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Hard times in New York Town


enfants


Famille dans un extrême dénuement (en particulier, le bébé ne porte ni habits ni casque crânien)

Comment sculpter le crâne de votre enfant


Au printemps dernier, j’ai vu fleurir dans ma petite banlieue des espèces de protection rugby pour tête de nourrisson. Les premières fois, ça m’a fait flipper. Les gamins ont vraiment l’air de s’être pris un bus et de devoir rectifier douloureusement la sale fracture du crâne qui s’en est suivie. Du coup j’ai regardé avec commisération les enfants et leur maman, et j’ai courageusement choisi de ne pas aborder le sujet parce que c’est toujours badant pour une maman de devoir se taper la conversation « mon dieu, qu’est-ce qu’il s’est fait Kevin ? »

Quand j’ai vu un peu plus tard chez le pédiatre des filles, des pubs pour cranialtech, « reshaping children’s life », j’ai compris que je m’étais encore plantée.

En fait, c’est juste une solution efficace pour que ton gamin ait la tête bien ronde. Le truc devait être strictement réservé aux plagiocéphalies à l’origine (j’apprends le terme en même temps que je lis le site, mais avouez que ça fait chic), mais pourquoi se priver du chouette marché des mères désireuses de produire des gamins « Bienvenue à Gattaca » ?

Les gadgets grossesse


Mais comment ai-je pu vivre deux grossesses sans un babypod ?

Pour ceux qui ne trouvent pas le concept limpide (je suis restée 10 minutes à béer sottement devant), voici l’explication. Pour 134.81 petits dollars, un vibromasseur ET l’assurance, dès in utero, que votre bébé maximise ses chances de devenir Mozart.

Bref, encore un indispensable grossesse qui m’avait échappé.

Uno jaguar con una mujer y una otra mujer

Le multiculturalisme et les enfants


La classe de Nayla compte 14 enfants de trois ans, encadrés par deux maitresses. La première maitresse est grecque, la deuxième portoricaine, et chacun des quatorze petits enfants parle une langue différente à la maison. Russe, chinois, danois ou hébreu, « you name it » comme ils disent. A la rentrée j’ai tenté de sensibiliser les maitresses aux difficultés du double langage, mais c’est bon, elles gèrent pas mal le concept.

La classe de Charlotte compte aussi 14 petits enfants, de un à deux an. Dire qu’ils parlent serait largement exagéré. Disons plutôt qu’ils bavent* en plusieurs langues différentes. Les maitresses sont toutes hispanophones – et d’ailleurs assez peu anglophones. Donc pendant la journée, Charlotte est exposée uniquement à l’espagnol. Il nous a fallu trois mois pour nous en rendre compte : on s’extasiait idiotement sur l’anglais de Charlotte, qui serait fluide dès le berceau, et en toute logique, son premier mot hors « papa maman » a été “agua” (magie du plurilinguisme, ce mot fonctionne également pour “jaguar”).

Rassurés sur le niveau de tolérance de nos filles, qui assimilent la carte du monde à vitesse grand V et jouent la réconciliation israélo-palestinienne au bac à sable, on est donc à fond sur les blagues racistes.

 

* note sans rapport avec le post : j’ai revu Shaun of the Dead. C’est fou ce que les enfants ressemblent à des zombies.

Exhibitionnisme, flagrant délit (coupable condamné à deux ans de rééducation) ; extrait d'un manuel de droit pour enfants

Le culotte-gate


J’ai déposé Nayla à la crèche. Il faisait 25 degrés. Elle portait une robe. J’ai récupéré Nayla à la crèche. Il faisait 30 degrés. Elle portait une robe et un legging noir qui ne lui appartient pas.

J’ai demandé en levant un sourcil ce que venait faire là ce legging supplémentaire.

La maitresse a été plutôt logique. Ben c’est pour cacher ses jambes. J’ai commencé par m’exclamer sottement que c’est justement le concept de la robe. La maîtresse a puissamment contre-attaqué : « on va au parc, et elle fait du toboggan. Donc elle bouge, et on peut voir sa culotte ».

Je suis restée foudroyée à balbutier « mais elle a deux ans ! » La maitresse, voyant qu’elle avait à faire à une niveau 1, a poursuivi l’explication. « Ca n’est pas convenable de porter des robes sans legging en-dessous. Les garçons regardent ; il ne faut pas qu’ils puissent voir. Donc elle doit porter un legging ou un short ».

Je suis restée les bras ballants à répéter en matière d’excuse « mais elle a deux ans ».

(suite…)

En haut, ce que j'aurais aimé que Nayla soit à l'open gym. Dessous, Nayla.

Les cours d’open gym


Saisie par l’enthousiasme sur les cours de tout, je décide de donner le meilleur à mes enfants. J’inscris donc Nayla à l’open gym (l’idée de l’open gym étant que c’est moins cher que la gym, mais c’est toi qui fais le prof. Ce qui dans mon cas est loin de paraître logique).

J’ignore le panneau blanc sur lequel sont inscrites des phrases de gros winner qui changent toutes les semaines, et font un peu flipper si l’on considère qu’elles doivent être appliquées à des enfants de deux ans et demi. (phrase de la semaine du 20 mars 2015 : « entraine-toi jusqu’à ce que tes idoles deviennent tes rivaux», avec dessous le dessin d’une petite colombe qui dit « n’abandonne jamais ». Phrase de la semaine du 6 juin 2015 « il est possible d’essayer et d’échouer, mais pas d’échouer d’essayer », avec le dessin du requin dans les dents de la mer, sauf que j’ai pas encore compris la métaphore).

