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Hard times in New York Town


travail


Enfant ayant poursuivi sa mère pour mauvais goût vestimentaire

Au pays du fun judiciaire


Oui, bien sûr, il y a ce procès où un policier ayant abattu deux personnes qui ne lui avaient rien fait (l’un qui se battait avec son père, et une voisine qui se trouvait là) demande 10 millions de dollars à la famille de la victime parce qu’il a éprouvé une bien légitime émotion au moment des faits (voir par exemple dans le Monde).

Mais ce n’est pas mon préféré en matière d’absurde judiciaire.

J’ai trouvé croquignolesque le procès dans lequel une tante exigeait de son neveu de 8 ans le paiement de 127.000 dollars de dommages et intérêts. Les faits sont les suivants :le jour de son anniversaire de 8 ans, probablement surexcité, le neveu aperçoit sa tante. Il lâche aussitôt son vélo, lui crie « tantine Jen, je t’aime », et se jette dans les bras de la tante, d’un câlin si vigoureux qu’elle en tombe au sol et se casse le poignet. Bilan, la tante déclare au procès qu’elle aime beaucoup son neveu (qui, au passage, avait perdu sa mère entretemps), mais que quand même, elle habite au troisième étage d’un immeuble à Manhattan, et que Manhattan c’est très peuplé, donc avec un poignet cassé, c’est compliqué, donc le neveu est prié de lui verser 127.000 dollars.

Figurez-vous que ça n’a pas marché.

Mère incitant vigoureusement ses enfants à la fermer parce qu'elle est en plein followage twitter

Twitter poussif


Sur les conseils sagaces de ma cousine, j’ai créé un compte twitter :      (maman, si tu me suis : https://twitter.com/USChapters)

Sur les deux dernières semaines, j’ai dépensé plus d’énergie à rassembler mes désormais 7 followers twitter, qu’à élever deux enfants en bas âge en pleine crise d’opposition. En plus c’est un stress permanent parce que les followers sont visiblement susceptibles de se barrer à tout moment (ouais, je découvre Twitter et son butinage followistique).

Dans le même temps, j’ai followé à tout va, d’abord Benjamin Biolay parce qu’à tout seigneur tout honneur, ensuite à peu près tous les journaux français, puis l’intégralité de ce que la blogosphère new-yorkaise compte de bloggers fashion ou pas fashion. Mon compte twitter craque donc sous les tweets dont je ne sais pas trop quoi faire.

Pas sûre que mes nerfs résistent au passage éventuel à dix followers.

Le combat de gladiateurs, une activité condamnable (légende trouvée sur linkedin)

Linkedin ou la révolution par les phrases chocs


Retour d’expérience, un an après. Linkedin ne m’a pas fait trouver de travail. Mais perdre pas mal de temps, oui. Ne serait-ce que pour amasser péniblement les 347 amis que je compte actuellement.

Le fil news me rend particulièrement perplexe. Entre les révolutionnaires « machin is celebrating 3 years with X firm », liké poliment par dix personnes, c’est la fête aux phrases choc : on dirait que le fait d’être pote avec leur chef, voire le chef de leur chef, pétrifie tous les membres de la communauté linkedin. Du coup les « slogans » sont d’une platitude de plaquette d’entreprise.

exemples pris dans mon fil news du 7 janvier 2015 :

« il existe une nouvelle app du tonnerre; cela s’appelle le contact humain. Essayez-la, vos affaires s’en porteront mieux ».

« you want to win? promote more women »

« si la vue d’un bureau encombré évoque un esprit encombré, alors que penser d’un bureau vide » ? du super-likable Einstein

Charlotte, effectivement à court de couches

Le journal d’une chômeuse, chapitre 3 : téléphone et boulot


Ton téléphone cesse de fonctionner pendant une semaine. Quand tu le récupères, tremblant d’excitation à l’idée qu’on t’a peut-être appelée pour un entretien, il y a un seul message qui dit « bonjour, c’est la crèche. Tout va bien, mais il faut que vous apportiez des couches pour Charlotte, elle n’en a plus »

la dame qui fait traverser la rue


Je veux vivre dans les bras de Roselyn. Roselyn, c’est la dame qui fait traverser la rue.

Elle sourit, hiver comme été, sous 40 degrés ou -10. A s’en faire péter les fossettes. Avec une sincérité de gateau au chocolat.

