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Hard times in New York Town


enfants


Panneau à l'entrée du musée Johnny Cash à Nashville : Parents, vos enfants sont admis mais dites-leur de la fermer. Merci.

Soudain l’été dernier


On rentre de vacances coolos dans le Tennessee. Alors le Tennessee :

– C’est méga hipster (Nashville et ses cafés comme ça) …et pas du tout hipster (Memphis, dont les restos proposent surtout ça)

– C’est l’occasion de constater émerveillé, musée après musée, que le Tennessee est bien le berceau de musiciens incroyables (BB King, Elvis, Johnny Cash et les autres …)

– (… que j’ai beau posséder trois vinyls d’Elvis et me la raconter, il me reste pas mal à apprendre …)

– et galvanisés par l’ambiance, de trainer nos trois enfants de moins de 4 ans à un concert de country visiblement réservé aux retraités en chemise à jabot, idée a priori curieuse mais comme dirait Nayla : Yiiiiiha !!

– et puis c’est aussi un joli moment « révélation sur l’obésité » : nous,  dans notre airbnb à Nashville, réchauffant le biberon de Yann. Le micro ondes propose une option « enfants ». J’appuie. Le sous menu indique : « pour les chicken nuggets, pressez 1. Pour les frites, pressez 2. Pour les sandwich congelés, pressez 3. Pour les hot dog, pressez 4″.  Et puis c’est tout. Je regarde le biberon. Je soupire. Puis  je décide de considérer que du lait, c’est un peu comme des frites.

 

Happening "théâtre" organisé dans le cadre d'un anniversaire américain

A tale of two birthdays


Samedi dernier, on était invités à deux anniversaires le même jour. Courir de birthday en birthday est un fort marqueur d’intégration, on était donc plutôt fiers. L’un des anniversaires était très américain, l’autre très français, je vous fournis donc le « jeu des 7 différences » gratos :

1) L’INVITATION :
– l’anniversaire américain : jolie e-card reçue deux mois à l’avance, avec RSVP intégré à l’invitation, et rappels automatiques fréquents.
– l’anniversaire français : email envoyé à l’arrache par la maman la veille « c’est l’anniversaire de Paul demain, RDV au parc à 16h ? » Email le lendemain matin « en fait il pleut, RDV chez nous (+ adresse) » puis texto « finalement il fait beau, dans 15 min au parc ».

2) LE CONCEPT :

– l’anniversaire américain : célébré dans un lieu dédié, qui s’appelle « pump it up », le mini-Disneyland des chateaux gonflables. Le truc est minuté. Les enfants jouent 45 minutes dans la salle 1, 45 minutes dans la salle 2 (pendant qu’un autre anniversaire débarque dans la salle 1), puis 30 minutes de goûter proprement dit dans une troisième salle. Les chateaux sont passablement défraichis, mais ça ressemble quand même probablement à l’idée que Nayla et Charlotte se font du paradis. Accessoirement, la société qui organise ça doit se faire des couilles en or.

– l’anniversaire français : au parc, donc. Et si les enfants ne sont pas contents de jouer au toboggan pendant que les parents discutent, il y a toujours « jouer à s’asseoir sagement dans un coin pendant que les parents discutent ».

3) L’ALCOOL : 

– l’anniversaire américain : tu peux crever.

– l’anniversaire français : célébré au champagne … planqué comme au temps de la prohibition : boire dans un parc est passible d’amendes et on déconne pas avec ça – les policiers font des incursions fréquentes dans les parcs pour vérifier que les jeunes n’y sont pas alcoolisés. Mais comme ils ne conçoivent pas que des parents soient indignes au point de picoler quand leurs enfants jouent au toboggan, on ne se fait jamais griller.

4) LA BOUFFE : 

– l’anniversaire américain : pizzas + affreux gateau au colorant, servis en même temps.

– l’anniversaire français : délicieux gateaux de chez Kayser. J’ai choppé Geoffroy, 35 ans à peu près, en train de lécher le plat. Par contre Nayla a été perturbée par le pourtant succulent mariage de la mangue et de la noix de coco et n’en a pas repris.

