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Hard times in New York Town


vie


Massacre de l'expatrié en herbe par la vie (allégorie)

Complainte de l’immigrante geignarde


Florilège des trucs ruineux qui me sont arrivés depuis que je suis aux États-Unis :

Je me suis fait piquer 1500 dollars dans un truc type pickpocket à touristes en plus subtil, où les mecs te font croire que tu achètes un téléphone, sauf que ton téléphone à 30 dollars te coûte 1.500 dollars.

Je me suis fait piquer une (unique) chaussure de rando devant ma porte un jour de blizzard. J’ai successivement soupçonné tous mes voisins. Notamment un enfant turbulent, puis son père alcoolique, puis un unijambiste, pour le coup inconnu. Je n’ai toujours pas résolu le mystère, qui m’aura au moins permis de vivre un moment Twin Peaks (c’est déjà ça).

J’en suis à 2.800 dollars de dentiste (dévitalisation de la dent n°18, au fond à droite en haut). Le dentiste spécialisé chez qui mon dentiste chauve m’a envoyée prétend que j’ai besoin de dévitaliser d’autres dents, qu’il propose de me massacrer moyennant 2.600 dollars (dent au fond à droite ou « dent n°17 ») et 2.600 dollars (dent au fond à gauche ou « dent n°19 »)

tais-toi, maman est en train de se faire des amis

Comment se transformer physiquement en mère new-yorkaise cool


Après une observation attentive de mon nouvel écosystème, je crois avoir désormais acquis la panoplie fashion complète :

  • Un abonnement au New Yorker (je ne sais pas encore si je suis censée le lire ou si je peux me contenter de le promener ostensiblement)
  • Une paire de Ray Ban polarisées bleues
  • Deux leggings (note angoissée : l’accessoire semble malheureusement être des jambes fuselées de prof de yoga, suis-je supposée m’inscrire à des cours de gym ? Pitié, dites-moi que non)
  • Deux Tshirt un peu larges, à message « subtil décalage» à porter avec les leggings. En plus, l’avantage c’est que pour l’instant je n’ai pas eu à investir : l’un dit « fuck yeah Jacques Chirac » (mais depuis que les inrocks ont officiellement érigé Jacques Chirac en icône du style, je me demande si ça n’est pas déjà craignos (heureusement, la subtilité est peut-être trop française (mais peut-être que tout ça va échapper à mes nouvelles copines ? (je stresse)))) l’autre « moustache brothers », vestige d’un vieux voyage en Birmanie – celui là, j’ai 100% confiance.
  • des gants intégrés sur la poussette pour ne pas avoir froid en hiver, un gobelet intégré sur la poussette, un café « to go » dans le gobelet intégré, et l’air cool quand je le bois (même si je ne maîtrise jamais la chaleur de mon café et que je me crame les papilles)
Possible activité professionnelle pour les dix années à venir

L’atterrissage


Je me suis donnée un mois avant de commencer à chercher du boulot. Et c’est surtout au square de ma petite banlieue cool que je passe mes journées. Premières constatations :

  • les mecs ont l’air tellement contents de s’occuper de leurs enfants que c’en est louche. En attendant, il faudrait visiblement que je manifeste un peu plus d’enthousiasme quand je pousse machinalement Nayla à la balançoire.
  • J’ai rencontré au square, donc une horde de françaises desperate housewives diplomées. Profil médian : école de commerce, 30 ans, deux enfants qui s’appellent genre Joséphine et Edouard, bague de fiançailles grosse comme le ritz, et légère dépression planquée sous des sourires un peu las et des connaissances très pointues en matière de cours de tae kwen do pour enfants.
    Conclusion numéro 1 : va sérieusement falloir que je me mette à chercher du boulot.
  • J’ai aussi rencontré mes premières américaines stressantes. Profil médian : cheveux blonds qui flottent au vent (pour de vrai), legging qui te permet de constater qu’elle est formidablement bien roulée, enfant de 9 mois qu’elle fait jouer au toboggan et qui marche déjà, tapis de yoga qu’elle trimballe derrière sa poussette qui ressemble à un tank tout rose, et en plus, en discutant avec elle tu te rends compte qu’en fait elle a un vrai boulot, et pire encore, qu’elle est sympa.

