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Hard times in New York Town


Tag: Les joies de la médecine


You can put his onesie back on (huile sur toile, Factory 1960)

Petit séjour chez le pédiatre


Préambule : Ayant été une maman à Paris (2 ans) et à New York (bientôt 2 ans, ça nous rajeunit pas), je me considère comme une sommité en matière d’observation médicale comparée. Toute proposition de conférence sera attentivement étudiée.

– Le fric :

A Paris : le pédiatre te prend 60 balles, et tu trouves qu’il se fout de ta gueule, même si c’est remboursé par la sécu. A New-York : Quand tu sors, tu ne sais pas encore combien de vestes Sézane tu vas devoir hypothéquer, la facture t’est envoyée après. Mais comme c’est souvent abominable, tu hésites avant d’emmener ton nourrisson claquant de fièvre, qui est prié de bouffer son doliprane et d’aller mieux.

– L’attente :

A Paris : la secrétaire moustachue prend les RDV un mois à l’avance, et ça tombe toujours un jeudi à 14h30 histoire de savater ta journée de travail. Le pédiatre se pointe approximativement à 15h45, sans l’ombre d’un remord pour toi qui n’en peux plus de relire le Gala de 2003 titré : Patrick Bruel et Amanda Sthers, leur bonheur à Chamonix. Et si tu as une urgence, il y a, comme son nom l’indique, les urgences, merci. A New York : le pédiatre te prend sans rendez-vous, dans l’heure, sans retard, sans stress. Il y a une télé dans sa salle d’attente et les dames filent à tes gamins le poids de Guerre et paix en stickers, que tu retrouves jusque dans leurs slips.

– L’information du parent :

A Paris : le pédiatre prend le temps de t’expliquer les choses. Enfin en tous cas ma pédiatre, Edith Dupont, que j’aime d’amour et qui me manque. A New York : il n’y a pas de carnet de santé, aucun système de liaison. Le médecin part généralement du principe que tu es 1) un abruti, 2) susceptible de lui coller un procès. Mieux vaut donc rester abstrait (voilà, on lui a fait « les vaccins ». « Je vous ai prescrit des antibiotiques, que vous passerez chercher directement à la pharmacie » (pas de prescription en main propre)).

L’idée du RDV :

A Paris : tu considères le pédiatre un peu comme ta maman, mais en moins relou. Tu lui déverses donc toutes tes angoisses éducatives, même (et surtout) celles qui relèvent du non médical (nourriture, psychologie, rapport à l’autorité etc). A New York : tu vois le médecin 4 minutes chrono.  Le reste (vaccins, mesures de poids et taille etc) est fait par une horde d’infirmières systématiquement revêches . Tu as donc intérêt à te magner pour déverser tes névroses (pour lesquelles tu obtiendras au mieux des réponses vagues, cf. paragraphe précédent), sinon il te reste tes yeux pour pleurer, et cette bonne Laurence Pernoud.

– Verdict :

Ouaip. Je préférais la France. En même temps, ni dans un pays ni dans l’autre, aucun loupé gravissime n’a jamais eu lieu. Je ferme donc ici mon clapet de pintade gâtée.

Kevin le kiné


Mon mec s’est pété le coude en cinq morceaux l’année dernière. Trois fois par semaine pendant 3 mois, il s’est donc rendu au cabinet de Kevin le kiné. Il a fini par l’inviter à diner *.

Kevin est arrivé. Il a béé d’admiration devant nos pâtes champignons-tomate pourtant plutôt basiques. J’ai observé en rigolant son look studieusement hipster (bon, et ses fesses qui sont un peu un chef d’oeuvre dans le genre prof de yoga).

En mangeant, Kevin s’est lancé dans une explication des dates new-yorkais. Parce que vraiment, nous, les dates new-yorkais on a du mal à comprendre.

Donc Kevin a 38 ans, il est plutôt beau, très avenant. Il gagne bien sa vie et a un boulot assez cool. Sur la pyramide de la prédation amoureuse, Kevin devrait être plutôt haut, à dominer pépère sur sa branche. Et en fait non. Kevin galère. Ca fait dix ans qu’il « date », et il n’a pas peur de dire qu’il en a sa claque.

– il en a marre de passer du temps sur internet à dégoter des copines potentielles. A l’écouter, New York n’est pas trop l’endroit où on se balade sur l’avenue le coeur ouvert à l’inconnu. Tu vas sur match.com et tu la fermes.

– il en a marre de faire de la gestion de « dates ». Il est à l’heure actuelle à la tête d’un cheptel d’une dizaine de « dates », et c’est la cata pour répondre aux texts, relancer correctement et se rappeler des bonnes anecdotes. Je lui dis « ben « date » une seule fille ». Sotte que je suis. Le système est vérolé jusqu’à l’os : les filles qu’il « date », « datent » elles-mêmes comme des forcenées, leur premier vendredi de libre pour un diner aux chandelles est deux mois plus tard. Il faut bien que le pauvre Kevin s’occupe entretemps.