5) LES CADEAUX :

– l’anniversaire américain : laissés dans un grand sac plastique, ils seront ouverts par l’enfant de retour chez lui. Chaque généreux donateur récupérera ensuite une « thank you note » très polie. Et comme le ticket d’échange est toujours fourni, ton très joli cadeau en bois peut avoir été vite remplacé par un truc en plastique made in China.

– l’anniversaire français : ouverts en grande pompe devant tout le monde, ce qui permet de justifier ton cadeau pourri (genre : « j’ai pas eu le temps désolée »). Par contre tu peux te brosser pour la « thank you note ».

6) LA PLACE DE L’ENFANT DANS L’ANNIVERSAIRE :

– l’anniversaire américain : centrale. Un peu comme à la fête foraine, l’enfant hurle de joie dans ce monde conçu pour lui. Le parent n’ose pas trop avouer qu’il kifferait aussi sauter sur le trampo, du coup il se contente de prendre des photos de son gamin qui vit la journée de sa vie dans le cadre d’une organisation para-militaire.

– l’anniversaire français : périphérique. Charlotte s’est cassée la gueule deux fois et on était trop occupés à discuter de trucs de grands pour vraiment la consoler. Par contre nous on s’est vraiment bien marrés.

7) LE COUT :

– l’anniversaire américain : l’organisation a dû coûter 1.000 dollars, la bouffe … rien (ou presque).

– l’anniversaire français : l’organisation n’a rien coûté, mais on ne s’est pas foutus de notre gueule sur la bouffe.

Conclusion : mon désolant chauvinisme était-il visible dans ce post ?

Luxe calme et volupté : l'arrivée d'un enfant (allégorie, XVIIIe siècle). Note : le peintre fut victime d'un meurtre violent commis par une jeune mère, laquelle affirma qu'il "s'était bien foutu de la gueule du monde" et qu'il "n'avait que ce qu'il méritait".

24 heures dans la vie d’une jeune maman


2h: couinement de Yann qui réclame sa tétée n°245. Je ne peux physiquement pas ouvrir l’oeil. Espoir fugace (et vite déçu) qu’il se rendorme.

2h03: je choisis l’option « sacrifice total de ma nuit » plutôt que de tenter le chemin de croix un peu plus long qui consiste à y croire et donc tenter de le recoucher de temps en temps.

6h07: j’ai lu 1300 articles débiles sur internet avec Yann collé au sein. Je serais bien incapable d’en résumer un seul. Mais je regrette intensément que mes copains, sur Facebook, postent tant d’articles chiants sur des sujets sérieux plutôt que de s’intéresser à des trucs style « la tomate, d’où vient-elle » (type d’article que je chéris particulièrement à 5h du matin).

6h50: Je bave sur l’iphone en essayant de ne pas tomber en avant. Mon mec se réveille avec l’air ahuri : il est quelle heure ? tu as passé une bonne nuit ? je me retiens pour ne pas le cogner. Mais Yann choisit ce moment pour s’endormir enfin, je ne peux pas laisser filer ma chance. Je me couche donc au moment où mon mec se lève, sans un mot.

10h: j’ai dormi comme une masse. Les filles ne sont pas là, mon mec a du les emmener à l’école. Je n’ai rien entendu.

10h07: passage dans la cuisine en ayant choisi l’option « ne surtout pas me regarder dans le miroir ».

Réflexion philosophique unique de la journée : mon destin des 15 prochaines années consistera-t-il essentiellement à marcher pieds nus sur des cheerios écrasés laissés par Nayla et Charlotte ?

10h08: razzia sans joie sur les cookies qu’une copine charitable m’a fait livrer. Je m’empiffre tellement qu’au mépris de toutes les lois gynécologiques, je suis vraisemblablement en train de grossir.

11h: sentiment de suractivité : je vais mettre une lessive à tourner.

