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Hard times in New York Town


Tag: Grossesse


Jeunes accouchées ayant dû vendre leur TShirt pour payer l'hôpital (affiche de l'association pro-accouchement gratuit, 3600 avant JC)

L’hôpital américain sonne toujours un paquet de fois


Subir une opération aux US, c’est à peu près comme être un lycéen amoureux en 1996 : je scrute l’arrivée du facteur le coeur battant.

Sauf que maintenant, j’attends des factures.

Délicieux frissons d’incertitude : peut-être que l’anesthésiste est couvert par l’assurance – mais peut-être que non. Au sein d’un même hôpital, l’anesthésiste A peut accepter mon assurance, mais pas le B (pareil pour l’hôpital, le pédiatre pour le bébé, et les-autres-services-dont-j’ai-eu-besoin-sans-même-le-savoir). C’est une sorte de jeu dont vous êtes le héros, mais en version pas marrant.

Avant d’accoucher, un peu effrayée de devoir hypothéquer jusqu’à ma dernière couronne dentaire, j’avais donc appelé mon assurance. A la question tremblante « mais entre 500 et 50.000 dollars, je vais en avoir pour combien, en gros », sachant qu’à ce stade on ne savait pas quelle serait l’envergure des soins nécessaires et quels services interviendraient, on m’avait logiquement répondu « ben no idea ».

Dans le doute, une fois sur place, j’ai donc consciencieusement lapé chaque plateau repas jusqu’à la dernière barrette de cream cheese ; j’ai collé le bébé à la nursery toutes les nuit ; et j’ai shourré les brosses à dent jetables. Toujours ça de pris, comme le grommelle ma maman en embarquant de manière systématique l’intégralité des buffets « all you can eat ».

La première facture m’a été envoyée un mois après mon retour à la maison : anesthésiste, 139 dollars après assurance. Une paille. J’ai ensuite reçu en pagaille des nouvelles du pédiatre, de la gynéco, du labo et du « service pharmacie ». J’en suis à quatre factures ; il est possible que j’en reçoive encore dans six mois. D’ores et déjà, je peux vous indiquer avec fierté qu’avant prise en charge par l’assurance, la nursery coûte 12.000 dollars, soit pas mal de nuits au Ritz pour le brand new baby, mon propre séjour se montant à 35.000 euros (toujours avant assurance).

Tout ça donne l’impression réjouissante que malgré les asticots, j’ai vécu une expérience grand luxe.

Ceci ne ressemble finalement pas à un séjour à l'hôpital américain. Et pas de homard, bordel.

Testé pour vous : l’accouchement aux US


Il était donc franchement inutile de me payer une troisième césarienne uniquement pour jouer les sociologues en herbe : accoucher aux US et en France, c’est pareil.

Même procédure, mêmes précautions, même personnel soignant que tu vois flou parce que tu es éclaté, mêmes plateaux repas pas géniaux (mais bien plus copieux ici). Les différences, minimes, sont attendues : oui tu signes plus de documents du style « l’hôpital ne saurait être tenu responsable en cas de », oui les gens manifestent plus d’enthousiasme apparent devant ton bébé, et oui, tout ça te coûtera beaucoup plus cher.

Mon moment trippé restera cet instant où, ayant remarqué coup sur coup trois asticots dans ma chambre d’hôpital tout chic (des vers un peu dégueu, je ne connais pas la dénomination scientifique mais enfin des trucs que, dans l’idéal, tu imagines loin d’un bébé (et accessoirement pas dans un hôpital américain)), et ayant signalé la présence desdits asticots au personnel soignant, j’ai cru un instant avoir un boulevard « Erin Brokovitch » devant moi : j’allais subir énormément de pressions pour me taire, et on m’offrirait de signer des transactions juteuses pour que je ne dénonce pas publiquement ce scandale sanitaire susceptible d’aboutir à la fermeture de l’hôpital. J’étais quasi en train de préparer mes plus belles phrases de lawyer dans ma tête.

En fait pas du tout, après un instant de panique et à ma grande stupéfaction, ils ont fait ce que j’appellerais « gérer à la française » : ah ouais ? ah ok. On va relaver la chambre alors.

Lorsque l'enfant paraît (le photographe déboule)

Un article pour une naissance


Ce post a été finement écrit le 7 avril, mais post publié pour le D-day.

