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Hard times in New York Town


Tag: Et le féminisme bordel


Révisions d'une quadragénaire pour son troisième master. Greuze, 1787, Musée des Beaux-Arts, Chateauroux

Les bonnes choses ne changent pas.


Quand j’étais jeune dans les années nonante, je me découvrais toujours une passion pour trois trucs différents au moment des revisions : le maquillage, la cuisine et le ménage. Le droit administratif, ou comment faire ressortir la menagère qui sommeille en toi.

On est le 29 avril 2017, je suis toujours en révisions. Je procrastine avec un enfant malade mais beaucoup d’allure, car j’ai mis du mascara. J’envisage de me refaire l’intégralité des Mad Men au lieu de rédiger mon truc pourri sur la féminisation des demandes d’asile (je sais, le titre est chiant, le contenu promet de l’être encore plus).

J’ai même pas la force de rédiger une conclusion rigolote, c’est dire à quel point je suis accablée.

L’affreux cours de djembe


Voilà, j’ai fini par me faire avoir : Nayla, 4 ans, est inscrite depuis trois mois à un cours de djembe. J’en pouvais plus des sourires consternés et des petits pincements de lèvres suggérant que je privais mes enfants d’une source d’Epanouissement Obligatoire.

Toutes les semaines, j’accompagne donc Nayla l’européenne, munie de son djembe made in China, au cours de djembe new-yorkais où le prof a une tête de boucher du midwest et enseigne des « rythmes africains ». Je kifferais volontiers le décalage « quatre continents » si je n’étais pas régulièrement saisie :
1/ d’irritation contre le prof qui s’obstine à parler de l’Afrique comme d’un grand pays mystérieux et uniforme
2/ par l’odeur de prout qui règne immanquablement dans toute réunion de plus de deux enfants.

L’autre problème du cours, c’est que les parents sont censés participer. Les premiers cours, je me suis retrouvée comme une  adolescente godiche et rétive, obstinément assise quand l’ensemble des gamins et les mamans ravis dansotaient avec leur djembe en une parodie dégueulasse des dimanches à Bamako (ouais, pas de papa of course) . Depuis j’ai trouvé un prétexte pour me barrer « exceptionnellement » et je vais lire mes bouquins d’anthropologie au café du coin pendant que Nayla fait du djembe sans sa maman.

Bon, la prochaine fois, je vous parle de Jessica, la propriétaire des cours obèse et stridente, mais là c’est la journée des droits de la femme (ici on a squizzé le coup des droits de la femme, ça s’appelle « international women’s day »), je refuse donc d’être méchante avec mes consoeurs.

Her body, her rights

La marche pour les femmes à Washington


Immédiatement après les élections américaines qui ont laissé le pays au bord de l’implosion, les manifs ont commencé à fleurir (stand-in, sit-in, protest, rally, demonstration, march et j’en oublie).

Samedi a eu lieu la plus importante d’entre elles, la “women march”. Mon book club composé de 10 américaines que j’aime à la folie, a organisé un déplacement à Washington avec dodo dans le Maryland chez le papa d’une d’entre elles. Je tenais absolument à en être et à emmener Nayla, 4 ans 1/2 (j’étais sûre que ça lui plairait, et puis symboliquement, je trouvais important qu’elle soit là).

Rituel manif étape 1 : élaboration de pancartes (“sign” en anglais). Nayla a trouvé assez cool l’aspect “arts and craft” participatif : coloriage avec 12 adultes au taquet. Elle a fièrement colorié un grand symbole de la femme sur sa pancarte, et on a écrit toutes les deux, de l’autre côté “don’t mess with me – I’m your future” (faites gaffe à moi je suis votre avenir) – mais après réflexion elle a trouvé ça un peu naze et porté la pancarte uniquement côté pile. On a toutes tenté d’écrire un truc percutant qui correspondait au maximum à notre âge, notre race, nos envies ou notre orientation sexuelle. Cela allait de “lesbian – this – together” (attention jeu de mots) à “regulate banks not vaginas” ou au tout simple “hear us roar”.

