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Hard times in New York Town


Tag: Les listes absurdes


"le Vietnam, pour les Etats-Unis, n'est plus un pays. Le Vietnam est une guerre" (débat sur la guerre, novembre 2016)

La fac à 34 ans.


Je me rends compte que je n’ai pas posté depuis … longtemps. Non mais en fait c’est parce que j’ai mes partiels. A 34 ans. Riez donc les amis, je me paie une sacrée cure de jouvence (on soulignera le verbe « payer » qui a son importance).

A 34 ans, j’ai donc :
– hier, diné avec mes copines de 22 ans qui sont en master « museum anthropology »*. On a gloussé parce que le serveur était mignon même si je trouvais qu’il avait un peu forcé sur la muscu.
– découvert que la sexualité des vingtenaires n’est plus ce qu’elle était. Tinder a tout changé ma bonne dame.
– des débats enflammés sur la décolonisation.
– un sac à dos, des cahiers, un abonnement à la bibliothèque.
– eu un A à ma disserte’ d’anthropologie, mais seulement un B+ à ma disserte’ d’histoire des migrations (j’aurais dû m’en douter, c’est l’Amérique, donc les notes sont tirées vers le haut, donc B est quasiment une mauvaise note).
– tendance à être LA référence vers laquelle se tournent les regards quand on aborde les sujets « couple stable » (rions ensemble), « enfants », voire (moins cool) « vieillesse ». Comme j’avais déjà tendance à être LA référence dans les diners américains sur les sujets « France » (voire « Europe »), je suis en train de m’habituer à être une maxi-usurpatrice jamais percée à jour.
– tendance à ne pas trop savoir s’il faut que je sois copine avec les étudiants (qui me trouvent un peu bizarre) ou les profs (qui me trouvent un peu bizarre). Du coup je joue à l’incomprise seule dans son coin un peu comme quand j’étais en 4e B.

Je vous laisse, je vais prendre mon bus.

 

* il y a des master aux titres très chelou, genre « critical thoughts » (pensées critiques) ou « global thinking » (pensées globales). Ca me laisse toujours un peu rêveuse. Je me demande si je ne vais pas postuler après mon master.

La vie d'un gladiateur, de la grosse gnognote

L’effroi


Merci de voter pour le plus effrayant des moments que j’ai vécus ces derniers jours (ma vie étant une sorte de film d’horreur chiant)

1/ Ce moment où tu réalises totalement par hasard que ta fille de trois ans, que tu croyais en spring break pour deux jours, est en réalité en spring break pour UNE PUTAIN DE SEMAINE COMPLETE. Tu vas donc te la colleter AUSSI demain, et après-demain, et après-après-demain alors que tu as 1- une vie, 2- déjà épuisé toutes les combinaisons « piscine* + ciné + gommettes + écoute vas dans ta chambre, trouve-toi une activité et reviens dans trois heures », et le premier qui me dit que je suis une marâtre, je lui file un enfant de 47 mois à gérer seul pendant une semaine, on en reparle.

2/ Ce moment où au bout de quasi neuf mois de grossesse et d’indifférence polie à la question de ton poids, qui t’est donné en pounds par les américains qui font globalement chier sur les mesures, tu te décides enfin à faire la conversion pounds-kilogrammes, et tu réalises que 170 pounds (ton poids actuel), en fait ça fait beaucoup, et pas seulement en pounds.

3/ Ce moment (vécu à la minute M où je vous écris) où tu as une soirée seule devant toi, tu as paumé la télécommande de l’apple TV, et tu es trop grosse pour chercher sous le canapé, voir paragraphe précédent.

Et sinon, un jour je parle de New York. Et de travail. Promis.

* la piscine en bikini à neuf mois de grossesse, un grand moment de glamour à débordements.

Pas croisés, en revanche : Cléopatre, un tigre, des serial killers ramassant leurs méfaits

Dans la famille « tronches de new-yorkais »


Croisés hier :

– une vieille bonne femme antipathique, tête de l’empereur Palpatine, promenant son chien dans sa poussette pour chien. Elle s’est arrêtée devant moi pour sourire à son clébard affreux, d’un sourire totalement désarmant. J’en ai ravalé mon air goguenard.

– un gros mec tatoué, assis juste à côté de moi dans le métro, du genre pas marrant. Il lisait attentivement un livre de développement personnel dont je suis parvenue à déchiffrer le titre de son chapitre 3 : « search for happiness ».