11h07 : sentiment d’accomplissement : j’ai mis une lessive à tourner.

12h02 : je réalise que j’avais oublié d’appuyer sur le bouton « on ».

13h18: les nouveaux et antipathiques voisins ont judicieusement sélectionné le moment où je glandais avec un nourrisson pour faire des travaux sur leur terrasse. Aucun marteau piqueur ne m’empêchera de dormir.

13h19: moi non, mais Yann si. Donc moi si (j’espère que vous suivez).

14h07: appel d’une copine. Quand elle entend ma voix elle propose immédiatement d’appeler à l’aide. Il faut dire que c’est la première fois que j’adresse la parole à quelqu’un aujourd’hui et conjuguer un verbe du premier groupe au présent de l’indicatif me semble le bout du monde.

15h05: j’ai étendu la lessive. J’aurai donc quelque chose à répondre à mon mec quand il me demandera ce que j’ai fait aujourd’hui (je ne sais pas pourquoi il s’obstine à me poser la question. J’imagine que je lui fais vaguement pitié. Ou alors, il croit que j’écris un roman en secret. Le pauvre).

17h30: rentrée en fanfare des filles que mon mec est gentiment allé chercher à l’école. Je tente de reprendre le dialogue avec mon ainée qui est infecte avec moi en ce moment (mais enjôleuse avec son père, on est donc bien vautrés dans un bon vieux complexe d’Electre corsé par l’arrivée de Yann).

17h32: Nayla : « non maman ne me parle pas, je préfère papa ». Mouaip.

17h43: Charlotte s’allonge par terre en glapissant, visiblement pour signifier un intense mécontentement sans cause évidente.

18h02: beuglements simultanés des deux filles. Yann est imperméable à ces cris atroces et dort mignonnement dans son berceau.

18h03: je sais que l’arrivée d’un nourrisson perturbe l’équilibre familial. Je tente la patience.

18h04: je pète un cable.

18h07: mon mec m’a éloignée, j’étais sur le point d’en éborgner une au pif.

19h05: en s’y mettant à deux, on arrive à coucher les filles en un temps record, en rognant sur à peu près tout (t’inquiète Nayla, lâche l’affaire sur le brossage de dents. Et les câlins. Et l’histoire. Et le diner, tiens).

19h08: on s’affale dans le canapé. Bonjour, me dit mon mec.

19h08 1/2: Yann étend ses petits bras et se réveille pile au moment où on en arrivait au seul point vraiment crucial de la journée : est-ce qu’on commande des sushis ou des pizzas.

19h17: au moment où je le change pour la 11ème fois de la journée, Yann me fait pieusement caca sur les mains. Je ne relève même plus.

19h45: après la tétée n°1015, je me mets au lit au radar. Sans me brosser les dents, sans me laver, sans dire bonsoir à mon mec, sans lire.

Et c’est reparti …

 

La vie d'un gladiateur, de la grosse gnognote

L’effroi


Merci de voter pour le plus effrayant des moments que j’ai vécus ces derniers jours (ma vie étant une sorte de film d’horreur chiant)

1/ Ce moment où tu réalises totalement par hasard que ta fille de trois ans, que tu croyais en spring break pour deux jours, est en réalité en spring break pour UNE PUTAIN DE SEMAINE COMPLETE. Tu vas donc te la colleter AUSSI demain, et après-demain, et après-après-demain alors que tu as 1- une vie, 2- déjà épuisé toutes les combinaisons « piscine* + ciné + gommettes + écoute vas dans ta chambre, trouve-toi une activité et reviens dans trois heures », et le premier qui me dit que je suis une marâtre, je lui file un enfant de 47 mois à gérer seul pendant une semaine, on en reparle.

2/ Ce moment où au bout de quasi neuf mois de grossesse et d’indifférence polie à la question de ton poids, qui t’est donné en pounds par les américains qui font globalement chier sur les mesures, tu te décides enfin à faire la conversion pounds-kilogrammes, et tu réalises que 170 pounds (ton poids actuel), en fait ça fait beaucoup, et pas seulement en pounds.