Rituel manif étape 2 : fashion. Là j’étais insuffisamment préparée : mes copines avaient choisi leur plus beaux TShirt à message, soigneusement tricoté ou fait tricoter leurs bonnets roses (bonnet rose avec oreilles de chat = pussy hat = le symbole du mouvement, qui joue sur le double sens du mot “pussy”, plutôt bien traductible en français par chatte, et rappelle bien sûr le célèbre et ignoble trumpisme “grab them by the pussy”). Les sacs ad hoc avaient été achetés – petits et transparents, comme l’exigeait le site, qui nous incitait d’ailleurs à imprimer un ticket de participation à la manifestation, le monde moderne est une chose curieuse. Je portais un vieux TShirt american apparel informe et Nayla un pull à rayures, mais j’ai considéré que malgré nos évidentes lacunes stylistiques, on s’en tirerait avec les pancartes (et le fait que Nayla est évidemment sur-mignonne).

Rituel manif étape 3 : y aller, et gueuler à fond. Et franchement, ça valait le coup. L’impression de vivre un moment historique, les pancartes géniales, drôles ou émouvantes, Nayla au taquet qui hurle “hey hey ! ho ho ! patriarchy has to go” non-stop depuis 36 heures, l’aspect combattif, et résolu, mais très pacifique et respectueux. La diversité des manifestants, et aussi la diversité de leurs messages (note : en général je déteste les manifs pour leur aspect réducteur. En l’occurrence à peu près toutes les strates possibles du féminisme et du mécontentement étaient représentées). Le côté militant. L’impression de faire quelque chose, parce que comme le disait une pancarte “c’est soit ça, soit passer quatre ans enfermé”.

Rituel manif étape 4 : après la manif, ranger sagement sa pancarte, ou la déposer pas loin de la maison blanche, prendre son métro ou sa bagnole et regagner son domicile, un peu sonné, un peu galvanisé, en se demandant, perplexe … et après ? on en est là. Nayla a décidé d’organiser une marche dans notre rue, mais on va commencer par la remobiliser sur le vélo sans roulettes, faut pas non plus déconner sur le militantisme à 4 ans 1/2.

Best of pancartes (très personnel) :
– Une vieille portant une pancarte “I can’t believe I’m still fighting this shit” (je n’arrive pas à croire que je sois encore en train de me battre contre cette merde).
– “Melania blink twice if you want us to save you (Melania cligne deux fois de l’oeil si tu veux qu’on te sauve)
– Une japonaise en fauteuil roulant : “US Prez locked me up 1942-1946. Never again” (emprisonnée par un president américain entre 1942 et 1946. Plus jamais ça).
– “if you’re afraid of equality you’re protecting a privilege” (si vous avez peur de l’égalité vous protégez un privilège).
– “Trump is not the disease he is the symptom (Trump n’est pas la maladie, il est le symptôme)
– un mec portant “proudly married to a nasty woman”. (marié à une “nasty woman” et fier de l’être » – nasty woman : commentaire de Trump grommelé entre ses dents à l’égard de Hillary pendant le troisième débat).

Pancarte la plus vue : pussy grabs back …

Ma première photo


… se passe de commentaires, mais c’est génial, en plus de jouer aux voitures les garçons peuvent désormais lire les news ! pour les filles on attendra

Oh no!


Ci-dessous, une pub ciblée en petit en-cart à droite sur ma page Facebook (privée).

