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Hard times in New York Town

Pourquoi c’est dur de vivre à l’étranger – l’éloignement


Suite du précédent.

… Parce qu’en vrai, vivre à l’étranger, c’est saborder un pan immense de nos vies.

Nous nous condamnons nous-mêmes à ne pas voir nos parents vieillir. A ne pas voir nos grands-parents mourir. A ne pas voir pas nos neveux grandir. A rater les naissances, les fausses couches, les mariages, les ruptures, les débuts de relations flamboyants et les sales maladies. Et aussi tout le reste, tout ce qui n’a pas de nom officiel. La vie quoi.

Nous devrons à une piètre connexion skype les seuls échanges entre nos enfants et nos parents.

Nous ferons des arbitrages déchirants et impossibles. Nous prononcerons des phrases comme “je ne pourrai pas rentrer pour ton mariage, je suis déjà revenue pour l’enterrement de mamie il y a deux mois”.

Nous serons absents quand la maman de Sonia mourra, et rien que d’y penser j’en ai encore mal au ventre, parce que oui, sur place aussi j’aurais été impuissante, et je ne sais pas comment j’aurais pu l’aider vraiment, mais bordel, j’aurais au moins pu vider une, ou deux, ou dix bouteilles de rouge avec elle, ce qui m’aurait donné le sentiment idiot, mais capital, d’être “là”.

Nous apprendrons à ne plus faire confiance aux “tout va bien”. Parce que souvent, tout ne va pas bien, mais notre entourage voudra nous épargner, puisqu’on est si loin et que cela ne sert à rien. Alors nous recouperons obstinément chaque information pour être sûr qu’on ne nous a rien caché et que oui, vraiment, tout va bien.

Les au revoir auront souvent des goûts d’adieu, surtout quand il seront adressés à ceux qui vieillissent. Alors nous ravalerons nos larmes, et nous nous sentirons comme des gros cons, parce qu’en définitive, tout cela, nous ne le devrons qu’à notre seul égoïsme.

Et nous nous demanderons parfois si cette “expérience” de l’étranger mérite vraiment de renoncer à tant d’amour, à tant de raisons d’exister, à tant de moments importants.

Nous n’aurons jamais la réponse.

Mais nous observerons sur Facebook l’écume de ce que nous avons raté.

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8 Commentaires

  •    Reply

    Tout à fait !! Mais oui, c’est exactement ça !!
    J’évite de trop y penser mais cela m’anéantit quand je pense que mes parents ne voient plus mon fils. Car non, Skype ne leur permet pas de plonger le nez dans son cou qui sent si bon la brioche…

    •    Reply

      eh oui ! avec des drôles de cycles, où c’est dur, puis ça va mieux, puis les parents nous culpabilisent, puis on se culpabilise tout seul, puis on oublie …

  •    Reply

    Je me rends compte aussi que vous êtes « seuls » en permanence avec vos enfants en fait = pas de papy/mamie à la rescousse pour une soirée, un week-end, une semaine même pour souffler O_o
    Et là, je compatis en fait…
    (bon pardon, c’était pour mettre une petite touche humoristique à cet article un peu plus sombre que d’habitude)

    •    Reply

      Humoristique tu parles, tu rends ça encore plus tragique (on rappelle que les Baby sitters sont à 20 dollars de l’heure !!)

  •    Reply

    Si ca peut te consoler a partir de 3h de train les grand parents ne sont pas vraiment la 😀
    Mais, ouch, c’est le post déprime que tu nous sort, là :-/

    •    Reply

      ben ouaih, ça dépend des jours quoi … sûre qu’Alice le vit comme ça aussi de temps en temps (même si elle se la joue peut-être moins « ô rage ô désespoir » que moi, peut-être aussi parce qu’elle n’a pas d’enfants donc pas de raisons de crever d’envie d’avoir une soirée ou un WE toute seule de temps en temps …)

  •    Reply

    Eh ben merde alors, je viens de lire ce que je n’arrive pas à écrire depuis le début de cette « expérience ». Beau mais désespérant à la fois. Merci.

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