A l’heure où vous lirez ce post, j’aurai accouché de mon troisième bébé.

Je serai probablement dans l’état un peu comateux des jeunes accouchées (je sais, on dit « parturiente« , mais c’est si laid …) très pâteuse, très heureuse, débordant d’émotions habituellement contradictoires et de sécrétions dégueu diverses. Comme pour mes deux précédents accouchements, je passerai sûrement en en une nanoseconde de l’abattement à des états de transe un peu effrayants, à la grande perplexité de mon pauvre mari qui ramera pour raisonner l’irraisonnable, et tentera gentiment d’endiguer les rivières de larmes qui ne manqueront pas de couler pour des motifs majeurs style « je ne retrouve pas le body que Charlotte portait quand elle était petite ». En tout état de cause, je serai sûrement incapable d’écrire un post, ou un texto, et peut-être même d’épeler mon prénom.

Je ne sais pas grand chose de plus.

Je sais que j’ai perdu la  guerre, le bébé ne s’appellera pas Rosalie si c’est une fille, pas Yann si c’est un garçon. Je propose donc par vengeance, de l’appeler sur ce blog Rosalie si c’est une fille, et Yann si c’est un garçon.

Je sais qu’on m’a raconté que les hôpitaux américains proposaient du homard et du champagne. Ca ressemble à une légende urbaine, mais j’y crois dur comme fer.

Je sais qu’accoucher aux US va forcément être un peu marrant, et un peu consternant.

Je sais que je vais mettre quelques jours (ou semaines), à retrouver l’énergie suffisante pour faire du sarcasme là-dessus.

Je sais que je préfère vous épargner les posts « mon bébé ma merveille » parce que je trouve souvent ça d’affreusement mauvais goût.

Je suis reste néanmoins convaincue que mon bébé est FORCEMENT une merveille, sauf si comme Nayla ET Charlotte il fait la crise d’acné du nourrisson la plus flippante jamais observée par les dermatologues.

Et bordel, JE SAIS SURTOUT QUE CET ENFANT AURA UN PASSEPORT AMERICAIN ET C’EST LA FREAKING CLASSE.

A vite !

Femme enceinte ayant décidé de se faire remarquer

Comment avoir l’air cool quand on part perdant (et qu’on dépasse les 80 kg)


Vendredi dernier on était à l’anniv d’une copine américaine hype, avec ses potes hype, dans un bar hype. L’après midi, j’avais croisé mon gros corps dans la glace, et je m’étais dit que pour être à la hauteur ça allait être tendax. En fait, j’avais oublié qu’ici, apparaître très enceinte dans un bar est déjà quasi subversif. Qui plus est, sans me vanter j’ai à mon avis passé haut la main les étapes suivantes :

– penser « Whitney Houston » au moment de la sortie du taxi et de l’entrée dans le bar (même si tu as passé l’intégralité du trajet en taxi à dire à ton mec que Dieu t’a pour l’instant filé les crampes et les brulures d’estomac de grossesse, mais épargné les hémorroïdes, et qu’au total tu le remercies)

– lever un sourcil condescendant auprès du serveur incrédule (en t’étant préalablement assuré de la présence d’un public) : de l’alcool, dans mon blood orange mango mojito ? « but of course » ! (juste après, on m’a dit « you’re so French », j’ai décidé que c’était un compliment (ça ne l’est pas toujours))

– quand la musique commence, foncer sur la première danse. Tu n’auras pas d’autre occasion, puisqu’à 22h30 chrono, ton corps s’éteint tout seul. Donc vas-y vite, d’autant que tout le monde regarde la birthday girl (et toi, par force, tu fais le triple de son volume, tu es donc nécessairement dans le champ). Entrainer ton mec qui n’a pas d’ailleurs spécialement envie d’être associé à ce désastre. Puis dire adieu à tes lombaires, et sauter et tourbillonner 3’35 chrono.

Voilà comment, à 22h45 (heure du coucher + 15 minutes), tout le monde voyait très très bien qui j’étais. J’ai salué la foule, petit geste de Kate Middleton, et gagné mon taxi avec la satisfaction du devoir accompli.

Puis j’ai passé le week-end à m’en remettre.