3/ Ce moment (vécu à la minute M où je vous écris) où tu as une soirée seule devant toi, tu as paumé la télécommande de l’apple TV, et tu es trop grosse pour chercher sous le canapé, voir paragraphe précédent.

Et sinon, un jour je parle de New York. Et de travail. Promis.

* la piscine en bikini à neuf mois de grossesse, un grand moment de glamour à débordements.

Moi, mes deux grosses filles et nos surpoids respectifs

Comment devenir obèse en trois leçons (pour enfants)


l’obésité infantile, on y est :

1) avec sa classe, Nayla est allée visiter un Dunkin Donuts (qu’elle prononce « doughnut » avec l’air supérieur). Concrètement, à en juger par les photos, cela a surtout consisté à se gaver de Doughnuts. Mais depuis elle a un réflexe pavlovien d’ultra-salivage quand elle croise le logo DD (souvent).

2) la maitresse leur a fait un exercice « qu’achèterais-je si j’avais 100 dollars* ». Ben pour 100 dollars, Nayla se paierait bien « 100 chicken nuggets ». Remarque de la maitresse : non mais c’est vachement bien, ça colle parfaitement en terme de fric. Remarque de moi (drapée dans ma dignité relou « moi, mes enfants mangent des artichauts ») : ça n’est certainement pas chez moi qu’elle a appris le terme de chicken nuggets.

3) le docteur m’a fait la première petite remarque pincée sur le poids des filles lors de leur dernière visite, ajoutant qu’il faudrait peut-être limiter les sucreries entre les repas. A moi !! A moi, bordel, qui suis une ayatollah de la bouffe locavore, et qui prépare des litres de soupe de potiron imbouffable tous les week-ends.

 

* j’ai jamais su si on écrivait cent ou cents, donc j’écris en chiffres

Au fond, portée par deux videurs, moi vidée du cocktail casse gueule.

Le cocktail casse gueule


« A l’occasion de la nouvelle année, (le N+X de mon mec) et (sa femme) recevront pour un cocktail le dimanche X entre 14h et 19h dans leur résidence de X » (petite carte joliment kitsch reçue au courrier toute fin décembre).

Ci-dessous en slow-motion un résumé de ce qui s’est passé dans mon crâne en 17 secondes.

1. Images ultra-violentes et de Nayla et Charlotte en train de saborder le buffet de petits fours en hurlant.

2. Images ultra-violentes de Charlotte en train de faire caca sur le buffet de petits four.

3. Note mentale : régler 1 et 2 en dégotant des marques fiables de somnifère pour enfants.

4. Réflexion autour des fringues qu’elles pourront porter pour avoir l’air fayottes, à défaut d’être bien élevées, et consternation parce que si la grosse tâche de graisse de poulet sur le devant de la seule robe Jacadi de Charlotte n’est pas partie au bout de 15 lavages, le 16e n’y changera vraisemblablement rien.

5. Ouh merde, moi aussi je dois m’habiller correctement.

6. Intense et pénible réflexion sur ce que je pourrais tirer de portable de ma garde-robe de femme enceinte qui ne travaille pas.

7. Non, ma salopette vintage extra-large type ouvrier en bâtiment sub-hypster ne passera vraisemblablement pas.

8. Ouh putain, un cocktail aux US, robe longue ou robe courte ?

9. Brushing ou pas brushing ?

10. Mon mec : costard ou pas costard ?

11. Cadeau à la maitresse de maison AVANT le cocktail ou sur place ? Flowers or not flowers ?

12. Oh merde.

 

Au bout de trois jours de désespoir parce que le cocktail casse gueule allait nous coûter :

– notre honneur d’êtres humains dont la fille aurait fait caca sur le buffet en hurlant

– le boulot de mon mec pour la même raison

– beaucoup, beaucoup d’argent en habits neufs pour toute la famille,

on a par chance eu des copains américains à peu près bien élevés à diner à la maison, et on a pu leur poser notre liste en 48 points : « Martine est invitée à un cocktail aux States ». Verdict implacable : Non mais allô quoi, les enfants ne sont pas invités. Et pour vous, le dress-code c’est bien évidemment « tenue de golf ».