Elle dit « good morning my love » à ma petite fille, avec du miel dans la voix. Et ma petite fille, qui ne se jette dans les bras de personne, se jette dans ses bras.

La dame qui fait traverser la rue donne envie de boire un bon thé chaud, d’appeler ses grands-parents pour leur dire qu’on les aime et d’acheter des fleurs pour n’importe qui.

La dame qui fait traverser la rue a 56 ans et en paraît 15 de moins. Elle a eu cinq enfants, quatre petits enfants dont l’ainée a 8 ans. Et la totalité des gamins du quartier va lui raconter ses petits bobos.

La dame qui fait traverser la rue a un boulot dur, et ingrat. Et elle a l’air tellement heureuse je me surprends à être envieuse de ce boulot.

Image destinée au support power point d'une conférence de l'ONU en 1832 sur le droit de vote des femmes

La conférence de l’ONU


Tu finis par te trainer à une conférence de l’ONU sur les droits des femmes. C’est un sujet qui t’intéresse, c’est gratos, et puis ton copain Greg t’a dit que c’était un vivier de gens intéressants et qu’il fallait que tu réseautes un peu, merde.

Tu te retrouves à huit heures du matin dans les locaux affiliés à l’ONU, le ventre vide, avec une incertitude poignante quant à la qualité de ton haleine. Du coup tu inhales studieusement, tu prends garde à ne respirer que par le nez, et tu ne parles à personne (note pour plus tard, toujours prendre des chewing gums quand on veut réseauter).

Tu constates que l’assemblée est constituée exclusivement de femmes, auditoire comme conférencières. Tout le monde hoche vigoureusement la tête à la lecture de données statistiques désespérantes vraisemblablement d’ores et déjà connues de tous.Tout le monde lève le poing à la fin du discours sur l’application du droit des femmes. Galvanisée, tu fais pareil, et tu es sincère. Tu réfrènes un soupir de soulagement tout aussi sincère quand tu entends que les hommes ne sont pas seulement des rivaux.

L’éclectisme des citations est un peu hallucinant : poètes philippins, immédiatement suivis d’une citation de Margaret Thatcher, applaudie avec autant d’entrain.

Au bout d’un moment, tu finis par t’interroger sur le bien fondé de ce type de conférences puisque le public bosse dans les droits des femmes, donc c’est bon, ils sont déjà bien convaincus que les violences faites aux femmes, c’est mal.

Greg dit que tu te plantes complètement d’enjeu, que c’est un auditoire dingue, l’occasion de faire du networking comme jamais, que tout le monde est là, que c’est super en terme de recherche de fonds et qu’en fait le contenu ben on s’en carre.

Tu n’arrives pas trop à déscotcher de la chanson de Bernard et Bianca « SOS société nous sommes là pour vous aider ».

Entre deux conférences, tu cours t’acheter un paquet de muffins +  chewing-gums pour gagner l’angoissant combat avec ton haleine (et accessoirement mon estomac).

Rassérénée, tu retournes à une conférence sur la relation entre migration et droits des femmes. 

Désormais bright et à fond,  tu regardes tes voisins avec l’œil de l’oiseau de proie « file moi ta carte de visite ». Mais avant que tu aies pu foncer sur qui que ce soit, une très jolie fille te prend à partie. Au bout d’un moment, tu constates, amusée, qu’elle est elle-même en train de tenter du networking sur toi. Wrong number ma fille. Tu la laisses docilement te filer sa carte de visite. A l’arrière, il est inscrit « Currently studying Politics, English and Theatre Studies ; Passionate about women’s rights, particularly within sport and allowing equal opportunities for both men and women ; Striving for gender equality” (étudiante en politique, anglais, théâtre ; passionnée de droit des femmes, en particulier dans le sport et sur l’égalité des opportunités homme-femme ; en lutte pour l’égalité des sexes”). Elle parle, parle, puis finit par te laisser, un peu déconfite par l’absence de carte de visite donnée en retour.

Il est 16h, il faut aller chercher les filles.

Tu n’as pris la carte de visite de personne d’autre. 

Mais tu es allée à une conférence de l’ONU sur les droits des femmes.