– il trouve ça ruineux (puisque visiblement c’est réellement les garçons qui régalent).

– il a envie de se marier et d’avoir des gosses, et ça commence à le gonfler de revenir toujours à la case départ premier diner jolie chemise sourires contraints « alors tu viens d’où tu fais quoi dans la vie ». Kevin concède qu’à force, il finit par se vautrer dans le monde de l’hyper-compétition « datesque », et refuse de rappeler des filles pourtant sympa pour des raisons pourries.

Bref, Kevin, 38 ans, plutôt beau, partagerait aventures et plus si affinités. Contacter uschapters pour ses coordonnées.

 

j’ai parfois l’impression que mon mec fait un concours « devenir ami avec les types les plus improbables ». L’idée d’inviter en même temps son PDG, ma soeur et un type qu’il a croisé dans le bus ne l’effraie pas du tout.

Jeunes accouchées ayant dû vendre leur TShirt pour payer l'hôpital (affiche de l'association pro-accouchement gratuit, 3600 avant JC)

L’hôpital américain sonne toujours un paquet de fois


Subir une opération aux US, c’est à peu près comme être un lycéen amoureux en 1996 : je scrute l’arrivée du facteur le coeur battant.

Sauf que maintenant, j’attends des factures.

Délicieux frissons d’incertitude : peut-être que l’anesthésiste est couvert par l’assurance – mais peut-être que non. Au sein d’un même hôpital, l’anesthésiste A peut accepter mon assurance, mais pas le B (pareil pour l’hôpital, le pédiatre pour le bébé, et les-autres-services-dont-j’ai-eu-besoin-sans-même-le-savoir). C’est une sorte de jeu dont vous êtes le héros, mais en version pas marrant.

Avant d’accoucher, un peu effrayée de devoir hypothéquer jusqu’à ma dernière couronne dentaire, j’avais donc appelé mon assurance. A la question tremblante « mais entre 500 et 50.000 dollars, je vais en avoir pour combien, en gros », sachant qu’à ce stade on ne savait pas quelle serait l’envergure des soins nécessaires et quels services interviendraient, on m’avait logiquement répondu « ben no idea ».

Dans le doute, une fois sur place, j’ai donc consciencieusement lapé chaque plateau repas jusqu’à la dernière barrette de cream cheese ; j’ai collé le bébé à la nursery toutes les nuit ; et j’ai shourré les brosses à dent jetables. Toujours ça de pris, comme le grommelle ma maman en embarquant de manière systématique l’intégralité des buffets « all you can eat ».

La première facture m’a été envoyée un mois après mon retour à la maison : anesthésiste, 139 dollars après assurance. Une paille. J’ai ensuite reçu en pagaille des nouvelles du pédiatre, de la gynéco, du labo et du « service pharmacie ». J’en suis à quatre factures ; il est possible que j’en reçoive encore dans six mois. D’ores et déjà, je peux vous indiquer avec fierté qu’avant prise en charge par l’assurance, la nursery coûte 12.000 dollars, soit pas mal de nuits au Ritz pour le brand new baby, mon propre séjour se montant à 35.000 euros (toujours avant assurance).

Tout ça donne l’impression réjouissante que malgré les asticots, j’ai vécu une expérience grand luxe.

Ceci ne ressemble finalement pas à un séjour à l'hôpital américain. Et pas de homard, bordel.

Testé pour vous : l’accouchement aux US


Il était donc franchement inutile de me payer une troisième césarienne uniquement pour jouer les sociologues en herbe : accoucher aux US et en France, c’est pareil.

Même procédure, mêmes précautions, même personnel soignant que tu vois flou parce que tu es éclaté, mêmes plateaux repas pas géniaux (mais bien plus copieux ici). Les différences, minimes, sont attendues : oui tu signes plus de documents du style « l’hôpital ne saurait être tenu responsable en cas de », oui les gens manifestent plus d’enthousiasme apparent devant ton bébé, et oui, tout ça te coûtera beaucoup plus cher.

Mon moment trippé restera cet instant où, ayant remarqué coup sur coup trois asticots dans ma chambre d’hôpital tout chic (des vers un peu dégueu, je ne connais pas la dénomination scientifique mais enfin des trucs que, dans l’idéal, tu imagines loin d’un bébé (et accessoirement pas dans un hôpital américain)), et ayant signalé la présence desdits asticots au personnel soignant, j’ai cru un instant avoir un boulevard « Erin Brokovitch » devant moi : j’allais subir énormément de pressions pour me taire, et on m’offrirait de signer des transactions juteuses pour que je ne dénonce pas publiquement ce scandale sanitaire susceptible d’aboutir à la fermeture de l’hôpital. J’étais quasi en train de préparer mes plus belles phrases de lawyer dans ma tête.