– un tout petit vingtenaire qui rabattait dans la rue pour qu’on donne de l’argent à Oxfam, trop mignon, avec de l’acné juvénile, dont ça se grillait direct que c’était son premier petit boulot, et qu’il était terrifié. Il m’a vue, et en tremblotant, m’a assené sa punchline de maboule : « euh bonjour, sauver le monde, euh, ça vous dit » ?

Etranger pratiquant un seppuku à la suite de son septième séjour dans une infâme administration au sigle imprononçable

La vérité sur l’étranger


Loin de moi l’idée de pomper le chouette article de my tailor is an expat sur l’administratif et les expats, mais ce matin ma boite de réception cliquetait de joie parce que j’avais reçu un mail de l’Union des Français de l’Etrangers. Il contenait cet alléchant message « DFAE, AEFE, CFE … Du nouveau dans le monde des Français de l’étranger ». Dans le même temps, j’avais ENCORE reçu un email d’une copine qui s’esbaudissait sur mon formidable quotidien. Ce qui m’a donné envie de faire un petit point sur la question.

Dans l’imaginaire de mes amis, vivre à l’étranger ce serait visiblement à peu près :

1 être un peu tout le temps en vacances, et passer ses semaines à visiter des contrées sauvages, la serpe dans une main et Claude Levi-Strauss dans l’autre. Etre donc autorisé à prononcer sans rire, et en étant même crédible, des poncifs sociologiques style « le-progrès-ne-devrait-pas-exclure-la-fraternité-finalement » (certes. Ce genre de trucs fonctionne mieux au Venezuela qu’aux Etats-Unis. Mais on peut le tenter)

2 croûler sous les amis passionnants et polyglottes. Etre donc autorisé à faire du name dropping négligent (oui, avec ma copine Sarah, qui est sculptrice singapourienne, et ma copine Ioulia, qui est russe et gère un fonds d’investissement, on allait au yoga et puis …)

3 pour les parents : récupérer gratuitement des enfants bilingues, qui seront des acteurs convaincus du XXIème siècle. Etre donc autorisé à se plaindre parce que sa petite fille mélange un peu l’espagnol et le russe, à force.

4 avoir un niveau de vie de maboule, parce qu’on a beau être bobo, c’est quand même chouette d’avoir une femme de ménage, une cuisinière, un 90 m2. Mais être prié de ne pas trop la ramener, et en particulier éviter de soupirer sur le clapier qu’on a quitté à Paris parce qu’il faut pas déconner, il y a des limites à l’amitié.

5 en résumé : lever les yeux frits de Carrie dans Sex and the City sur son fascinant univers.

Parfois, effectivement, c’est comme ça (sauf pour le coup du niveau de vie, jamais vu la couleur). Mais parfois non. Mon post étant déjà trop long, je laisse à plus tard mes arguments, mais voici déjà l’imparable plan de « pourquoi, parfois, vivre à l’étranger c’est pas la fête » :

1. Etre à l’étranger, ça rend loin.

2. Etre à l’étranger, ça rend seul.

3. Etre à l’étranger, ça rend con.

4. Etre à l’étranger, ça rend geignard.

 

Population de gros cools refaisant le monde devant un latté

Les cafés new-yorkais


… ont un gros nombre de points communs :

– de la brique apparente, rouge ou blanche

– des petits coeurs en crème dans ton café latte, fignolés avec sérieux et amour par des beaux baristas qui malheureusement ne te regardent ni avant, ni après avoir fait le petit coeur. J’étais d’ailleurs au désespoir de constater que dans « mon » café, le beau barista barbu avait fait exactement le même coeur à une grosse acariâtre qu’à moi.

– une passion pour le pop-rock d’il y a cinq ans (ça tombe bien, c’est l’époque où j’ai cessé de faire semblant de m’y connaître). La playlist doit tourner entre les cafés parce qu’on la retrouve de Williamsburg à Wall Street. Dedans il y a The Shins, les vieilles Arcade Fire, et la petite voix lassée du mec de Bright Eyes qui dit que « this is the first day of my life ». Parfois à trois heures d’intervalle, la même chanson peut passer deux fois.

– une clientèle quasi exclusivement composée, aux heures où je les fréquente, de gens qui travaillent en free lance sur leur mac. D’ailleurs il y a l’air d’avoir un « networking du café » très dynamique puisqu’il y a gros échange de cartes de visite entre mecs trop cools qui squattent sur leurs mac.

