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Hard times in New York Town


enfants


Je n'ai pas pu préparer la présentation, Charlotte s'était dénudée sur la voie publique (excuse pour étudiant à enfant #147)

34 ans à l’université, take 2


Pareil / pas pareil : avoir des enfants ou pas quand on fait l’université.

Les devoirs :

Pour mes copines : c’est se réfugier dans la gravité silencieuse de leur appartement. C’est se verser un thé, allumer une bougie, et attendre, recueillies, que le savoir descende en elles (moyennant un savant roulement snapchat / Facebook / instagram environ toutes les 10 min).

Pour moi : c’est de toutes façons pas avant 21 heures 30, parce qu’avant on a les enfants qui hurlent, les lessives à faire et surtout la musique du roi lion dans les oreilles : naaaaaaaa tsimbrekiaaaaaa navadiss tsivaraaaaa (passion Simba). C’est se tromper de bouquin à lire assez régulièrement parce qu’on était un peu décapée au moment où on a pris les notes. C’est  lire 30 pages d’un truc à 1h du mat, relever la tête et se demander sincèrement : tiens, mais de quoi ça parle ? C’est aussi constater en rendant le livre à la bibliothèque que « buddha is in hiding » a pas mal souffert des balançages de purée virtuoses de Yann.

Spring Break :

Pour mes copines : c’est se dorer la fesse sur les plages de Californie en faisant valser du bellâtre sur Tinder.

Pour moi : c’est un blizzard qui s’abat sur New York dans moins de 24 heures. Il s’appelle Stella. C’est joli comme nom. Les trois enfants n’auront pas école pendant deux jours. On va en chier.

Les soirées :

Pour mes copines : c’est potentiellement tous les soirs.

Pour moi : c’est un concept oublié dans les années nonante. Néanmoins, malgré trois grossesses et deux marathons, je suis encore capable de boire deux bières sans vomir. Pour elles c’est moins sûr (j’ai organisé un pique nique au début de l’année, il devait y avoir 13 bières pour 25, ben y en avait un paquet qui disaient des conneries).

Le couple :

–  Pour mes copines : c’est un concept très frais (entendu récemment : « ça fait six mois ? ah ouais, une longue relation »). C’est des relations à distance, qu’on gère en s’engouffrant dans des avions à horaires impossibles, en écrivant des tonnes de whatsapp à smileys inquiets. C’est des idées de « comment on sera quand on sera maman » qui me m’attendrissent pas mal parce que j’avais les mêmes, et j’aimerais bien leur dire que la réalité sera différente, et si les filles, je vous promets que parfois vous donnerez des petits pots à vos enfants , et ce sera pas grave. C’est demander beaucoup de conseils à la con à ses copines. La vie de couple à 25 ans, c’est compliqué. C’est cool. Mais ça prend beaucoup de temps, beaucoup de sueur. Et c’est quand même surtout compliqué.

– Pour moi : c’est se rendre compte que l’autre est passé chez le coiffeur au bout de 5 jours. C’est tenter annuellement le resto « parlons de nous mon amour » et mettre même du recourbe-cils pour l’occasion, mais lâcher l’affaire à 22h15 parce que la conversation romantique commence à ressembler à une to-do list. C’est une course de relais (tu fais chier, c’est à toi de te lever, je me suis réveillée la nuit dernière / OK je sors jeudi, tu prends mercredi ?) C’est s’appuyer sur l’autre, rarement le séduire. C’est rigoler pas mal ensemble, souvent nerveusement. C’est néanmoins, entendre mes copines de fac me dire  : « oh mais tu as teeeellement de chance », parce que c’est vrai : c’est plus simple.

 

Parfois je me demande si mes copines et moi on est quitte. Je pense quand même que non.

Promis, après ça j’arrête de parler de mes enfants pendant au moins un mois.

