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Hard times in New York Town

En haut, ce que j'aurais aimé que Nayla soit à l'open gym. Dessous, Nayla.

Les cours d’open gym


Saisie par l’enthousiasme sur les cours de tout, je décide de donner le meilleur à mes enfants. J’inscris donc Nayla à l’open gym (l’idée de l’open gym étant que c’est moins cher que la gym, mais c’est toi qui fais le prof. Ce qui dans mon cas est loin de paraître logique).

J’ignore le panneau blanc sur lequel sont inscrites des phrases de gros winner qui changent toutes les semaines, et font un peu flipper si l’on considère qu’elles doivent être appliquées à des enfants de deux ans et demi. (phrase de la semaine du 20 mars 2015 : « entraine-toi jusqu’à ce que tes idoles deviennent tes rivaux», avec dessous le dessin d’une petite colombe qui dit « n’abandonne jamais ». Phrase de la semaine du 6 juin 2015 « il est possible d’essayer et d’échouer, mais pas d’échouer d’essayer », avec le dessin du requin dans les dents de la mer, sauf que j’ai pas encore compris la métaphore).

Je colle un vieux legging à Nayla, je lui survends la danse, et on se lance. (suite…)

Possible activité professionnelle pour les dix années à venir

L’atterrissage


Je me suis donnée un mois avant de commencer à chercher du boulot. Et c’est surtout au square de ma petite banlieue cool que je passe mes journées. Premières constatations :

  • les mecs ont l’air tellement contents de s’occuper de leurs enfants que c’en est louche. En attendant, il faudrait visiblement que je manifeste un peu plus d’enthousiasme quand je pousse machinalement Nayla à la balançoire.
  • J’ai rencontré au square, donc une horde de françaises desperate housewives diplomées. Profil médian : école de commerce, 30 ans, deux enfants qui s’appellent genre Joséphine et Edouard, bague de fiançailles grosse comme le ritz, et légère dépression planquée sous des sourires un peu las et des connaissances très pointues en matière de cours de tae kwen do pour enfants.
    Conclusion numéro 1 : va sérieusement falloir que je me mette à chercher du boulot.
  • J’ai aussi rencontré mes premières américaines stressantes. Profil médian : cheveux blonds qui flottent au vent (pour de vrai), legging qui te permet de constater qu’elle est formidablement bien roulée, enfant de 9 mois qu’elle fait jouer au toboggan et qui marche déjà, tapis de yoga qu’elle trimballe derrière sa poussette qui ressemble à un tank tout rose, et en plus, en discutant avec elle tu te rends compte qu’en fait elle a un vrai boulot, et pire encore, qu’elle est sympa.

Conclusion numéro 2 (d’ailleurs contradictoire avec la conclusion numéro 1) : tout ça me donne envie de continuer à m’empiffrer tranquillement de hazelnut butter en regardant Mad Men.

Albertine (j’en ai connu des comme toi)


Parlons de ce lieu un peu flippant, l’Albertine.

50 personnes m’en avaient parlé avant que j’y mette les pieds pour la première fois. J’ai donc fini par y trainer mollement mes guêtres.

L’idée, c’est que le très chic Antonin Baudry (co-auteur d’une BD de fou furieux, et accessoirement grosse star de la diplomatie française locale, la preuve c’est que même moi je le connais) a décidé que c’était pas possible de ne pas avoir de librairie française à New York. Jusqu’ici Antonin et moi on est en phase. Sauf qu’Antonin, contrairement à moi, a un entregent de maboule. Du coup tous les dieux du CAC 40 se sont penchés sur le berceau d’Albertine. C’est rénové par Louis Vuitton + Société Générale etc.Le résultat est magnifique, voute étoilée et sacs ultra classes avec un logo à soleil qui rappelle furieusement celui de chez Versace (oui oui j’ai vérifié sur google). D’un autre côté, tu as peur de faire des prouts sur le canapé pâtiné tellement c’est beau. Et je ne vois vraiment pas pourquoi une librairie devrait être un lieu intimidant.

Bref, j’ai dûment ligoté ma petite fille pour éviter qu’elle ne touche le moindre bouquin. Et je ne l’ai pas amenée aux lectures pour enfants du samedi matin. Elle y rencontrerait pourtant certainement des marmots Bonpoint, dont aucun ne fait des prouts sur les canapés. Mais je crois qu’on va s’en tenir à Barnes & Noble.

