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Hard times in New York Town


portraits


Carte postale d’une raciste


Dans mon cours d’introduction à l’anthropologie, l’idée générale c’est de se flageller en disant qu’on est des affreux colonialistes pleins de préjugés. Comme moi aussi j’aime bien me flageller et qu’en plus je suis d’accord, je prends le cilice* plus souvent qu’à mon tour pour proclamer que je suis vilaine vilaine vilaine et que ma vision du monde est oblitérée par mon statut de sale blanche.

Et en même temps … Dans ce cours, on est seize. Dont :

– une black, jamaïcaine, prof de danse dans le civil, très révoltée, et qui, quand elle intervient, fait bouger avec force ses cheveux toujours coiffés de manière politique (si, si. La dernière fois elle avait des tresses violettes et des cornes rouges au-dessus).

– un américain légèrement barbu, la voix grave, bracelets brésiliens et cheveux kurtcobainement crados. Ses exemples ont systématiquement à voir avec le rock dans les 60’s (au passage les métaphores ne sont jamais foireuses ; le rock 60’s mène à tout). Il ne regarde pas dans les yeux, toujours plus loin vers l’horizon. Il y a quelques années j’aurais tout donné pour coucher avec ce type, mais après m’être fait perforer le coeur bêtement, j’ai découvert que les ingénieurs c’était bien aussi.

– un parterre d’étudiantes chinoises résolument muettes, qui se tiennent bras croisés, dans la position de la pianiste bien élevée. Si l’une d’entre elles est interrogée, elle a toujours l’air de s’en excuser.

– une (seule) autre européenne qui fait le même type d’interventions  « exemples tirés du festival de Cannes 2012″ un peu nazes que moi

– trois américaines dont une obèse : quota respecté

– un japonais abscons

– une saoudienne qui a été envoyée en master par la société pétrolière dans laquelle elle travaille, qui veut construire un musée avec l’argent du pétrole (c’est pas une blague)

– une grecque qui parle avec les mains

 

PUTAIN MAIS BORDEL LES MECS, COMMENT VOULEZ VOUS QUE JE COMBATTE MES PREJUGES ????

* le cilice c’est comme l’albinos dans Dan Brown bande de nazes.

Le clochard de mon quartier


Le clochard de mon quartier n’a pas grand chose de new-yorkais. Il n’est d’ailleurs peut-être pas new-yorkais. Ce qui est très new-yorkais, c’est qu’il est seul dans mon quartier.

Cette ville tricote de la solitude au kilomètre, cette ville est inhumaine d’exigence, de fric, de tout, cette ville est une succube qui vous recrache exsangue, cette ville charrie donc – forcément – de la misère.

Il y a pourtant peu de clochards. Quelques uns, avec un carton désespéré qui dit immanquablement qu’ils sont vétérans de quelque chose.

Alors il se murmure beaucoup de chose sur les clochards à New York.

Que le métro en abriterait des milliers.

Que Giuliani les aurait tous viré – mais où ?

Qu’il n’y en aurait simplement pas, seulement des travailleurs précaires qui dormiraient dans des « shelters » (littéralement refuges) – mais je sais, pour glandouiller dans une ONG, que des shelters, il n’y en a pas tant que ça, et qu’ils sont aussi violents et hors les murs, que ceux du 115 à Paris.

Il se murmure aussi beaucoup de choses sur le clochard de mon quartier. Des légendes atroces ou farfelues, et diverses. Je ne sais vraiment que ce que je vois : qu’il est chaque jour un peu plus absent, plus maigre, plus implacablement alcoolisé.

Et moi, j’ai beau écrire des jolis articles avec plein d’adverbes, je suis comme tout le monde ici et partout, chaque jour un peu plus lâche et plus fuyante.

Merci de voter pour une légende choc pour ce portrait. 1. never fight unless you are sure to win. 2. violence never solves anything. 3. think of the fate of Rome.

Genre les phrases choc (1)


Les américains kiffent, mais alors kiiiiffent les phrases choc.

Il y en a partout. Sur les pancartes et les tatouages, dans les cafés, les pop-songs et les discours. Les sacs de la marque de sport Lululemon en sont même recouverts (dessus, des tonnes de slogans merveilleusement originaux : « friends are more important than money », « creativity is maximized when you are living the moment », etc).