En fait pas du tout, après un instant de panique et à ma grande stupéfaction, ils ont fait ce que j’appellerais « gérer à la française » : ah ouais ? ah ok. On va relaver la chambre alors.

Lorsque l'enfant paraît (le photographe déboule)

Un article pour une naissance


Ce post a été finement écrit le 7 avril, mais post publié pour le D-day.

A l’heure où vous lirez ce post, j’aurai accouché de mon troisième bébé.

Je serai probablement dans l’état un peu comateux des jeunes accouchées (je sais, on dit « parturiente« , mais c’est si laid …) très pâteuse, très heureuse, débordant d’émotions habituellement contradictoires et de sécrétions dégueu diverses. Comme pour mes deux précédents accouchements, je passerai sûrement en en une nanoseconde de l’abattement à des états de transe un peu effrayants, à la grande perplexité de mon pauvre mari qui ramera pour raisonner l’irraisonnable, et tentera gentiment d’endiguer les rivières de larmes qui ne manqueront pas de couler pour des motifs majeurs style « je ne retrouve pas le body que Charlotte portait quand elle était petite ». En tout état de cause, je serai sûrement incapable d’écrire un post, ou un texto, et peut-être même d’épeler mon prénom.

Je ne sais pas grand chose de plus.

Je sais que j’ai perdu la  guerre, le bébé ne s’appellera pas Rosalie si c’est une fille, pas Yann si c’est un garçon. Je propose donc par vengeance, de l’appeler sur ce blog Rosalie si c’est une fille, et Yann si c’est un garçon.

Je sais qu’on m’a raconté que les hôpitaux américains proposaient du homard et du champagne. Ca ressemble à une légende urbaine, mais j’y crois dur comme fer.

Je sais qu’accoucher aux US va forcément être un peu marrant, et un peu consternant.

Je sais que je vais mettre quelques jours (ou semaines), à retrouver l’énergie suffisante pour faire du sarcasme là-dessus.

Je sais que je préfère vous épargner les posts « mon bébé ma merveille » parce que je trouve souvent ça d’affreusement mauvais goût.

Je suis reste néanmoins convaincue que mon bébé est FORCEMENT une merveille, sauf si comme Nayla ET Charlotte il fait la crise d’acné du nourrisson la plus flippante jamais observée par les dermatologues.

Et bordel, JE SAIS SURTOUT QUE CET ENFANT AURA UN PASSEPORT AMERICAIN ET C’EST LA FREAKING CLASSE.

A vite !

A la fin de l'envoi, je touche

3-0 pour la gynéco


Après

– un premier rendez-vous un peu traumatisant

– un deuxième rendez-vous d’où il est globalement ressorti que le foetus était dépourvu de colonne vertébrale (la colonne vertébrale n’était pas bien visible à l’échographie, c’est donc évidemment qu’elle n’existait pas (en fait le foetus était juste mal positionné (et comme je commence à maîtriser le côté « révélation du cancer du mec dans un film de seconde zone » de mon hôpital, je ne me suis pas trop inquiétée, l’idée étant plutôt de se plier à une batterie de tests supplémentaire histoire que l’hôpital se backe les fesses dans l’hypothèse fort improbable où il y aurait effectivement un problème (en l’occurrence, l’équipe médicale a pu soupirer en choeur de soulagement quand le test sanguin + l’échographie supplémentaire ont révélé une magnifique colonne vertébrale intacte (eh ouais, tu l’as vu mon foetus))))

… voici le fidèle compte-rendu de mon troisième rendez-vous avec ma gynéco. 17 secondes, 4 estocades.

1. Il faut s’hydrater davantage

2. Vous avez trop grossi

3. Maintenant il faut dormir sur le côté gauche, sinon ça écrase le bébé.

4. Vous pouvez vous rhabiller, je n’ai pas besoin de vous examiner.

Famille dans un extrême dénuement (en particulier, le bébé ne porte ni habits ni casque crânien)

Comment sculpter le crâne de votre enfant


Au printemps dernier, j’ai vu fleurir dans ma petite banlieue des espèces de protection rugby pour tête de nourrisson. Les premières fois, ça m’a fait flipper. Les gamins ont vraiment l’air de s’être pris un bus et de devoir rectifier douloureusement la sale fracture du crâne qui s’en est suivie. Du coup j’ai regardé avec commisération les enfants et leur maman, et j’ai courageusement choisi de ne pas aborder le sujet parce que c’est toujours badant pour une maman de devoir se taper la conversation « mon dieu, qu’est-ce qu’il s’est fait Kevin ? »

Quand j’ai vu un peu plus tard chez le pédiatre des filles, des pubs pour cranialtech, « reshaping children’s life », j’ai compris que je m’étais encore plantée.

