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Hard times in New York Town


Tag: Le journal d’une chômeuse


"Mon sens du style ? Hmm, laissez-moi réfléchir ... Je dirais "élégant et sensuel". Tendance Marilyn chantant pour Kennedy"

Comment je ne suis pas devenue personal assistant


Une blogueuse fashion que je « followe » consciencieusement proposait la semaine dernière une offre de boulot pour être son personal assistant. Mais mon Dieu, mais c’est moi ! me suis-je dit avec un puissant sens du discernement. Et d’envoyer illico un CV. Inexplicablement, une des N-1 de la blogueuse m’a répondu pour me proposer un entretien. Et c’est à mon avis là qu’il faut préciser que :

– niveau fashion, je porte les mêmes TShirt Petit Bateau informes depuis l’adolescence

– niveau « personal assistant », je fais partie de cette large catégorie de la population qui procrastine six mois avant de prendre un RDV chez le dentiste / ouvrir les courriers de la banque / faire des choses en général. Cette catégorie de la population qui remercie Thévenoud pour l’invention du joli terme, parfaitement adéquat, de « phobique administrative »

Bref, j’étais, comme ils disent ici, « the perfect fit ».

L’entretien était le surlendemain. Je n’avais donc pas tout à fait le temps de perdre mes kilos de grossesse. J’ai quand même fait un régime expresse à base de concombres, puis tenté de trouver une robe planquant mon ventre flasque, puis réquisitionné mon mec pour qu’il prenne soin de Yann pendant que je vivais ma vie de femme fashion nouvelle.

Je suis partie fièrement, crinière flottant au vent, démarche assurée de césarienne + 3 semaines, passer l’entretien dans un café avec la N-1 de la blogueuse star.

Bilan :

1/ c’est la première fois que je passe un entretien avec quelqu’un qui pourrait être ma fille. Je crois qu’à un moment j’ai fait une blague de vieux con sur le sujet. La fille a souri poliment derrière ses lunettes écailles.

2/ globalement, je crois que les blagues type « auto-dérision » sont proscrites à New York.

3/ globalement, je crois que les blagues type « auto-dérision sur mes tentatives d’habits fashion » sont proscrites dans le monde de la fashion à New York.

3 bis / quand tu passes un entretien dans la mode, il est conseillé de répondre que oui, évidemment, tu adores la mode. Pas « bof ».

4/ au bout de 15 minutes il était clair pour tout le monde que je ne correspondais pas au profil, mais la serveuse avait oublié mon latté, il fallait donc l’attendre. Quand il est enfin arrivé, après dix minutes de suspense type « musique du requin dans Jaws », je m’en suis tirée à – 17 papilles pour le boire ultra vite sans avoir à retrouver de sujet de conversation.

5/ je ne conseille à personne d’essayer d’avoir l’air intelligent dans une langue étrangère trois semaines après avoir accouché. Il n’est pas impossible que j’aie produit une séquence de bredouillage informe type be-bop, mais je ne peux pas le certifier, j’étais trop fatiguée pour écouter les sons que je produisais.

J’ai repris le métro en vitesse, pour immédiatement rescotcher à mon sein le pauvre Yann qui, depuis mon départ, s’époumonait dans les oreilles de mon mec. Et j’ai repris placidement ma vie de jeune maman, en me disant que ça ferait toujours au moins un post de blog.

Membres de Zorro ayant visiblement perdu de vue le coup de l'empowerment

Mon réseau Facebook secret


Pendant longtemps, j’ai cru que la seule fonction de Facebook était de me faire perdre deux heures de vie par jour. Mais ça, c’était avant. Avant que ma copine Flo ne me coopte dans un groupe Facebook secret « réservé aux femmes qui bossent dans les droits de l’homme ». On l’appellera Zorro mais son vrai nom est encore plus cool.

A l’heure actuelle, Zorro compte 1.576 femmes adeptes de l’empowerment, dont les world CV multilingues contiennent parfois un doctorat, souvent un passage par la cour pénale internationale, et toujours quelques années dans des zones de conflit tendax et exotiques. Le groupe est une sorte de salon où tu es en permanence invité à des séminaires sur les violences domestiques en Ukraine, à boire des godets au Lesotho, ou à répondre à des offres d’emploi rutilantes au Bangladesh. Bref, c’est un peu la communauté de l’anneau.

J’ai fini, moi aussi, par aller boire un godet à New York avec des membres de Zorro. Il y avait 20 filles en rade de boulot, dont moi, qui tournaient comme un banc de poissons affamés autour des deux filles qui elles avaient un boulot, mais étaient simplement venues boire des godets (les pauvres).

La vie est vraiment une sacrée pyramide alimentaire, ai-je soupiré, avec un sens aigu de l’observation.

Charlotte, effectivement à court de couches

Le journal d’une chômeuse, chapitre 3 : téléphone et boulot


Ton téléphone cesse de fonctionner pendant une semaine. Quand tu le récupères, tremblant d’excitation à l’idée qu’on t’a peut-être appelée pour un entretien, il y a un seul message qui dit « bonjour, c’est la crèche. Tout va bien, mais il faut que vous apportiez des couches pour Charlotte, elle n’en a plus »

Image destinée au support power point d'une conférence de l'ONU en 1832 sur le droit de vote des femmes

La conférence de l’ONU


Tu finis par te trainer à une conférence de l’ONU sur les droits des femmes. C’est un sujet qui t’intéresse, c’est gratos, et puis ton copain Greg t’a dit que c’était un vivier de gens intéressants et qu’il fallait que tu réseautes un peu, merde.