L’affreux cours de djembe


Voilà, j’ai fini par me faire avoir : Nayla, 4 ans, est inscrite depuis trois mois à un cours de djembe. J’en pouvais plus des sourires consternés et des petits pincements de lèvres suggérant que je privais mes enfants d’une source d’Epanouissement Obligatoire.

Toutes les semaines, j’accompagne donc Nayla l’européenne, munie de son djembe made in China, au cours de djembe new-yorkais où le prof a une tête de boucher du midwest et enseigne des « rythmes africains ». Je kifferais volontiers le décalage « quatre continents » si je n’étais pas régulièrement saisie :
1/ d’irritation contre le prof qui s’obstine à parler de l’Afrique comme d’un grand pays mystérieux et uniforme
2/ par l’odeur de prout qui règne immanquablement dans toute réunion de plus de deux enfants.

L’autre problème du cours, c’est que les parents sont censés participer. Les premiers cours, je me suis retrouvée comme une  adolescente godiche et rétive, obstinément assise quand l’ensemble des gamins et les mamans ravis dansotaient avec leur djembe en une parodie dégueulasse des dimanches à Bamako (ouais, pas de papa of course) . Depuis j’ai trouvé un prétexte pour me barrer « exceptionnellement » et je vais lire mes bouquins d’anthropologie au café du coin pendant que Nayla fait du djembe sans sa maman.

Bon, la prochaine fois, je vous parle de Jessica, la propriétaire des cours obèse et stridente, mais là c’est la journée des droits de la femme (ici on a squizzé le coup des droits de la femme, ça s’appelle « international women’s day »), je refuse donc d’être méchante avec mes consoeurs.

Oui, je sais, rien à voir mais le terminage de notre puzzle de 1.500 pièces est un inépuisable motif de fierté.

La double-vie de Véronique, une fiction en 234 mots


Véronique avait décidé de reprendre ses études dans l’Amérique de Trump. Rien n’allait l’arrêter dans son entreprise, et surtout pas ses trois enfants en bas âge.

*           *           *

Un soir, alors que Véronique prenait l’apéro avec quatre copines de fac dont la plus vieille avait 25 ans, son mari l’appela pour l’informer, légèrement agacé, de ce que Yann avait la diarrhée et qu’il fallait qu’elle passe à la pharmacie en rentrant pour acheter du pedialyte merci.

Elle raccrocha poliment et retourna boire son mauvais vin blanc et caqueter avec ses copines avec l’allégresse de la femme qui gère sa double-vie avec maestria. Qu’on est bien à discuter de snapchat, se dit-elle.

*           *           *

Le lendemain, Yann, qui avait passé la nuit à pleurnicher par intermittences, reprit ses pédaradements. 38°2. Il fallait se rendre à l’évidence, il n’allait pas pouvoir aller à la crèche, inutile d’espérer un succès sur le coup du doliprane-qu’on-donne-en-loucedé-avant-de-partir-à-la-crèche-et-qu’on-dit-rien-aux-dames-de-la-crèche-mais-on-espère-que-ça-va-passer-et-qu’ils-n’y-verront-que-du-feu.

Véronique regarda son mari qui la regarda. Elle soupira, ouvrit son ordinateur, envoya rapidement un mail à son professeur de « international humanitarian law » intitulé « baby / flu / sorry » (après avoir un instant songé à détailler les problèmes digestifs de Yann, elle avait finalement considéré que ça n’était pas directement pertinent), et s’apprêta bravement à entamer une grosse journée de merde dans son appartement mal rangé avec son gamin ronchon.

Morale : la fac et les enfants, parfois ça marche et parfois non.

Choking hazard: Nous sommes une école dinosaure-free. Amener des dinos à l'école est passible de sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion de l'enfant. Nous nous réservons le droit de prévenir les autorités en cas d'apport de dino dans l'enceinte de nos bâtiments.