Labradors, employés de piscine et associées profitant du soleil couchant (peinture sur bois figurant dans le boudoir d'une résidence secondaire)

Le business lunch


Il y a deux jours, j’ai fait le business lunch le plus déprimant de toute ma vie. Le concept ici étant de gérer son réseau comme un gros dingue, j’ai vite compris qu’il fallait multiplier les déjeuners si je voulais éventuellement pouvoir envisager d’avoir un jour un boulot dans ma branche. Moyennant quoi comme je suis la jeune, je me fais inviter par des avocates au teint orange qui me dispensent gracieusement leurs conseils de winneuses (visiblement, ça commence par ne pas manger au cours du déjeuner, et s’acheter avec l’argent ainsi économisé beaucoup, beaucoup de fond de teint. Astucieux non ?)

Du coup comme je suis la jeune et que je paie pas l’addition, je ne choisis pas non plus les thèmes abordés. En l’occurrence, c’était bifacette : piscine privée et labradors. J’ai eu beau chercher, je  n’ai rien trouvé d’intelligent à dire (rien de stupide non plus d’ailleurs). Du coup je me suis contentée de regarder bouche bée des dialogues que Tarentino aurait probablement kiffés. Comme je suis bonne fille, je vous livre la phrase la plus surréaliste de la journée : « the best decision I’ve ever made in my life was changing pool men » (la meilleure décision que j’aie jamais prise a été de changer les employés de ma piscine). Il faut aussi imaginer l’air pénétré.

Je ris, mais je ris jaune. C’est d’ailleurs peut-être un début.

Le jour où tu décides de lâcher l'affaire sur la recherche de boulot de bureau et d'aller bosser déguisée à Time Square

Liste des jours


1 Le premier jour, quand tu écarquilles les yeux. Trois mètres devant toi, deux personnes se promènent. Elles portent un TShirt bleu, sur lequel est imprimé, en blanc, et en immense, la mention bien agressive : « are you free from sin ? » (être vous vierge de tout péché ?) ils sont à côté d’un stand « Bible Crusade ». Personne d’autre que toi ne semble trouver ça ouf.

2 Le jour où tu deviens effectivement blasé de ce genre de trucs (trois mois plus tard)

3 Le jour où tu fredonnes toute la journée famous blue raincoat, de Leonard Cohen. « New York is cold but I like where I’m living, there’s music on Clinton Street all through evening ».

Le jour où tu réponds très naturellement « god bless you » dans la rue à quelqu’un. (suite…)

Ceci n'est PAS une bonne photo de profil linkedin (même si on kiffe ses enfants)

Linkedin-ed


Tu te réveilles un matin, et tu te surmotives pour créer un profil linkedin. Tu as pas mal ronchonné, parce que tu es plutôt du genre à truquer ta date d’anniversaire sur Facebook pour ne donner aucune bille au Grand Mechant Web. Mais là, tu veux un salaire. Et à l’heure actuelle, sacrifier tes données personnelles sur l’autel de l’indépendance financière paraît un bon deal.

Tu achèves en soupirant de remplir la case de tes études et de recopier ton cv petite case par petite case. Tu demandes ensuite à tes potes, tes chefs, tes camarades de promo, de devenir tes amis, et tu attends.
Une semaine après, tu n’as pas trouvé de boulot, mais tu es en mesure de faire un bilan d’étape prétentieux, ce qui est toujours divertissant. Donc : le monde de tes amis linkedin semble divisé entre plusieurs catégories de personnes.
1/ les demi potes qui ont réussi (disons selon la définition Challenges de la réussite)
– ils posent en cravate avec un demi sourire censément malin qui te fait un peu flipper.
– ils ont l’air plus vieux qu’ils ne sont.
– ils recommandent la lecture d’articles imbitables sur les normes ifrs.
– et postent des recommandations hallucinantes de condescendance sur leurs stagiaires, qui étaient toujours « a great addition to the team », et qui ont la même gueule qu’eux, avec quatre ans de moins.

(suite…)

chômeuse regardant avec attention une rediffusion sur TV5 d'Intervilles 91

Le journal d’une chômeuse


Entre deux allers retours déprimants sur le site d’idealist, qui agglomère toutes les offres d’emploi, tu regardes d’un oeil fixe des vidéos de chats qui courent dans des magasins Ikea, en te demandant où va le monde.

C’est à ce type d’attitude déterminée qu’on reconnait le glandu de talent.