Je me demande ce qu’il y a de plus déprimant dans l’histoire

– que Brad quitte Angie

– qu’il existe un site intitulé goodhousekeeping.com, ou

– que je fasse partie de la cible de goodhousekeeping.com …

« Theyre Getting Divorced »
goodhousekeeping.com
Ang Walks Out On Brad And Takes The Kids! You’ll Never Believe Why She Left Him!
Membres d'un couple franco-américain en plein clash culturel sur la définition du couple

Le monde mystérieux des dates à Manhattan


Pour des raisons exclusivement sociologiques, je regrette parfois d’être trop maquée, trop munie d’enfants et accessoirement beaucoup trop enceinte pour pouvoir vivre des « dates », ce truc si typiquement new-yorkais.

Alors les « dates », c’est sortir ensemble, mais pas vraiment. En gros :

1/ pendant toute la phase de « dating », l’homme paie l’addition, la femme espère être rappelée (se référer à cet article incroyabilissime dégoté par Anne).

2/ tu t’embrasses et tu couches ensemble comme un couple à l’européenne …

3/ … mais tu peux « dater » plusieurs personnes à la fois, c’est toléré et même normal. Les new-yorkais « datent » donc avec une frénésie épuisante. Kevin mon copain kiné « date » une dizaine de personnes en même temps, le chiffre n’est pas dingue. C’est donc en quelque sorte du butinage légal.

4/ les sites de rencontre jouent un rôle capital. Il y en a un paquet, ça prend des plombes de remplir ton profil, mais après, tu peux tomber sur l’homme de ta vie – ou comme ma copine Irene, une pépite : la photo d’un gros chauve qui tient un énorme poisson -métaphore subtile- avec « Bonjour ! Je m’appelle X, je suis flic. On se voit ? » (l’anecdote est véridique, j’ai juste changé le prénom de Sophie).

5/ Après avoir « daté » pendant une période variant de quelques semaines à quelques années, la conversation de l’exclusivité s’impose. C’est à la fille d’ouvrir le sujet. Le couple peut alors décider de devenir « exclusif ».

6/ Dès que l’exclusivité est mutuellement consentie, tromper c’est mal. L’annonce d’exclusivité est donc faite à tes copains en grande pompe. Ce qui rajoute un étage à la construction sociale du couple « fiançailles-mariage-achat d’appart (ou pas)-gamins ».

7/ A ce moment là, tu deviens donc un couple à l’européenne.

Voilà voilà. En théorie c’est rigolo (et lunaire), en pratique tout le monde semble trouver ça hyper-insatisfaisant : les filles disent que c’est déprimant, les mecs râlent parce que c’est ruineux.

Et appel à témoins : si j’ai loupé des éléments clés, ou si vous n’êtes pas d’accord, merci de m’éclairer !! tout avis est précieux.

The way yoouuuuung lovers do

Comment trouver l’âme soeur à coup sûr


Déniché in extremis pour la St Valentin, un nouveau concept en carton : les matchmakers. Oui oui, la bonne vieille entremetteuse de la place du peuple à Shanghai, mais en version haut de gamme.

Amy Laurent, « relationship expert and executive matchmaker », présentée dans un article de Garance Doré comme « l’une des meilleures matchmakers des Etats-Unis », prononçait dans l’article de si réjouissants poncifs sur les relations amoureuses que j’ai voulu enquêter. Bilan, après étude approfondie de son site :

  • Dans la partie blog, la preuve que la collection Harlequin a encore de beaux jours devant elle. « J’ai reçu des nouvelles de l’un de mes clients et de sa fabuleuse blonde aux jambes interminables, à qui je l’ai présenté il y a peine deux mois. Ils m’ont appelé pour me dire qu’elle emménageait le mois prochain dans son triplex huppé de Tribeca ». Etc.
  • Encore plus flagrant : Joue au jeu des sept différences entre la partie « services aux hommes » et la partie « services aux femmes« . Le premier à avoir repéré toutes les incongruités* se verra offrir une séquence de matchmaking présidé par mes soins. Tremblez célibataires …

* exemple : on demande trois photos aux femmes, mais leur salaire aux hommes

Peinture du XIXème siècle représentant deux hommes en portant un autre dans un décor exotique

de la nécessité du féminisme, en deux froissements


Mon mec et moi avons rendez-vous à la banque.