Saint Valentin, bilan chiffré


Dans la rue, un new-yorkais sur trois portait un bouquet de fleurs ce soir vers 18 heures …

… et 20 minutes de queue (à la louche) dans le magasin de papeterie / cartes de voeux devant lequel je suis passé

3 heures 30 de motivation poussive pour faire écrire « happy valentine’s day » à Nayla (4 ans), sur les 24 cartes de la St Valentin qu’elle a distribuées à ses copains

1 carte bizarre envoyée par Nayla (elle y tenait) : « Walker, don’t hit me and I will be your friend » (Walker, ne me tape pas et je serai ton amie). La maman de Walker a dû faire une sale gueule en ouvrant les cartes ce soir

39 cartes reçues par nos trois enfants au total, avec 37 petits cadeaux scotchés sur les cartes (et deux mamans radines)

Les petits cadeaux: 28 sucettes pas bonnes du tout, 2 sortes de tang 2.0 qui ont l’air d’avoir la puissance d’un vermifuge, 3 petits dinosaures en plastique rose du style oh-regarde-le-bébé-s’est-tué-il-a-bouffé-le-dino, 9 chocolats, 0 chocolat mangeable, 4 gommes en forme de coeur, 17 stylos et plein de gommettes.

500 grammes de plastiques divers balancés à la poubelle après ouverture

Dans l’école des enfants, le bilan carbone annuel du Sierra Leone dépensé en un jour

 

Happy Valentine’s Day!!!

Give me my fucking green card


Je mérite la citoyenneté immédiate.

Au café, ce matin. Une jeune maman dont la minuscule petite fille dormait dans son berceau. Je fais bien sûr les compliments d’usage sur le bébé (« oh, so cute, quel age etc ») en me vautrant en face d’elle dans un gros fauteuil confortable, avec mon gros cookie au chocolat et mon gros mug d’eau chaude teintée de café (+ 2 points d’Amérique).

La jeune maman commence à me parler de son « church mommy group » (mommy group de l’Eglise*) qui l’aide beaucoup à gérer, surtout son ainée qui a l’air d’être une grosse morue en ce moment (classique). Je lui demande si à son church mommy group elles discutent de vrais trucs de la vraie vie, style comment parfois tu hais tes enfants. Elle hoche la tête et dit tout naturellement « yes of course, if you cannot be honest with your sisters in Christ what’s the point? » (évidemment, si tu n’es pas capable d’être honnête avec tes soeurs dans le Christ quel est l’intérêt ?)

J’ai fait mon sourire de putois sincère et enchainé hyper naturellement sur la phrase d’après.

Deux ans d’entrainement à l’Amérique les gars.

* les mommy group ici c’est un must. l’idée qui est franchement pas si mal, est de partager tes galères avec d’autres personnes dans le cas. Un peu les alcooliques anonymes de la maman. J’ai jamais fait mais j’aurais peut-être dû …

Le confort ? il va falloir avec ... ou plutôt sans.

La tente, les gamins et la mer


Testé pour vous, les vacances quadruplement compliquées : 1 avec enfants 2 sur une ile de bourges 3 sous la tente 4 sans voiture (mais avec des vélos). Mon mec était un peu sceptique mais je me voyais tout à fait au retour, en chantre glamour* de la décroissance** : “un frigo ? mais voyons, pour quoi faire ?”*

Commençons par le positif : les enfants ont adoré. Et nous aussi. En partie parce que ça nous fait un sujet de conversation pour les 5 prochaines années, mais pas seulement. C’était trippant, magnifique. Crevant, certes, mais les vacances à gamins c’est toujours crevant.

Paragraphe : “guide touristique gratos” : Bon en gros, Martha’s vineyard c’est Belle-Ile. Les plus : les phares et des Obamas en goguette (avec plus d’hélicoptères que dans Apocalypse now). Les moins : pour la Belle-Iloise et les sentiers côtiers : wallou. Du côté des estivants (et à part les Obam, qu’on n’a pas croisés), ça fleure le vieil argent et la liposuccion sous les jeans blancs moulax des quinquagénaires rogues.