– beaucoup de tatouages classe, genre à base de nombre d’or (« I don’t know if you’ve heard about the Fibonacci suite »). Comme les tatouages me fascinent, je demande systématiquement l’explication aux serveurs. Il y a pas mal d’hommages un peu tristes à un père / frère disparu, mais tu sens aussi la volonté de se démarquer visuellement. Par ailleurs comme les mecs sont toujours hyper contents de raconter leur tatouage, c’est l’occasion de chopper un cookie gratos.

 

A noter, pour la rigueur de l’étude, que j’ai par principe exclu Starbuck. C’est d’ailleurs statistiquement une connerie parce qu’il n’y a de plus new-yorkais que de se trimballer avec son machin Starbuck à emporter

Las Vegas Parano (mais à New York)

Liste non exhaustive des micro-chocs culturels


– Le Marché du Chien (majuscules requises), où toutes les composantes de la consommation humaine sont déclinées pour ton clébard : psychologie pour chien, manteaux pour chiens, « dogdates », squares pour chien avec jeux éducatifs. Inépuisables gadgets pour chiens. Sans même parler des conversations sur les chiens (j’y ai tenté le second degré, c’était une mauvaise idée).

– Les bibles gratos dans la rue

– Le fait qu’on t’appelle « mommy » partout, partout, partout (mais qu’on n’appelle jamais ton mec Daddy)

– Le fait que les camions ressemblent à des jouets d’enfant, surtout les camions de pompier. D’ailleurs Charlotte aurait à peu près la même utilisation qu’eux du gyrophare et de la sirène si elle savait conduire

– Ta propre sottise de personne qui n’a pas utilisé son cerveau depuis bien trop longtemps : à quel moment exactement es-tu devenu cette personne socialement étrange qui fait une blague avec le mot « éjaculation » dedans à quelqu’un qu’elle a vu deux fois ?

Le jour où tu décides de lâcher l'affaire sur la recherche de boulot de bureau et d'aller bosser déguisée à Time Square

Liste des jours


1 Le premier jour, quand tu écarquilles les yeux. Trois mètres devant toi, deux personnes se promènent. Elles portent un TShirt bleu, sur lequel est imprimé, en blanc, et en immense, la mention bien agressive : « are you free from sin ? » (être vous vierge de tout péché ?) ils sont à côté d’un stand « Bible Crusade ». Personne d’autre que toi ne semble trouver ça ouf.

2 Le jour où tu deviens effectivement blasé de ce genre de trucs (trois mois plus tard)

3 Le jour où tu fredonnes toute la journée famous blue raincoat, de Leonard Cohen. « New York is cold but I like where I’m living, there’s music on Clinton Street all through evening ».

Le jour où tu réponds très naturellement « god bless you » dans la rue à quelqu’un. (suite…)

tais-toi, maman est en train de se faire des amis

Comment se transformer physiquement en mère new-yorkaise cool


Après une observation attentive de mon nouvel écosystème, je crois avoir désormais acquis la panoplie fashion complète :

  • Un abonnement au New Yorker (je ne sais pas encore si je suis censée le lire ou si je peux me contenter de le promener ostensiblement)
  • Une paire de Ray Ban polarisées bleues
  • Deux leggings (note angoissée : l’accessoire semble malheureusement être des jambes fuselées de prof de yoga, suis-je supposée m’inscrire à des cours de gym ? Pitié, dites-moi que non)
  • Deux Tshirt un peu larges, à message « subtil décalage» à porter avec les leggings. En plus, l’avantage c’est que pour l’instant je n’ai pas eu à investir : l’un dit « fuck yeah Jacques Chirac » (mais depuis que les inrocks ont officiellement érigé Jacques Chirac en icône du style, je me demande si ça n’est pas déjà craignos (heureusement, la subtilité est peut-être trop française (mais peut-être que tout ça va échapper à mes nouvelles copines ? (je stresse)))) l’autre « moustache brothers », vestige d’un vieux voyage en Birmanie – celui là, j’ai 100% confiance.
  • des gants intégrés sur la poussette pour ne pas avoir froid en hiver, un gobelet intégré sur la poussette, un café « to go » dans le gobelet intégré, et l’air cool quand je le bois (même si je ne maîtrise jamais la chaleur de mon café et que je me crame les papilles)