La vie d'un gladiateur, de la grosse gnognote

L’effroi


Merci de voter pour le plus effrayant des moments que j’ai vécus ces derniers jours (ma vie étant une sorte de film d’horreur chiant)

1/ Ce moment où tu réalises totalement par hasard que ta fille de trois ans, que tu croyais en spring break pour deux jours, est en réalité en spring break pour UNE PUTAIN DE SEMAINE COMPLETE. Tu vas donc te la colleter AUSSI demain, et après-demain, et après-après-demain alors que tu as 1- une vie, 2- déjà épuisé toutes les combinaisons « piscine* + ciné + gommettes + écoute vas dans ta chambre, trouve-toi une activité et reviens dans trois heures », et le premier qui me dit que je suis une marâtre, je lui file un enfant de 47 mois à gérer seul pendant une semaine, on en reparle.

2/ Ce moment où au bout de quasi neuf mois de grossesse et d’indifférence polie à la question de ton poids, qui t’est donné en pounds par les américains qui font globalement chier sur les mesures, tu te décides enfin à faire la conversion pounds-kilogrammes, et tu réalises que 170 pounds (ton poids actuel), en fait ça fait beaucoup, et pas seulement en pounds.

3/ Ce moment (vécu à la minute M où je vous écris) où tu as une soirée seule devant toi, tu as paumé la télécommande de l’apple TV, et tu es trop grosse pour chercher sous le canapé, voir paragraphe précédent.

Et sinon, un jour je parle de New York. Et de travail. Promis.

* la piscine en bikini à neuf mois de grossesse, un grand moment de glamour à débordements.

Yeah Cléo, wanna hear about my problèmes de riche ?

L’héroïsme pour les crétins


Avec mon mec, on a un travers : on est accro aux « oh la la, vous avez une énergie de fou, mais comment faites-vous ». De temps en temps, je me dis que c’est uniquement pour ça que depuis qu’on s’est rencontrés, on a multiplié les faux plans, les déménagements, les gamins, et plein d’autres trucs bien débiles : la pseudo admiration de nos pseudo copains nous fait saliver de satisfaction comme le chien qui a bien renvoyé sa baballe.

Dernière trouvaille foireuse en date : le WE prolongé à Washington à plus de 8 mois de grossesse. Mais le prix à payer pour quelques « ah, dis-donc t’as la pêche » clairsemés est assez élevé. Voici donc une synthèse  » faire du tourisme très enceinte ».

Contractions : 9h de route aller-retour dans une voiture inconfortable = c’est gagné, ton ventre est en béton armé pour le WE.

Remontées gastriques (ouais, c’est un post sur la grossesse, personne n’a dit que ce serait glamour) : mixer WE de Pâques (= orgie chocolat) et stations assises trop nombreuses (cf paragraphe précédent) = c’est l’acide sulfurique dans ta trachée.

Entrave des mouvements : faire les malins, mépriser les plans, et se dire qu’on trouvera bien la maison blanche + la confondre avec le Capitole (=méga honte pour tout fan de house of cards) + la chercher comme un gland en s’engueulant avec ton mec + devoir finir par demander à un flic « euh sorry, where is the white house » (re la honte) = bouffer en une demie-heure ta capacité « marche à pied » de la journée.

Insomnie : dormir dans la même chambre d’hôtel que ta famille + te réveiller à 3h du mat, pétant la forme (classique de fin de grossesse) = lire assis sur la baignoire le dépliant « on est trop éco friendly » de l’hôtel jusqu’à 7h du mat.

Désagréments divers : 1. courir tout le WE de station sanisette en station sanisette. 2. aller diner chez des copains, et rentrer piteusement à 22h, épuisé, le ventre dur comme le mur de Berlin. 3. te faire gratos une petite frayeur au retour « putain je vais accoucher à Centreville, Delaware et il reste 7% de batterie sur mon tél ».

la victoire du jour


Aujourd’hui pour la première fois depuis au moins 7 RDV, ma gynéco ne m’a pas dit que j’étais trop grosse. Si vous me cherchez, je suis au café du coin en train de me gaver de chocolate chip cookies pour fêter ça.