Paragraphe “Les campings aux US”. C’est incroyab’. Tu as ton petit feu de camp individuel et vachement d’espace. Et puis c’est propre. Donc tes enfants jouent aux cabanes et font des feux de camp dans une ambiance pas du tout “pense à tes morpions pubiens au retour”.

Bon, je m’égare. Passons à l’essentiel : la tente.

  • pour le nourrisson : c’est la panique. Je bats ma coulpe (j’avais toujours rêvé d’écrire “je bats ma coulpe”) : j’aurais peut-être dû prendre un couffin. La tente était installée sur un plan légèrement incliné. Le gamin se retrouvait donc au milieu de la nuit la tête en bas, sous mon tapis de sol, ayant glissé sur 3m sans s’en rendre compte, tétant épileptiquement les parois de la tente tout en hurlant sa mère (moi donc).
  • pour l’enfant de 2 ans : mi-figue, mi-raisin. Gros enthousiasme sur la lampe de poche et les ombres chinoises. Mais angoisse à l’heure du coucher parce que le rituel dodo est perturbé.
  • pour l’enfant de 4 ans : c’est une source d’allégresse qui le pousse par exemple à tester la fermeture éclair de la tente à 3h du matin.
  • Pour les parents :

de la fatigue, cf paragraphes précédents.

de l’amélioration de tes réflexes. Quand un des enfants bouge un cil la nuit il faut traiter le problème en 7 nanosecondes, sinon vues les parois en nylon, il y a risque de contagion à tes deux autres enfants (et accessoirement à l’ensemble du camping, mais ça on s’en carre un peu).

des dilemmes fashion : acheter les claquettes camping, pour ou contre ? au bout de combien de jours un short est-il considéré comme sale ?

un recentrage sur l’essentiel. Crème hydratante : pas essentiel. Brossage de dents : pas essentiel. Faire pipi : pas essentiel. Changer la couche de tes enfants : ça dépend.

beaucoup de bouteilles de rosé bues à deux, sur la table de pique-nique, quand les enfants sont couchés vers 19h, et ça les gars, ça claque de romantisme.

 

** pour la décroissance on repassera, camper avec des enfants exige de claquer un Smic en conneries Décathlon.

* pour le glamour n’en parlons pas. Je regarde souvent les new-yorkaises admirablement manucurées avec une tête de petit cocker envieux.

You can put his onesie back on (huile sur toile, Factory 1960)

Petit séjour chez le pédiatre


Préambule : Ayant été une maman à Paris (2 ans) et à New York (bientôt 2 ans, ça nous rajeunit pas), je me considère comme une sommité en matière d’observation médicale comparée. Toute proposition de conférence sera attentivement étudiée.

– Le fric :

A Paris : le pédiatre te prend 60 balles, et tu trouves qu’il se fout de ta gueule, même si c’est remboursé par la sécu. A New-York : Quand tu sors, tu ne sais pas encore combien de vestes Sézane tu vas devoir hypothéquer, la facture t’est envoyée après. Mais comme c’est souvent abominable, tu hésites avant d’emmener ton nourrisson claquant de fièvre, qui est prié de bouffer son doliprane et d’aller mieux.

– L’attente :

A Paris : la secrétaire moustachue prend les RDV un mois à l’avance, et ça tombe toujours un jeudi à 14h30 histoire de savater ta journée de travail. Le pédiatre se pointe approximativement à 15h45, sans l’ombre d’un remord pour toi qui n’en peux plus de relire le Gala de 2003 titré : Patrick Bruel et Amanda Sthers, leur bonheur à Chamonix. Et si tu as une urgence, il y a, comme son nom l’indique, les urgences, merci. A New York : le pédiatre te prend sans rendez-vous, dans l’heure, sans retard, sans stress. Il y a une télé dans sa salle d’attente et les dames filent à tes gamins le poids de Guerre et paix en stickers, que tu retrouves jusque dans leurs slips.