Enfants de 16 ans dont la croissance a été stoppée nette par l'absence de cours de gym, et leur mère éplorée

L’adaptation à petits pas


Je viens de me rendre compte qu’un pan du développement de mes enfants m’avait totalement échappé.

La semaine dernière je suis allée à un cours de cuisine pour enfants. Ouais. Le concept est extrême, mais c’est ma voisine qui fait les cours, et ma voisine est giga cool.

Indépendamment de la recette de poulet au paprika censée remobiliser ton enfant en souffrance de chips autour de son assiette, ça m’a permis de discuter avec pas mal de mamans surmotivées de l’éducation et honnêtement, plutôt sympas.

Bref, la maman d’un petit Jim, six mois m’a filé les chocottes : Jim est inscrit depuis deux mois à un cours de musique ET à un cours de piscine. Selon sa maman, Jim kiffe pas mal la piscine, mais son rapport à la musique est assez instable. Ca rend la maman un peu perplexe : parfois il est ravi, parfois il accroche pas. Imprévisible le gars. Et la maman de conclure par un constat accablé : « de toutes façons, on est bien obligées de les faire aller à des cours, sinon comment vont-ils se développer ? » Mystère abyssal indeed.

Heure du décès, 14h04. Cause probable : hypothermie.

Le froid


Tu savais qu’il ferait froid. Tu avais vu les photos, tu avais lu dans les journaux tous les ans à la même époque le même article sûrement recyclé par un stagiaire peu zélé « une vague de froid d’une ampleur inédite a frappé la grosse pomme hier soir ».

Tu avais entendu les gens rentrer de New York et raconter leurs hivers comme les survivants d’un film de Wolfgang Petersen. 

Tu haussais les épaules comme une grosse godiche quand tu entendais que c’était insoutenable.

Tu croyais que tu pouvais. Erreur.

Tu apprendrais que le champ lexical de la dévoration a un sens. Le froid mord, brûle, pique, pénètre.

Tu apprendrais que tu n’étais pas de la race supérieure de ceux qui survivent à l’hiver. Tu en déduirais à tort ou à raison que les américains sont, physiquement, des surhommes (ou leurs doudounes des surdoudounes).

Toi, tu crèverais sur place. Et Nayla s’évanouirait dans sa poussette, couinerait faiblement des « maman, mes mains, j’ai froid » qui te transperceraient le coeur. (suite…)

Enfant terrible (ou "we need to talk about Kevin")

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 3)


Résumé des épisodes précédents : la petite Nayla a arrêté de faire caca lorsque son univers entier s’est écroulé. Ses parents sont inquiets mais n’ont pour l’instant trouvé aucune solution.

Au square, j’ai rencontré une autre mère européenne. Comme Nayla se tortillait comme une dingue, il a fallu que je lui explique le concept (c’est toujours un grand moment, tu viens de rencontrer quelqu’un, de préférence chic, et tu dois t’épancher sur les problèmes d’excréments de ta fille). Elle a soupiré et m’a dit : « oh, tu sais, moi Martin, quand on est arrivé, il était mal dans sa peau, et du coup il mordait tous les autres gamins. Ca passait très mal avec les parents américains ».

Depuis j’ai rencontré une autre mère dont le fils ne dort plus depuis qu’ils ont déménagé (mais alors plus du tout, apparemment il court toute la nuit).

J’envisage de faire un top 3 des enfants les plus imaginatifs au niveau de l’esquintage des parents.

Et de mordre à mon tour tous les abrutis qui nous ont dit avec l’air sentencieux « non mais tu sais, les enfants c’est très adaptable » quand on leur a annoncé qu’on déménageait.

Ceci n'est PAS une bonne photo de profil linkedin (même si on kiffe ses enfants)

Linkedin-ed


Tu te réveilles un matin, et tu te surmotives pour créer un profil linkedin. Tu as pas mal ronchonné, parce que tu es plutôt du genre à truquer ta date d’anniversaire sur Facebook pour ne donner aucune bille au Grand Mechant Web. Mais là, tu veux un salaire. Et à l’heure actuelle, sacrifier tes données personnelles sur l’autel de l’indépendance financière paraît un bon deal.

