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Hard times in New York Town

Enfant ayant visiblement raté un entretien d'entrée à la crèche

La compète à deux ans


Un an après tout le monde, j’ai enfin lu en diagonale « Primates of park avenue », le livre de Wednesday Martin sur les femmes féroces de l’Upper East Side, qui avait fait l’objet d’un article dans le New York Times repris à peu près partout. Le livre n’est pas génial, mais contient quelques pages jouissives. Ci-dessous un extrait savoureux sur les entretiens des enfants de deux ans à la crèche (la mauvaise traduction est de moi, se référer à la version anglaise pour plus de finesse) :

Pour que notre fils puisse entrer à la crèche, il fallut faire des dossiers, passer des entretiens et participer à des « playdates » (note : les playdates sont des sortes de rendez-vous « jeux » officiellement organisées pour les enfants par leurs parents. Tout le monde fait des playdates, mais je ne crois pas qu’il y ait d’équivalent en français, le concept est plus formel que le simple « on se retrouve au parc ? »). Les dossiers étaient faciles à obtenir. Des jours durant, je récupérai des enveloppes dans tout l’Upper East Side. Puis je dus m’y mettre, rédiger des dissertations détaillant les spécificités de mon enfant, ses forces et ses faiblesses, le type d’étudiant qu’il était. Douloureusement tentée d’écrire « je n’en ai aucune idée, il a deux ans », je m’échinai néanmoins à faire de belles réponses. Puis vinrent les « playdates », les « entretiens », comme je les appelais en grommelant, parce que cela me paraissait correspondre davantage à la réalité. Ces « playdates » étaient généralement organisés durant l’heure de la sieste, ce qui paraît ahurissant, mais il faut se rappeler que le but premier des crèches est d’exclure autant d’enfants que possible s’ils ne sont pas frère ou soeur d’un enfant déjà dans la crèche. Un enfant exténué s’effondrait dans l’espace cuisine ? Ou en giflait un autre ? Ou simplement, n’écoutait pas pendant la lecture ? Bonne chance à un autre entretien, à une autre crèche. Je n’oublierai jamais le « playdate » où un seul « joli » jouet (un four à micro ondes en plastique coloré, brillant, avec des lumières et des boutons) trônait en évidence au milieu d’autres jouets beaucoup plus ternes. C’était une sorte de jeu de chaises musicales, organisé par le comité d’admission pour savoir comment une bande de gamins exténués réagirait à la nécessité d’être confronté à ce qu’ils sont précisément incapables de supporter à ce stade de leur développement – la nécessité de partager, de différer une envie et de gérer leur frustration dans des circonstances inhabituelles. Sans espoir de récompense.

Mon fils attendit, attendit, devint visiblement tendu. D’autres enfants se poussaient, le poussaient. Le « playdate » virait au chaos. J’étais révulsée, et furieuse. Lorsque mon fils fondit en larmes, je bondis de ma place pour le réconforter (ils ne vous disaient jamais où vous asseoir ou comment vous comporter à ces « playdates » idiots, vous regarder les observer en tentant de comprendre ce qui se passait faisait partie de leur « évaluation »). Et à ce moment, j’espérai, et j’espère d’ailleurs toujours, que le directeur de l’école irait rôtir dans un cercle de l’enfer réservé spécifiquement aux gens qui angoissent les enfants de deux ans et leurs vulnérables mamans pour le plaisir.

Durant toutes ces sessions de misère, j’étais entourée de mères savamment vêtues et pomponnées, prêtes à craquer si leur enfant craquait. Nous étions tous sous le couperet. Et nous le savions. Souvent, nous avions l’impression que le comité d’admission jouissait de nous contrarier, jouissait de voir ces femmes riches et privilégiées se sentir diminuées de leur pouvoir, exercer le pouvoir de sélectionner des familles, d’inclure ou d’exclure des petits enfants. Il n’était pas inhabituel de voir une maman pleurer dans la rue alors qu’elle emmenait son enfant. Je pleurai moi-même lorsque mon fils rata un entretien en mangeant une poignée de sable puis en hurlant « RENDS-LE MOI » lorsqu’un autre enfant lui prit un livre. Dans une autre crèche, celle-la située dans une église, il arriva en criant « Allez tous vous faire foutre » et je sus immédiatement, en observant les yeux plissés des membres du conseil d’administration, que cela ne les amusait pas. Ce petit rituel dura des semaines et des semaines. Et cette manière de sadisme institutionnalisé m’indigna profondément.

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2 Commentaires

  •    Reply

    0_o
    Ils ont complètement craqués, il y a la de beaux points d’études sociologiques!!

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      attends, depuis j’ai trouvé mieux : apparemment l’une des modes actuelles chez les über riches consiste à embaucher des nounous chinoises pour ton petit de deux mois pour qu’il soit d’ores et déjà soumis aux sons et qu’il exerce son oreille … les mecs nous battront toujours, non seulement ils sont plus riches, mais en plus ils sont tellement, tellement imaginatifs …

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