En fait, c’est juste une solution efficace pour que ton gamin ait la tête bien ronde. Le truc devait être strictement réservé aux plagiocéphalies à l’origine (j’apprends le terme en même temps que je lis le site, mais avouez que ça fait chic), mais pourquoi se priver du chouette marché des mères désireuses de produire des gamins « Bienvenue à Gattaca » ?

Gynéco et son assistante (au premier plan). Patient terrassé par son rendez-vous (au second plan).

Der toucher rectal


Avant même le premier RDV avec ma gynéco, j’ai répondu à trente pages de questionnaire obligatoire. J’ai un faible pour les questions-en-cascade-qui-filent-la-pêche. A combien d’enfants avez-vous donné naissance ? Combien d’entre eux sont morts-nés ? Combien d’entre eux sont vivants à ce jour ? combien d’entre eux présentent des anomalies ? de quel type ?

Ensuite, je rencontre enfin ma gynéco. J’ai mis mes jolies chaussures tellement je suis intimidée. Elle me repose les questions médicales classiques, appuyées d’adjectifs attendus sur la grossesse. C’est tellement merveilleux – félicitations – quelle heureuse surprise. Elle doit dire ça 3 fois par jour depuis 30 ans, elle est rodée sur le vocabulaire mais le ton monocorde semble indiquer un léger manque d’enthousiasme.

Je m’apprête à me faire ausculter, avec petit drap ridicule pour masquer cette nudité qu’un médecin en saurait voir (mais devra bien palper). Quand soudain, aux Etats-Unis, ce pays des bisounours, la gynéco me balance « et maintenant, on va regarder comment ça se passe derrière », et paf, une nano-seconde plus tard … Toucher rectal. TOUCHER RECTAL.
Je suis hallucinée. C’est d’une extrême violence, qui ne cadre pas du tout avec l’habituel et très sucré « vous voulez un chaperon quand on fait votre échographie ». Du coup, ma première pensée est pour mes cours de droit : ce qu’elle vient de faire correspond parfaitement à l’élément matériel du viol dans sa définition française : acte de pénétration commis, en l’occurrence, par surprise.
J’envisage de la menacer de poursuites pour couvrir le prix de l’accouchement.
Obstétricien pratiquant une césarienne dans mes pires cauchemars

Du choix cornélien d’une gynéco pour sa grossesse


Je suis enceinte.
Et de trois.
Le bébé va naître aux Etats Unis. Il est trippant d’avoir un bébé américain. Il est moins trippant de laisser le prix d’une Cadillac dans ma troisième césarienne.
Alors le trip local, c’est de choisir dès la première minute le gynéco qui suivra toute ma grossesse, et m’accouchera. Evidemment, comme une abrutie, je commence donc à m’intéresser aux diplômes des mecs. Et après une enquête approfondie avec photos sur Internet à l’appui, je finis par sélectionner une gynéco qui a des bagues dentaires, ce qui me dégoûte un peu. Je décide néanmoins judicieusement que ça n’est pas déterminant pour la qualité du tracé de ma cicatrice au ventre.
Chut, bébé fait peut-être caca

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 2)


Résumé de l’épisode 1 : la petite Nayla a arrêté de faire caca lorsque son univers entier s’est écroulé. Ses parents sont inquiets.

Ronde de visites de médecins. Et logiquement, ronde des médicaments en « lax » (lax comme laxatif). Forlax, microlax, puis miralax (son cousin américain).

En même temps, on a tenté pas mal de trucs pourtant bien créatifs, qui ont échoué les uns après les autres.

1. faire comme si le fait qu’elle n’aille pas aux toilettes pendant des durées flippantes, alors même qu’elle était sous traitement laxatif dose adulte, ne nous alarmait pas. Méga foirade, parce que dès qu’elle disait « caca » on sautillait sur place d’excitation (ce dont elle a insolemment profité par la suite).

2. enlever la couche, et se taper subséquemment des kilomètres de culottes à caca à laxatif qu’elle finissait par faire en hurlant une fois tous les trois jours, et qu’il fallait alors laver dans le lavabo.

2 bis. légèrement échaudés, remettre la couche, et constater qu’elle n’y faisait bien caca qu’une fois tous les trois jours (et en hurlant).

3. discuter avec des gens qui avaient vécu le même problème que nous. Couper court parce que pour eux ça avait toujours duré plusieurs années, que ça avait été un enfer, et qu’ils ne comprenaient d’ailleurs pas pourquoi ça s’était soudainement arrêté. (suite…)