Tu te retrouves à huit heures du matin dans les locaux affiliés à l’ONU, le ventre vide, avec une incertitude poignante quant à la qualité de ton haleine. Du coup tu inhales studieusement, tu prends garde à ne respirer que par le nez, et tu ne parles à personne (note pour plus tard, toujours prendre des chewing gums quand on veut réseauter).

Tu constates que l’assemblée est constituée exclusivement de femmes, auditoire comme conférencières. Tout le monde hoche vigoureusement la tête à la lecture de données statistiques désespérantes vraisemblablement d’ores et déjà connues de tous.Tout le monde lève le poing à la fin du discours sur l’application du droit des femmes. Galvanisée, tu fais pareil, et tu es sincère. Tu réfrènes un soupir de soulagement tout aussi sincère quand tu entends que les hommes ne sont pas seulement des rivaux.

L’éclectisme des citations est un peu hallucinant : poètes philippins, immédiatement suivis d’une citation de Margaret Thatcher, applaudie avec autant d’entrain.

Au bout d’un moment, tu finis par t’interroger sur le bien fondé de ce type de conférences puisque le public bosse dans les droits des femmes, donc c’est bon, ils sont déjà bien convaincus que les violences faites aux femmes, c’est mal.

Greg dit que tu te plantes complètement d’enjeu, que c’est un auditoire dingue, l’occasion de faire du networking comme jamais, que tout le monde est là, que c’est super en terme de recherche de fonds et qu’en fait le contenu ben on s’en carre.

Tu n’arrives pas trop à déscotcher de la chanson de Bernard et Bianca « SOS société nous sommes là pour vous aider ».

Entre deux conférences, tu cours t’acheter un paquet de muffins +  chewing-gums pour gagner l’angoissant combat avec ton haleine (et accessoirement mon estomac).

Rassérénée, tu retournes à une conférence sur la relation entre migration et droits des femmes. 

Désormais bright et à fond,  tu regardes tes voisins avec l’œil de l’oiseau de proie « file moi ta carte de visite ». Mais avant que tu aies pu foncer sur qui que ce soit, une très jolie fille te prend à partie. Au bout d’un moment, tu constates, amusée, qu’elle est elle-même en train de tenter du networking sur toi. Wrong number ma fille. Tu la laisses docilement te filer sa carte de visite. A l’arrière, il est inscrit « Currently studying Politics, English and Theatre Studies ; Passionate about women’s rights, particularly within sport and allowing equal opportunities for both men and women ; Striving for gender equality” (étudiante en politique, anglais, théâtre ; passionnée de droit des femmes, en particulier dans le sport et sur l’égalité des opportunités homme-femme ; en lutte pour l’égalité des sexes”). Elle parle, parle, puis finit par te laisser, un peu déconfite par l’absence de carte de visite donnée en retour.

Il est 16h, il faut aller chercher les filles.

Tu n’as pris la carte de visite de personne d’autre. 

Mais tu es allée à une conférence de l’ONU sur les droits des femmes.

Le jour où tu décides de lâcher l'affaire sur la recherche de boulot de bureau et d'aller bosser déguisée à Time Square

Liste des jours


1 Le premier jour, quand tu écarquilles les yeux. Trois mètres devant toi, deux personnes se promènent. Elles portent un TShirt bleu, sur lequel est imprimé, en blanc, et en immense, la mention bien agressive : « are you free from sin ? » (être vous vierge de tout péché ?) ils sont à côté d’un stand « Bible Crusade ». Personne d’autre que toi ne semble trouver ça ouf.

2 Le jour où tu deviens effectivement blasé de ce genre de trucs (trois mois plus tard)

3 Le jour où tu fredonnes toute la journée famous blue raincoat, de Leonard Cohen. « New York is cold but I like where I’m living, there’s music on Clinton Street all through evening ».

Le jour où tu réponds très naturellement « god bless you » dans la rue à quelqu’un. (suite…)

Ceci n'est PAS une bonne photo de profil linkedin (même si on kiffe ses enfants)

Linkedin-ed


Tu te réveilles un matin, et tu te surmotives pour créer un profil linkedin. Tu as pas mal ronchonné, parce que tu es plutôt du genre à truquer ta date d’anniversaire sur Facebook pour ne donner aucune bille au Grand Mechant Web. Mais là, tu veux un salaire. Et à l’heure actuelle, sacrifier tes données personnelles sur l’autel de l’indépendance financière paraît un bon deal.

Tu achèves en soupirant de remplir la case de tes études et de recopier ton cv petite case par petite case. Tu demandes ensuite à tes potes, tes chefs, tes camarades de promo, de devenir tes amis, et tu attends.
Une semaine après, tu n’as pas trouvé de boulot, mais tu es en mesure de faire un bilan d’étape prétentieux, ce qui est toujours divertissant. Donc : le monde de tes amis linkedin semble divisé entre plusieurs catégories de personnes.
1/ les demi potes qui ont réussi (disons selon la définition Challenges de la réussite)
– ils posent en cravate avec un demi sourire censément malin qui te fait un peu flipper.
– ils ont l’air plus vieux qu’ils ne sont.
– ils recommandent la lecture d’articles imbitables sur les normes ifrs.
– et postent des recommandations hallucinantes de condescendance sur leurs stagiaires, qui étaient toujours « a great addition to the team », et qui ont la même gueule qu’eux, avec quatre ans de moins.

(suite…)

chômeuse regardant avec attention une rediffusion sur TV5 d'Intervilles 91

Le journal d’une chômeuse


Entre deux allers retours déprimants sur le site d’idealist, qui agglomère toutes les offres d’emploi, tu regardes d’un oeil fixe des vidéos de chats qui courent dans des magasins Ikea, en te demandant où va le monde.

C’est à ce type d’attitude déterminée qu’on reconnait le glandu de talent.