientifiques s’imposent (et puis ça fait toujours chic) : la comparaison sera établie entre les restos new-yorkais et leurs homologues parisiens sur un échantillon représentatif de juste moi.

LE RESTO A NEW YORK : PAREIL QU’EN FRANCE

– Le concept branchouille : « bistronomie » se décline ici en « farm to table ». C’est à mon avis d’ignare la même idée « proximité rassurante ».

– La déco : les restos parisiens pompent allègrement sur leurs copains new-yorkais le côté brut / on est trop cool et on a une barbe / bois-ton-eau-dans-un-bocal-en-admirant-l’arrangement-« fleurs des champs »-et-en-regardant-le-chef-travailler-par-la-fenêtre-transparente. Une copine bien renseignée m’a dit que je me fourvoyais et que depuis l’avènement du fooding, c’était au contraire New York qui imitait Paris. Mais bref, c’est pareil.

LE RESTO A NEW YORK : PAS PAREIL QU’EN FRANCE

– L’offre : sur-pléthorique. Drame subséquent : le choix du resto te fait systématiquement perdre la moitié de ta journée, même quand tu n’as rien à carrer, parce que tu dois traiter les trente emails « choix du resto ». Ici, un snobisme épuisant colle à chacun la rage de dégoter le restaurant qui vient d’ouvrir / qui propose de la cuisine d’un pays inconnu / qui met en place un nouveau concept (les concepts me gavent). Explication sociologique de haute tenue : les gens viennent de partout, sont plutôt aisés, invitent peu à diner chez eux, ont une vie sociale de dingue, et « datent ». D’où : la blinde de restos. A Paris, j’ai l’impression qu’on échoue plus facilement au resto du coin, et que c’est même plutôt bien vu d’avoir un « rade » officiel.

– Les vins : souvent mauvais. Encore plus étrange, il y a des restos où tu peux débarquer avec ton propre vin.

– Le service : une hiérarchie incompréhensible empêche de commander tes plats à la personne qui te place à table, ou à celle qui te sert l’eau. Il y a visiblement 18 fonctions différentes ultra-précises dont toutes m’échappent. Mais se planter sur « qui fait quoi » te vaut pas mal de mépris.

– Le service (bis) : les serveurs sont trop sympa (alors qu’à Paris, ils sont, n’est-ce pas, légendaires, les new-yorkais n’en reviennent jamais). Mais sans vouloir critiquer les bons côtés, ici ils sont souvent trop, « trop sympa ». Tu n’as pas encore mis ta première bouchée dans ta fourchette qu’on te demande « ça va ? tout va bien ? c’est bon ? » et le mec passe tout le diner à se dandiner à côté de toi en répétant « everything all right ? » à peu près comme Nayla quand elle veut faire pipi. Tu finis toujours par avoir envie de lui caresser les cheveux en disant « tout va bien mon grand ».

– L’eau : dès que tu bois une gorgée d’eau on te ressert fébrilement. Si rapidement, que la première fois j’ai cru que le mec avait un TOC.

– Le pourboire : il faut donner entre 15 et 20%, mais hors taxe, et post addition (que ça t’ait plu ou non, ce que mon radin de père a eu du mal à comprendre). Il est donc impossible de passer moins de 7 minutes sur le « 17 ? non, 13,5. Attends, je sors mon smartphone ».

– Bon, et je fais ma bégueule, mais en vrai : je n’ai jamais mangé aussi souvent « bon, varié et pas très cher », que depuis que je suis à New York.

Pareil partout : prière de la fermer pendant l'audience

Petit séjour au tribunal


Pour des raisons liées à ma vie d’avant (la fille qui se la joue mystérieuse*), je connais plutôt bien les tribunaux français. Mais pas trop les américains.

Or hier, dans le cadre de mon bénévolat dans une ONG « fais donc de l’humanitaire gratos, sale femme d’expat », je glandais sec dans un tribunal (pénal) en attendant une audience. Quand soudain, illumination, nouvelle rubrique blog, bref, révolution sur Internet.

LES TRIBUNAUX AMERICAINS / PAREIL QU’EN FRANCE :

– le juge a tout le temps l’air saoulé.

– il houspille les avocats histoire de bien leur faire sentir qui c’est le patron. Avec exactement les mêmes phrases des deux côtés de l’Atlantique (« maitre, vous vous perdez en débats techniques » « Maitre, bon, on abrège » etc).

– les 3/4 des affaires sont renvoyées à date ultérieure = lorsque l’affaire est appelée, tout le monde se bouge avec ses gros dossiers, l’air méga focus, branle-bas de combat, 15 personnes se lèvent – verdict : OK, c’est bon pour mi-juin Kevin, tu peux te rasseoir.

– la majorité des mis en cause ne comprend rien à ce qui lui arrive. Parfois ils ne parlent pas la langue ; mais de toutes façons, la justice est une langue étrangère en soi. Ils ignorent qui leur parle, qui est le procureur (ici le « district attorney »), ce sur quoi se bat leur avocat, ce qu’ils encourent. Ils promènent un air affolé de lapin en cage. Et tout le monde a l’air de bien s’en taper.

– il y a toujours deux publics, le public « VIP » (professionnels du droit) et le public « normal » (mis en cause + familles +public).  Et tu peux sans te planter dire à quel catégorie appartient qui : le prix (visible) des fringues, l’autorité naturelle ou pas, le parfum, les poussettes etc, ne laissent pas trop place au doute.

– bon, et quand même, et dans ce pays où tout est payant, ça mérite d’être souligné, c’est gratos d’assister aux débats, et gratos d’être mis en examen (yeeeah, non ?)

LES TRIBUNAUX AMERICAINS /PAS PAREIL :

– En France, les mis en cause sont de toutes les couleurs, mais les avocats / magistrats sont majoritairement blancs. Ici chez les « VIP » aussi c’est melting pot. Ca donne des trucs que je ne peux pas m’empêcher de trouver marrants, comme le coup où un avocat avec une kippa défend une grosse prostituée latino devant une juge visiblement originaire d’Asie centrale.

– le « IN GOD WE TRUST », en énorme au mur

– et juste en-dessous, punaisé à la table du juge : « merci d’ôter votre chewing-gum avant de vous adresser au juge ».

– les flics, eux, ont droit au chewing gum. Et aux lunettes de soleil. Et au flingue ostensible comme dans Lucky Luke. Ceux de ma salle d’audience ressemblaient vraiment à ça.

– personne ne porte de robe ou d’uniforme, à part les flics et le juge. C’est VRAIMENT le bordel pour comprendre qui est qui.

– ah, le méga classe « your honor » …

* j’adorerais faire croire que je suis une ancienne taularde glamour genre Alex Vause dans Orange is the New Black. En fait non.