Conclusion numéro 2 (d’ailleurs contradictoire avec la conclusion numéro 1) : tout ça me donne envie de continuer à m’empiffrer tranquillement de hazelnut butter en regardant Mad Men.

Albertine (j’en ai connu des comme toi)


Parlons de ce lieu un peu flippant, l’Albertine.

50 personnes m’en avaient parlé avant que j’y mette les pieds pour la première fois. J’ai donc fini par y trainer mollement mes guêtres.

L’idée, c’est que le très chic Antonin Baudry (co-auteur d’une BD de fou furieux, et accessoirement grosse star de la diplomatie française locale, la preuve c’est que même moi je le connais) a décidé que c’était pas possible de ne pas avoir de librairie française à New York. Jusqu’ici Antonin et moi on est en phase. Sauf qu’Antonin, contrairement à moi, a un entregent de maboule. Du coup tous les dieux du CAC 40 se sont penchés sur le berceau d’Albertine. C’est rénové par Louis Vuitton + Société Générale etc.Le résultat est magnifique, voute étoilée et sacs ultra classes avec un logo à soleil qui rappelle furieusement celui de chez Versace (oui oui j’ai vérifié sur google). D’un autre côté, tu as peur de faire des prouts sur le canapé pâtiné tellement c’est beau. Et je ne vois vraiment pas pourquoi une librairie devrait être un lieu intimidant.

Bref, j’ai dûment ligoté ma petite fille pour éviter qu’elle ne touche le moindre bouquin. Et je ne l’ai pas amenée aux lectures pour enfants du samedi matin. Elle y rencontrerait pourtant certainement des marmots Bonpoint, dont aucun ne fait des prouts sur les canapés. Mais je crois qu’on va s’en tenir à Barnes & Noble.

Heure du décès, 14h04. Cause probable : hypothermie.

Le froid


Tu savais qu’il ferait froid. Tu avais vu les photos, tu avais lu dans les journaux tous les ans à la même époque le même article sûrement recyclé par un stagiaire peu zélé « une vague de froid d’une ampleur inédite a frappé la grosse pomme hier soir ».

Tu avais entendu les gens rentrer de New York et raconter leurs hivers comme les survivants d’un film de Wolfgang Petersen. 

Tu haussais les épaules comme une grosse godiche quand tu entendais que c’était insoutenable.

Tu croyais que tu pouvais. Erreur.

Tu apprendrais que le champ lexical de la dévoration a un sens. Le froid mord, brûle, pique, pénètre.

Tu apprendrais que tu n’étais pas de la race supérieure de ceux qui survivent à l’hiver. Tu en déduirais à tort ou à raison que les américains sont, physiquement, des surhommes (ou leurs doudounes des surdoudounes).

Toi, tu crèverais sur place. Et Nayla s’évanouirait dans sa poussette, couinerait faiblement des « maman, mes mains, j’ai froid » qui te transperceraient le coeur. (suite…)

Ceci n'est pas une illustration de publicité pour un don d'ovules

Publicités – wooow


Voici deux publicités piochées dans le métro et que j’ai trouvées particulièrement savoureuses, mais beaucoup d’autres sont aussi réjouissantes. Et bien sûr, le texte est rigoureusement authentique.

Path, 24 avril 2015  :

« devenez donneuse d’ovule et aidez une famille à grandir

Avez-vous déjà envisagé de devenir donneuse d’ovule ?

Non seulement vous gagnerez 8.000 dollars, mais vous aiderez également quelqu’un à réaliser son rêve d’avoir des enfants.

Vous devez avoir entre 21 et 32 ans.

Contactez IRMS » (+ détails)

(suite…)