Premier froissement : le banquier serre la main à mon mec avec un « hi » chaleureux ; je n’ai droit ni à l’un, ni à l’autre. Je finis par tendre la main en souriant froidement. Le banquier la serre avec un sourire confus.

Deuxième froissement : nous sommes soumis l’un, puis l’autre, à un interrogatoire semi-paranoïaque classique. Mais lorsqu’il me pose la question « pour qui travaillez-vous », le banquier répond de lui-même :  « so you’re unemployed » (vous n’avez pas d’activité professionnelle). Rien dans la conversation qui a précédée ne lui permet de faire ce genre d’assertions ; et la banque ne dispose à ce stade d’aucune information concernant mon activité professionnelle. Cela m’agace tant, que je rétorque vertement que non, j’ai ma boite et je travaille en free-lance, ce qui est un semi mensonge.

On finit l’interrogatoire, et le reste, puis on sort de la banque. Je me fais gentiment remonter les bretelles par mon mec qui a constaté le semi-mensonge : « non mais c’est pas grave tu sais, de ne pas encore officiellement travailler, pourquoi tu montes si vite sur tes grands chevaux ». Je lui explique les deux froissements. Il ne s’était rendu compte d’aucun. Pire, IL NE COMPREND PAS, putain.

MA MICRO-DETRESSE OUATEE TROUVE EN PARTIE SON ORIGINE DANS LA PERTE DE MON STATUT SOCIAL : JE N’EXISTE PLUS QUE PAR LUI ET PAR NOS ENFANTS. Ne sachant trop comment l’expliquer sans le hurler, je l’ai envoyé écouter un peu Chimamanda Ngozi Adichie.

Las Vegas Parano (mais à New York)

Liste non exhaustive des micro-chocs culturels


– Le Marché du Chien (majuscules requises), où toutes les composantes de la consommation humaine sont déclinées pour ton clébard : psychologie pour chien, manteaux pour chiens, « dogdates », squares pour chien avec jeux éducatifs. Inépuisables gadgets pour chiens. Sans même parler des conversations sur les chiens (j’y ai tenté le second degré, c’était une mauvaise idée).

– Les bibles gratos dans la rue

– Le fait qu’on t’appelle « mommy » partout, partout, partout (mais qu’on n’appelle jamais ton mec Daddy)

– Le fait que les camions ressemblent à des jouets d’enfant, surtout les camions de pompier. D’ailleurs Charlotte aurait à peu près la même utilisation qu’eux du gyrophare et de la sirène si elle savait conduire

– Ta propre sottise de personne qui n’a pas utilisé son cerveau depuis bien trop longtemps : à quel moment exactement es-tu devenu cette personne socialement étrange qui fait une blague avec le mot « éjaculation » dedans à quelqu’un qu’elle a vu deux fois ?

Sept nains déguisés

Halloween


Alors en vrai, Halloween ça cartonne sa race. Les mises en scène devant les maisons sont pas mal cool. Débauche de lumières, d’araignées, de chirurgien fous, de fumée. Les gamins kiffent.

Les déguisements sont au-delà de l’extraordinaire. Je sais pas combien de week-ends les mecs passent à les préparer, mais l’année prochaine, pas moyen, nous aussi on fait la parade. Le problème c’est qu’il faut repousser très très loin les limites de la créativité :

1/ Jamais je n’aurais eu l’idée de me déguiser avec mes copains en mozzarelle (avec des filaments de fromage entre nous). Ni de courir déguisée comme ça pendant 5 km.

2/ Jamais je n’aurais pensé à utiliser les contraintes, genre transformer une poussette en étoile noire de Star Wars (vachement convaincante l’étoile noire)

3/ Le top du top, les déguisements d’animal en autre animal ( j’ai notamment vu un chien très bien en grenouille).

(suite…)