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Hard times in New York Town

Le clochard de mon quartier


Le clochard de mon quartier n’a pas grand chose de new-yorkais. Il n’est d’ailleurs peut-être pas new-yorkais. Ce qui est très new-yorkais, c’est qu’il est seul dans mon quartier.

Cette ville tricote de la solitude au kilomètre, cette ville est inhumaine d’exigence, de fric, de tout, cette ville est une succube qui vous recrache exsangue, cette ville charrie donc – forcément – de la misère.

Il y a pourtant peu de clochards. Quelques uns, avec un carton désespéré qui dit immanquablement qu’ils sont vétérans de quelque chose.

Alors il se murmure beaucoup de chose sur les clochards à New York.

Que le métro en abriterait des milliers.

Que Giuliani les aurait tous viré – mais où ?

Qu’il n’y en aurait simplement pas, seulement des travailleurs précaires qui dormiraient dans des « shelters » (littéralement refuges) – mais je sais, pour glandouiller dans une ONG, que des shelters, il n’y en a pas tant que ça, et qu’ils sont aussi violents et hors les murs, que ceux du 115 à Paris.

Il se murmure aussi beaucoup de choses sur le clochard de mon quartier. Des légendes atroces ou farfelues, et diverses. Je ne sais vraiment que ce que je vois : qu’il est chaque jour un peu plus absent, plus maigre, plus implacablement alcoolisé.

Et moi, j’ai beau écrire des jolis articles avec plein d’adverbes, je suis comme tout le monde ici et partout, chaque jour un peu plus lâche et plus fuyante.

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