Le contenu de la phrase choc réussie est à mi-chemin entre le spirituel du pauvre et la maxime auto-réalisatrice, genre si-je-le-dis-ça-l’est. Avec un gros côté « regardez comme c’est ouf ce que je pense », parce que sinon ils se contenteraient de le tagger au feutre rose dans leur agenda comme moi en 4èB, ils ne l’afficheraient pas en police 172 sur leurs TShirts.

Et justement. Ca fait un an que je les scrute, leurs TShirts. Le I love NY, le message hipster incompréhensible, le « Harvard » qui vous pose un homme, même quand il promène son chien qui crotte tristement. Mes deux préférés à ce jour sont les suivants :

– une petite fille de quatre ans portant un TShirt : « Wake Up. Be Awesome. Take a Selfie » (lève-toi / sois génial / prends un selfie), soit un peu le slogan de la win.

– une quadragénaire hier, Tshirt moulax blanc, seins énormes tanguant dangereusement dans le vent. « What would I be without men » (que serais-je sans les hommes). J’ai toujours pas compris si ça améliorait ses chances de drague, ou d’embauche, ou de sympathie. Mais j’y pense toujours, donc d’une certaine manière c’est gagné.

Kevin le kiné


Mon mec s’est pété le coude en cinq morceaux l’année dernière. Trois fois par semaine pendant 3 mois, il s’est donc rendu au cabinet de Kevin le kiné. Il a fini par l’inviter à diner *.

Kevin est arrivé. Il a béé d’admiration devant nos pâtes champignons-tomate pourtant plutôt basiques. J’ai observé en rigolant son look studieusement hipster (bon, et ses fesses qui sont un peu un chef d’oeuvre dans le genre prof de yoga).

En mangeant, Kevin s’est lancé dans une explication des dates new-yorkais. Parce que vraiment, nous, les dates new-yorkais on a du mal à comprendre.

Donc Kevin a 38 ans, il est plutôt beau, très avenant. Il gagne bien sa vie et a un boulot assez cool. Sur la pyramide de la prédation amoureuse, Kevin devrait être plutôt haut, à dominer pépère sur sa branche. Et en fait non. Kevin galère. Ca fait dix ans qu’il « date », et il n’a pas peur de dire qu’il en a sa claque.

– il en a marre de passer du temps sur internet à dégoter des copines potentielles. A l’écouter, New York n’est pas trop l’endroit où on se balade sur l’avenue le coeur ouvert à l’inconnu. Tu vas sur match.com et tu la fermes.

– il en a marre de faire de la gestion de « dates ». Il est à l’heure actuelle à la tête d’un cheptel d’une dizaine de « dates », et c’est la cata pour répondre aux texts, relancer correctement et se rappeler des bonnes anecdotes. Je lui dis « ben « date » une seule fille ». Sotte que je suis. Le système est vérolé jusqu’à l’os : les filles qu’il « date », « datent » elles-mêmes comme des forcenées, leur premier vendredi de libre pour un diner aux chandelles est deux mois plus tard. Il faut bien que le pauvre Kevin s’occupe entretemps.

– il trouve ça ruineux (puisque visiblement c’est réellement les garçons qui régalent).

– il a envie de se marier et d’avoir des gosses, et ça commence à le gonfler de revenir toujours à la case départ premier diner jolie chemise sourires contraints « alors tu viens d’où tu fais quoi dans la vie ». Kevin concède qu’à force, il finit par se vautrer dans le monde de l’hyper-compétition « datesque », et refuse de rappeler des filles pourtant sympa pour des raisons pourries.

Bref, Kevin, 38 ans, plutôt beau, partagerait aventures et plus si affinités. Contacter uschapters pour ses coordonnées.

 

j’ai parfois l’impression que mon mec fait un concours « devenir ami avec les types les plus improbables ». L’idée d’inviter en même temps son PDG, ma soeur et un type qu’il a croisé dans le bus ne l’effraie pas du tout.

Lorsque l'enfant paraît (le photographe déboule)

Un article pour une naissance


Ce post a été finement écrit le 7 avril, mais post publié pour le D-day.

A l’heure où vous lirez ce post, j’aurai accouché de mon troisième bébé.

Je serai probablement dans l’état un peu comateux des jeunes accouchées (je sais, on dit « parturiente« , mais c’est si laid …) très pâteuse, très heureuse, débordant d’émotions habituellement contradictoires et de sécrétions dégueu diverses. Comme pour mes deux précédents accouchements, je passerai sûrement en en une nanoseconde de l’abattement à des états de transe un peu effrayants, à la grande perplexité de mon pauvre mari qui ramera pour raisonner l’irraisonnable, et tentera gentiment d’endiguer les rivières de larmes qui ne manqueront pas de couler pour des motifs majeurs style « je ne retrouve pas le body que Charlotte portait quand elle était petite ». En tout état de cause, je serai sûrement incapable d’écrire un post, ou un texto, et peut-être même d’épeler mon prénom.