Jeune française courageusement parvenue à créer un trend sur le bonnet chouquette

Martine, crevarde de la fashion


Présupposé : La française en goguette est par principe censée « incarner l’élégance à la française », comme il l’est dit dans les mauvais magazines. Ca marche à New York, mais ça marche en fait partout.

Comment te sentir à l’aise avec ce phénomène ? c’est bien simple.

Option 1 : tu es française et tu es trop contente de surfer sur la vague « ouaouh comment t’es trop chic » : 

– omets de préciser que tu viens de Cesson-Sévigné. C’est bien connu, toutes les françaises sont parisiennes.

– quand on te fait un compliment sur une fringue, prends l’air languissant en balançant une marque française inconnue …. ou minimise à dessein « ce vieux truc ? ah Zara ! », ton interlocuteur se sentira un caca vermoulu devant toi, l’icône fashion qui donnes un aspect couture à tout, tout, tout.

– ne limite pas sottement ton vestiaire à l’uniforme petites robes noires / rouge à lèvres. Non non, sens-toi une vocation de passionaria : ose, et réhabilite les oubliés de l’élégance (qui de toutes façons, cartonnent probablement au fin fond de Red Hook) : Birkenstock, jupes culottes, sac banane, petits sacs en plastique transparents qu’on met sur la tête quand il pleut. Oublie que tu t’es fait ostraciser par ta classe de 4e parce que tu étais moche et fringuée comme une vieille. Aujourd’hui tout est permis.

Option 2 : tu es française, et tu as décidé de lutter contre les stéréotypes

Bon déjà tu es bien bête, parce qu’il faut toujours prendre les bons stéréotypes, il n’y en a pas tant que ça (et quels que soient tes efforts tu n’arriveras pas à lutter contre les mauvais et passeras forcément pour une pimbêche arrogante (mais romantique) comme toutes tes compatriotes).

A ma connaissance, une seule solution : deviens enceinte. N’hésite surtout pas à friser la barre des 80 kilos, et habille toi de manière rigoureusement identique tous les jours, de préférence avec des fringues mi-Gap, mi-le père Noël est une ordure. Attention, c’est une science, mais le résultat est garanti : plus personne ne t’emmerdera. Au niveau capillaire, je conseillerais l’aspect pas coiffé du tout (pas « savamment décoiffé », non non, vraiment le truc canin, dont la représentation la plus convaincante à l’écran reste notre héroïne à toutes : Britney Spears dans Womanizer).

Option 3 : tu es français

Tu n’es donc pas concerné. Le stéréotype de l’élégance à la française ne fonctionne qu’au féminin. Pour les mecs, ça marche uniquement chez les italiens (pâmoison sur le combo brillantine / costumes étriqués) ou les anglais (pâmoison sur le tweed).

Livin la vida loca #2


Il est exactement 17h02 quand je me réveille de deux heures de sieste imprévue.

En balançant mon gros corps douloureux, je parviens à grand peine au frigidaire, happe la crème fouettée et m’en bâfre sans joie.

La vie, la vraie.

A la fin de l'envoi, je touche

3-0 pour la gynéco


Après

– un premier rendez-vous un peu traumatisant

– un deuxième rendez-vous d’où il est globalement ressorti que le foetus était dépourvu de colonne vertébrale (la colonne vertébrale n’était pas bien visible à l’échographie, c’est donc évidemment qu’elle n’existait pas (en fait le foetus était juste mal positionné (et comme je commence à maîtriser le côté « révélation du cancer du mec dans un film de seconde zone » de mon hôpital, je ne me suis pas trop inquiétée, l’idée étant plutôt de se plier à une batterie de tests supplémentaire histoire que l’hôpital se backe les fesses dans l’hypothèse fort improbable où il y aurait effectivement un problème (en l’occurrence, l’équipe médicale a pu soupirer en choeur de soulagement quand le test sanguin + l’échographie supplémentaire ont révélé une magnifique colonne vertébrale intacte (eh ouais, tu l’as vu mon foetus))))

… voici le fidèle compte-rendu de mon troisième rendez-vous avec ma gynéco. 17 secondes, 4 estocades.

1. Il faut s’hydrater davantage

2. Vous avez trop grossi

3. Maintenant il faut dormir sur le côté gauche, sinon ça écrase le bébé.

4. Vous pouvez vous rhabiller, je n’ai pas besoin de vous examiner.