Tu achèves en soupirant de remplir la case de tes études et de recopier ton cv petite case par petite case. Tu demandes ensuite à tes potes, tes chefs, tes camarades de promo, de devenir tes amis, et tu attends.
Une semaine après, tu n’as pas trouvé de boulot, mais tu es en mesure de faire un bilan d’étape prétentieux, ce qui est toujours divertissant. Donc : le monde de tes amis linkedin semble divisé entre plusieurs catégories de personnes.
1/ les demi potes qui ont réussi (disons selon la définition Challenges de la réussite)
– ils posent en cravate avec un demi sourire censément malin qui te fait un peu flipper.
– ils ont l’air plus vieux qu’ils ne sont.
– ils recommandent la lecture d’articles imbitables sur les normes ifrs.
– et postent des recommandations hallucinantes de condescendance sur leurs stagiaires, qui étaient toujours « a great addition to the team », et qui ont la même gueule qu’eux, avec quatre ans de moins.

(suite…)

chômeuse regardant avec attention une rediffusion sur TV5 d'Intervilles 91

Le journal d’une chômeuse


Entre deux allers retours déprimants sur le site d’idealist, qui agglomère toutes les offres d’emploi, tu regardes d’un oeil fixe des vidéos de chats qui courent dans des magasins Ikea, en te demandant où va le monde.

C’est à ce type d’attitude déterminée qu’on reconnait le glandu de talent.

Chut, bébé fait peut-être caca

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 2)


Résumé de l’épisode 1 : la petite Nayla a arrêté de faire caca lorsque son univers entier s’est écroulé. Ses parents sont inquiets.

Ronde de visites de médecins. Et logiquement, ronde des médicaments en « lax » (lax comme laxatif). Forlax, microlax, puis miralax (son cousin américain).

En même temps, on a tenté pas mal de trucs pourtant bien créatifs, qui ont échoué les uns après les autres.

1. faire comme si le fait qu’elle n’aille pas aux toilettes pendant des durées flippantes, alors même qu’elle était sous traitement laxatif dose adulte, ne nous alarmait pas. Méga foirade, parce que dès qu’elle disait « caca » on sautillait sur place d’excitation (ce dont elle a insolemment profité par la suite).

2. enlever la couche, et se taper subséquemment des kilomètres de culottes à caca à laxatif qu’elle finissait par faire en hurlant une fois tous les trois jours, et qu’il fallait alors laver dans le lavabo.

2 bis. légèrement échaudés, remettre la couche, et constater qu’elle n’y faisait bien caca qu’une fois tous les trois jours (et en hurlant).

3. discuter avec des gens qui avaient vécu le même problème que nous. Couper court parce que pour eux ça avait toujours duré plusieurs années, que ça avait été un enfer, et qu’ils ne comprenaient d’ailleurs pas pourquoi ça s’était soudainement arrêté. (suite…)

Parents en croisade contre la constipation (communiqué du ministère de l'éducation nationale)

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 1)


On avait pourtant acheté à Nayla plein de bouquins éducatifs à thématique « Jérôme le petit lapin change de maison, de langue, de copains et gagne un petit frère ou une petite soeur. Il est très content ».

Mais Nayla la froussarde n’a pas trouvé rigolo du tout de se taper tout d’un coup.

Et comme Nayla est plutôt du genre à témoigner son mécontentement en mode cinéma muet expressionniste (= vénère, mais sans les mots), sa réponse a été implacable : Du jour au lendemain, Nayla a arrêté de faire caca.

Au début, on a trouvé ça plutôt marrant. D’abord ça nous faisait moins de couches à changer, et puis comme je venais d’accoucher de Charlotte et qu’on était exténués, le trip scato nous faisait bien marrer. Je crois même que le simple mot « caca » nous faisait marrer. Du coup, dès que des copains venaient faire une petite visite post accouchement, on se poilait un coup en racontant ça.

Et puis après quatre jours passés à observer sa constipation sereine, on a commencé à flipper. C’est alors qu’on a commis l’erreur classique : « boah, je vais me faire un Doctissimo nocturne, ça va me rassurer ». Là on a figé : ce n’était qu’une longue liste de mamans désespérées qui se débattaient depuis quatre ans dans des histoires affreuses de constipations et de laxatifs au petit déj. Et qui en venaient à implorer leurs sales gamins de faire caca en disant « donne-moi ton petit cadeau ».

Nayla a continué à répondre tranquillement « pas caca » à nos questions de plus en plus angoissées, en continuant son puzzle.

Alors on a pris notre courage à deux mains (heureusement, on ne savait pas encore quelle dose immense serait requise), et on a décidé de s’atteler au problème.