Je ne sais pas grand chose de plus.

Je sais que j’ai perdu la  guerre, le bébé ne s’appellera pas Rosalie si c’est une fille, pas Yann si c’est un garçon. Je propose donc par vengeance, de l’appeler sur ce blog Rosalie si c’est une fille, et Yann si c’est un garçon.

Je sais qu’on m’a raconté que les hôpitaux américains proposaient du homard et du champagne. Ca ressemble à une légende urbaine, mais j’y crois dur comme fer.

Je sais qu’accoucher aux US va forcément être un peu marrant, et un peu consternant.

Je sais que je vais mettre quelques jours (ou semaines), à retrouver l’énergie suffisante pour faire du sarcasme là-dessus.

Je sais que je préfère vous épargner les posts « mon bébé ma merveille » parce que je trouve souvent ça d’affreusement mauvais goût.

Je suis reste néanmoins convaincue que mon bébé est FORCEMENT une merveille, sauf si comme Nayla ET Charlotte il fait la crise d’acné du nourrisson la plus flippante jamais observée par les dermatologues.

Et bordel, JE SAIS SURTOUT QUE CET ENFANT AURA UN PASSEPORT AMERICAIN ET C’EST LA FREAKING CLASSE.

A vite !

Pas croisés, en revanche : Cléopatre, un tigre, des serial killers ramassant leurs méfaits

Dans la famille « tronches de new-yorkais »


Croisés hier :

– une vieille bonne femme antipathique, tête de l’empereur Palpatine, promenant son chien dans sa poussette pour chien. Elle s’est arrêtée devant moi pour sourire à son clébard affreux, d’un sourire totalement désarmant. J’en ai ravalé mon air goguenard.

– un gros mec tatoué, assis juste à côté de moi dans le métro, du genre pas marrant. Il lisait attentivement un livre de développement personnel dont je suis parvenue à déchiffrer le titre de son chapitre 3 : « search for happiness ».

– un tout petit vingtenaire qui rabattait dans la rue pour qu’on donne de l’argent à Oxfam, trop mignon, avec de l’acné juvénile, dont ça se grillait direct que c’était son premier petit boulot, et qu’il était terrifié. Il m’a vue, et en tremblotant, m’a assené sa punchline de maboule : « euh bonjour, sauver le monde, euh, ça vous dit » ?

Kate dans le métro


Un jour où je ne suis même pas fatiguée, une grande brune plutôt robuste propose de me céder sa place dans le métro. Je décline en souriant : elle-même semble épuisée. Elle insiste, je m’assieds.

Elle se présente. Kate. Me demande à combien de mois de grossesse j’en suis. Amorçage de conversation. Elle a le visage un peu crispé mais avenant, et un rouge à lèvres trop rouge, qui lui barre le visage comme une armure. Elle a aussi un bébé de six mois et un de deux ans, elle dit qu’elle voit bien dans quelle galère je dois être. Moi, ce que je vois, c’est qu’elle a l’air d’avoir sacrément besoin de parler.

Elle a 42 ans, elle est associée en droit du financement dans un cabinet d’avocats. Moi aussi j’étais avocat avant. Ca nous fait deux points communs : deux enfants, avocat. Kate est enchantée.

Comme la plupart des new-yorkaises, Kate a pris six semaines de congé maternité pour chacun de ses deux enfants. Elle m’explique avec une fierté tendue que depuis, elle a organisé sa vie au cordeau. Elle a embauché une nounou qui vient tous les jours entre 17h et 21h pour préparer le diner et mettre la table. Pendant ce temps, Kate profite de ses petits. Elle dit « je profite » avec le ton qu’avaient mes parents quand ils me disaient « fais tes maths ».

Elle jongle entre les déplacements professionnels. Elle était à Chicago il y a deux jours, elle va repartir la semaine prochaine, je ne sais plus trop où. Elle mentionne son mari à ce moment là, son épaule se soulève. Il fait tampon lors de ses déplacements.