Je colle un vieux legging à Nayla, je lui survends la danse, et on se lance. (suite…)

Enfants de 16 ans dont la croissance a été stoppée nette par l'absence de cours de gym, et leur mère éplorée

L’adaptation à petits pas


Je viens de me rendre compte qu’un pan du développement de mes enfants m’avait totalement échappé.

La semaine dernière je suis allée à un cours de cuisine pour enfants. Ouais. Le concept est extrême, mais c’est ma voisine qui fait les cours, et ma voisine est giga cool.

Indépendamment de la recette de poulet au paprika censée remobiliser ton enfant en souffrance de chips autour de son assiette, ça m’a permis de discuter avec pas mal de mamans surmotivées de l’éducation et honnêtement, plutôt sympas.

Bref, la maman d’un petit Jim, six mois m’a filé les chocottes : Jim est inscrit depuis deux mois à un cours de musique ET à un cours de piscine. Selon sa maman, Jim kiffe pas mal la piscine, mais son rapport à la musique est assez instable. Ca rend la maman un peu perplexe : parfois il est ravi, parfois il accroche pas. Imprévisible le gars. Et la maman de conclure par un constat accablé : « de toutes façons, on est bien obligées de les faire aller à des cours, sinon comment vont-ils se développer ? » Mystère abyssal indeed.

Enfant terrible (ou "we need to talk about Kevin")

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 3)


Résumé des épisodes précédents : la petite Nayla a arrêté de faire caca lorsque son univers entier s’est écroulé. Ses parents sont inquiets mais n’ont pour l’instant trouvé aucune solution.

Au square, j’ai rencontré une autre mère européenne. Comme Nayla se tortillait comme une dingue, il a fallu que je lui explique le concept (c’est toujours un grand moment, tu viens de rencontrer quelqu’un, de préférence chic, et tu dois t’épancher sur les problèmes d’excréments de ta fille). Elle a soupiré et m’a dit : « oh, tu sais, moi Martin, quand on est arrivé, il était mal dans sa peau, et du coup il mordait tous les autres gamins. Ca passait très mal avec les parents américains ».

Depuis j’ai rencontré une autre mère dont le fils ne dort plus depuis qu’ils ont déménagé (mais alors plus du tout, apparemment il court toute la nuit).

J’envisage de faire un top 3 des enfants les plus imaginatifs au niveau de l’esquintage des parents.

Et de mordre à mon tour tous les abrutis qui nous ont dit avec l’air sentencieux « non mais tu sais, les enfants c’est très adaptable » quand on leur a annoncé qu’on déménageait.

Chut, bébé fait peut-être caca

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 2)


Résumé de l’épisode 1 : la petite Nayla a arrêté de faire caca lorsque son univers entier s’est écroulé. Ses parents sont inquiets.

Ronde de visites de médecins. Et logiquement, ronde des médicaments en « lax » (lax comme laxatif). Forlax, microlax, puis miralax (son cousin américain).

En même temps, on a tenté pas mal de trucs pourtant bien créatifs, qui ont échoué les uns après les autres.

1. faire comme si le fait qu’elle n’aille pas aux toilettes pendant des durées flippantes, alors même qu’elle était sous traitement laxatif dose adulte, ne nous alarmait pas. Méga foirade, parce que dès qu’elle disait « caca » on sautillait sur place d’excitation (ce dont elle a insolemment profité par la suite).

2. enlever la couche, et se taper subséquemment des kilomètres de culottes à caca à laxatif qu’elle finissait par faire en hurlant une fois tous les trois jours, et qu’il fallait alors laver dans le lavabo.

2 bis. légèrement échaudés, remettre la couche, et constater qu’elle n’y faisait bien caca qu’une fois tous les trois jours (et en hurlant).

3. discuter avec des gens qui avaient vécu le même problème que nous. Couper court parce que pour eux ça avait toujours duré plusieurs années, que ça avait été un enfer, et qu’ils ne comprenaient d’ailleurs pas pourquoi ça s’était soudainement arrêté. (suite…)

Parents en croisade contre la constipation (communiqué du ministère de l'éducation nationale)

Le caca, le déménagement et les enfants (chapitre 1)


On avait pourtant acheté à Nayla plein de bouquins éducatifs à thématique « Jérôme le petit lapin change de maison, de langue, de copains et gagne un petit frère ou une petite soeur. Il est très content ».

Mais Nayla la froussarde n’a pas trouvé rigolo du tout de se taper tout d’un coup.

Et comme Nayla est plutôt du genre à témoigner son mécontentement en mode cinéma muet expressionniste (= vénère, mais sans les mots), sa réponse a été implacable : Du jour au lendemain, Nayla a arrêté de faire caca.

Au début, on a trouvé ça plutôt marrant. D’abord ça nous faisait moins de couches à changer, et puis comme je venais d’accoucher de Charlotte et qu’on était exténués, le trip scato nous faisait bien marrer. Je crois même que le simple mot « caca » nous faisait marrer. Du coup, dès que des copains venaient faire une petite visite post accouchement, on se poilait un coup en racontant ça.

Et puis après quatre jours passés à observer sa constipation sereine, on a commencé à flipper. C’est alors qu’on a commis l’erreur classique : « boah, je vais me faire un Doctissimo nocturne, ça va me rassurer ». Là on a figé : ce n’était qu’une longue liste de mamans désespérées qui se débattaient depuis quatre ans dans des histoires affreuses de constipations et de laxatifs au petit déj. Et qui en venaient à implorer leurs sales gamins de faire caca en disant « donne-moi ton petit cadeau ».

Nayla a continué à répondre tranquillement « pas caca » à nos questions de plus en plus angoissées, en continuant son puzzle.

Alors on a pris notre courage à deux mains (heureusement, on ne savait pas encore quelle dose immense serait requise), et on a décidé de s’atteler au problème.