On a passé les deux heures suivantes devant la maigre penderie de mon mec en quête d’un pantalon Tintin.

On voit toujours pas.

Moi, un matin où j'ai effectivement oublié une partie importante des vêtements de Charlotte, enjoignant Nayla de faire silence pendant l'allégeance

L’allégeance au drapeau


Aujourd’hui comme 90% du temps et comme 90% des parents du monde, j’arrive hagarde et mal attifée à l’école de Nayla, avec une légère angoisse d’avoir oublié un truc important, genre sa culotte.

Aujourd’hui je suis encore plus à l’arrache que d’habitude. En compagnie des autres parents en retard, c’est-à-dire ironiquement ce jour-là, un papa russe et une maman chinoise*, j’assiste, médusée, à ce que je n’avais encore jamais vu.

14 petits écoliers se rassemblent devant le drapeau américain que le petit Nikolas tient fièrement à bout de bras.

Et 14 petits écoliers, quasi tous immigrés, mettent la main sur le coeur et bredouillent respectueusement la phrase suivante, que j’ai été googler pour bien la comprendre :

« I pledge allegiance to the Flag of the United States of America, and to the Republic for which it stands, one Nation under God, indivisible, with liberty and justice for all. »

« Je jure allégeance au drapeau des États-Unis d’Amérique et à la République qu’il représente, une nation unie sous l’autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous ».

 

* Les serments prêtés par un papa russe ou une maman chinoise dans leur jeunesse ayant dû être significativement différents

Enfant ayant poursuivi sa mère pour mauvais goût vestimentaire

Au pays du fun judiciaire


Oui, bien sûr, il y a ce procès où un policier ayant abattu deux personnes qui ne lui avaient rien fait (l’un qui se battait avec son père, et une voisine qui se trouvait là) demande 10 millions de dollars à la famille de la victime parce qu’il a éprouvé une bien légitime émotion au moment des faits (voir par exemple dans le Monde).

Mais ce n’est pas mon préféré en matière d’absurde judiciaire.

J’ai trouvé croquignolesque le procès dans lequel une tante exigeait de son neveu de 8 ans le paiement de 127.000 dollars de dommages et intérêts. Les faits sont les suivants :le jour de son anniversaire de 8 ans, probablement surexcité, le neveu aperçoit sa tante. Il lâche aussitôt son vélo, lui crie « tantine Jen, je t’aime », et se jette dans les bras de la tante, d’un câlin si vigoureux qu’elle en tombe au sol et se casse le poignet. Bilan, la tante déclare au procès qu’elle aime beaucoup son neveu (qui, au passage, avait perdu sa mère entretemps), mais que quand même, elle habite au troisième étage d’un immeuble à Manhattan, et que Manhattan c’est très peuplé, donc avec un poignet cassé, c’est compliqué, donc le neveu est prié de lui verser 127.000 dollars.

Figurez-vous que ça n’a pas marché.

Lockdown imprévu sur table à langer

Le lockdown


Il y a une semaine, j’ai appris l’existence des lockdowns.

Alors les lockdowns, ce sont les exercices mensuels ou bimensuels que pratiquent les écoles pour se préparer à l’hypothèse où un fou entre avec une kalachnikov.

Le protocole est le suivant : tout d’un coup, à l’interphone, quelqu’un hurle “lockdown”. Les maitresses foncent fermer à clé la porte de la salle de classe. Elles préviennent les enfants. Elles éteignent la lumière, ferment le petit volet qui donne sur le couloir intérieur pour que personne ne puisse soupçonner leur présence. Et tout le monde court se cacher derrière l’étagère à livres avec obligation de la fermer. Lors des tests, les maitresses et les enfants doivent rester un quart d’heure dans le noir. Et comme dans le loup et les sept biquets (qui est un peu à l’art de la ruse ce que “l’art de la guerre” est à la guerre), la porte ne doit être débloquée et la lumière rallumée, que sur octroi d’une série de mots de passe ultra secrets.