Le soir, quand elle rentre de sa tour, Kate « profite » de ses enfants pendant que la nounou trime à l’arrière-plan, puis elle met les enfants au lit, et retravaille. Elle dort par tranches de deux heures : son bébé se réveille encore beaucoup, beaucoup. A mon interrogation semi-muette, elle répond que non, évidemment elle n’envisage pas de le laisser pleurer.  D’ailleurs ça n’est pas possible, elle allaite toujours. Je fais un « …????? » très lisible. Elle explique que non non, tout est sous contrôle, elle pompe son lait au bureau et puis elle le congèle avant et pendant les déplacements. Bon, par contre, elle est un peu fatiguée. D’autant que l’ainé est jaloux (je comprends « chiant », mais ça, Kate ne le dirait pas).

Le matin, après ses nuits calamiteuses, Kate se lève, remet son rouge à lèvres trop rouge, et repart travailler.

Tout ça a quelque chose de ridicule, et aussi quelque chose de magnifique : Kate fait évidemment partie des femmes que je devrais envier, pas plaindre. Mais les contraintes dont elle se sangle ont l’air de tellement la déchirer que malgré les les dix ans et probablement plusieurs centaines de milliers de dollars qui nous séparent, et malgré mon absence totale de légitimité à conseiller qui que ce soit sur quoi que ce soit, j’ai sincèrement envie de lui dire que t’inquiète Kate, tout va bien, tu gères à mort, respire, bois un coup, pense à toi, et peace.

Nous sommes arrivés à la station de Kate. Elle remet son sac à main sur son épaule, reprend son armure, et galope sur l’escalator.

A la fin de l'envoi, je touche

3-0 pour la gynéco


Après

– un premier rendez-vous un peu traumatisant

– un deuxième rendez-vous d’où il est globalement ressorti que le foetus était dépourvu de colonne vertébrale (la colonne vertébrale n’était pas bien visible à l’échographie, c’est donc évidemment qu’elle n’existait pas (en fait le foetus était juste mal positionné (et comme je commence à maîtriser le côté « révélation du cancer du mec dans un film de seconde zone » de mon hôpital, je ne me suis pas trop inquiétée, l’idée étant plutôt de se plier à une batterie de tests supplémentaire histoire que l’hôpital se backe les fesses dans l’hypothèse fort improbable où il y aurait effectivement un problème (en l’occurrence, l’équipe médicale a pu soupirer en choeur de soulagement quand le test sanguin + l’échographie supplémentaire ont révélé une magnifique colonne vertébrale intacte (eh ouais, tu l’as vu mon foetus))))

… voici le fidèle compte-rendu de mon troisième rendez-vous avec ma gynéco. 17 secondes, 4 estocades.

1. Il faut s’hydrater davantage

2. Vous avez trop grossi

3. Maintenant il faut dormir sur le côté gauche, sinon ça écrase le bébé.

4. Vous pouvez vous rhabiller, je n’ai pas besoin de vous examiner.

Le chauffeur de taxi polonais


On a pris tous les quatre un taxi pour l’aéroport. Comme le taxi était payé par la boite de mon mec, c’était une compagnie chic, du genre avec sièges en cuir et bouteilles d’eau de 33 cl à disposition.

Charlotte s’est empressée de vomir du lait caillé sur les sièges en cuir, histoire que le chauffeur comprenne immédiatement de quel bois elle se chauffait. J’ai coulé un regard inquiet au type. Il est resté impénétrable. Je l’ai observé dans le rétroviseur et sans même réfléchir, lui ai demandé s’il était polonais. Ca paraissait presque trop évident. Une tête un peu carrée, un buste de nageur en plein air dans un costume rayé. Et puis cet air de mélancolie sévère sous ses cheveux trop fins.

Quand il m’a confirmé sa polonitude, ravi que je l’aie percée à jour, il a immédiatement enchainé sur une très chic conversation à l’européenne. Conseils réconfortants « vous devriez revoir (insérer le nom d’un réalisateur polonais connu, mais quand même moins connu que Polanski) ». Je voyais d’ici se profiler une discussion très rassurante pour des européens autoproclamés cultivés.

Peut-être a-t-il été mis en confiance par cette introduction pourtant banale, ou par les deux filles qui maintenant pionçaient docilement dans nos bras. Mais brutalement, le dialogue a fait une embardée imprévue. (suite…)

Le moment groupie


J’AI VU BRAD PITT A UNE AVANT PREMIERE OU J’ETAIS INVITEE PAR HASARD IL EST VRAIMENT TROP BEAU ET EN PLUS IL A L’AIR TROP SYMPA OH MON DIEU JE N’ARRIVERAI PLUS JAMAIS A ECRIRE EN MINUSCULES