En entendant ça j’ai eu un peu envie de pleurer : Nayla, trois ans, semble un peu jeune pour intégrer le concept du massacre de masse. Sur le fond, j’oscille entre le très caractéristique haussement d’épaule bourru “quels paranoïaques quand même”, et l’irrépressible début de panique “enfin bon c’est pas si invraisemblable”.

Trois jours après, je parle du lockdown dans la crèche de Charlotte. Sa maitresse me coupe : “oui oui, nous aussi on fait des lockdowns”. Là pour le coup, je me marre. Pour obliger au silence Charlotte et ses petits copains de 1 an, ça doit être coton. Je lui demande comment elle parvient à dompter la classe. Elle m’explique. “Les enfants sont enfermés dans les toilettes (qui sont au fond de la classe), dans le noir. On leur donne nos téléphones portables pour les occuper, et on a une provision de cookies”.

Donc pour Charlotte, “lockdown” = on va bouffer gratos entre les repas en regardant un telephone = nirvana.

C’est peut-être comme ça que l’Amérique fabrique des générations IRA ou “je lâcherai pas mon droit au flingue” …

Enfant ayant visiblement raté un entretien d'entrée à la crèche

La compète à deux ans


Un an après tout le monde, j’ai enfin lu en diagonale « Primates of park avenue », le livre de Wednesday Martin sur les femmes féroces de l’Upper East Side, qui avait fait l’objet d’un article dans le New York Times repris à peu près partout. Le livre n’est pas génial, mais contient quelques pages jouissives. Ci-dessous un extrait savoureux sur les entretiens des enfants de deux ans à la crèche (la mauvaise traduction est de moi, se référer à la version anglaise pour plus de finesse) :

Pour que notre fils puisse entrer à la crèche, il fallut faire des dossiers, passer des entretiens et participer à des « playdates » (note : les playdates sont des sortes de rendez-vous « jeux » officiellement organisées pour les enfants par leurs parents. Tout le monde fait des playdates, mais je ne crois pas qu’il y ait d’équivalent en français, le concept est plus formel que le simple « on se retrouve au parc ? »). Les dossiers étaient faciles à obtenir. Des jours durant, je récupérai des enveloppes dans tout l’Upper East Side. Puis je dus m’y mettre, rédiger des dissertations détaillant les spécificités de mon enfant, ses forces et ses faiblesses, le type d’étudiant qu’il était. Douloureusement tentée d’écrire « je n’en ai aucune idée, il a deux ans », je m’échinai néanmoins à faire de belles réponses. Puis vinrent les « playdates », les « entretiens », comme je les appelais en grommelant, parce que cela me paraissait correspondre davantage à la réalité. Ces « playdates » étaient généralement organisés durant l’heure de la sieste, ce qui paraît ahurissant, mais il faut se rappeler que le but premier des crèches est d’exclure autant d’enfants que possible s’ils ne sont pas frère ou soeur d’un enfant déjà dans la crèche. Un enfant exténué s’effondrait dans l’espace cuisine ? Ou en giflait un autre ? Ou simplement, n’écoutait pas pendant la lecture ? Bonne chance à un autre entretien, à une autre crèche. Je n’oublierai jamais le « playdate » où un seul « joli » jouet (un four à micro ondes en plastique coloré, brillant, avec des lumières et des boutons) trônait en évidence au milieu d’autres jouets beaucoup plus ternes. C’était une sorte de jeu de chaises musicales, organisé par le comité d’admission pour savoir comment une bande de gamins exténués réagirait à la nécessité d’être confronté à ce qu’ils sont précisément incapables de supporter à ce stade de leur développement – la nécessité de partager, de différer une envie et de gérer leur frustration dans des circonstances inhabituelles. Sans espoir de récompense. (suite…)