– L’information du parent :

A Paris : le pédiatre prend le temps de t’expliquer les choses. Enfin en tous cas ma pédiatre, Edith Dupont, que j’aime d’amour et qui me manque. A New York : il n’y a pas de carnet de santé, aucun système de liaison. Le médecin part généralement du principe que tu es 1) un abruti, 2) susceptible de lui coller un procès. Mieux vaut donc rester abstrait (voilà, on lui a fait « les vaccins ». « Je vous ai prescrit des antibiotiques, que vous passerez chercher directement à la pharmacie » (pas de prescription en main propre)).

L’idée du RDV :

A Paris : tu considères le pédiatre un peu comme ta maman, mais en moins relou. Tu lui déverses donc toutes tes angoisses éducatives, même (et surtout) celles qui relèvent du non médical (nourriture, psychologie, rapport à l’autorité etc). A New York : tu vois le médecin 4 minutes chrono.  Le reste (vaccins, mesures de poids et taille etc) est fait par une horde d’infirmières systématiquement revêches . Tu as donc intérêt à te magner pour déverser tes névroses (pour lesquelles tu obtiendras au mieux des réponses vagues, cf. paragraphe précédent), sinon il te reste tes yeux pour pleurer, et cette bonne Laurence Pernoud.

– Verdict :

Ouaip. Je préférais la France. En même temps, ni dans un pays ni dans l’autre, aucun loupé gravissime n’a jamais eu lieu. Je ferme donc ici mon clapet de pintade gâtée.

Panneau à l'entrée du musée Johnny Cash à Nashville : Parents, vos enfants sont admis mais dites-leur de la fermer. Merci.

Soudain l’été dernier


On rentre de vacances coolos dans le Tennessee. Alors le Tennessee :

– C’est méga hipster (Nashville et ses cafés comme ça) …et pas du tout hipster (Memphis, dont les restos proposent surtout ça)

– C’est l’occasion de constater émerveillé, musée après musée, que le Tennessee est bien le berceau de musiciens incroyables (BB King, Elvis, Johnny Cash et les autres …)

– (… que j’ai beau posséder trois vinyls d’Elvis et me la raconter, il me reste pas mal à apprendre …)

– et galvanisés par l’ambiance, de trainer nos trois enfants de moins de 4 ans à un concert de country visiblement réservé aux retraités en chemise à jabot, idée a priori curieuse mais comme dirait Nayla : Yiiiiiha !!

– et puis c’est aussi un joli moment « révélation sur l’obésité » : nous,  dans notre airbnb à Nashville, réchauffant le biberon de Yann. Le micro ondes propose une option « enfants ». J’appuie. Le sous menu indique : « pour les chicken nuggets, pressez 1. Pour les frites, pressez 2. Pour les sandwich congelés, pressez 3. Pour les hot dog, pressez 4″.  Et puis c’est tout. Je regarde le biberon. Je soupire. Puis  je décide de considérer que du lait, c’est un peu comme des frites.

 

Happening "théâtre" organisé dans le cadre d'un anniversaire américain

A tale of two birthdays


Samedi dernier, on était invités à deux anniversaires le même jour. Courir de birthday en birthday est un fort marqueur d’intégration, on était donc plutôt fiers. L’un des anniversaires était très américain, l’autre très français, je vous fournis donc le « jeu des 7 différences » gratos :

1) L’INVITATION :
– l’anniversaire américain : jolie e-card reçue deux mois à l’avance, avec RSVP intégré à l’invitation, et rappels automatiques fréquents.
– l’anniversaire français : email envoyé à l’arrache par la maman la veille « c’est l’anniversaire de Paul demain, RDV au parc à 16h ? » Email le lendemain matin « en fait il pleut, RDV chez nous (+ adresse) » puis texto « finalement il fait beau, dans 15 min au parc ».

2) LE CONCEPT :

– l’anniversaire américain : célébré dans un lieu dédié, qui s’appelle « pump it up », le mini-Disneyland des chateaux gonflables. Le truc est minuté. Les enfants jouent 45 minutes dans la salle 1, 45 minutes dans la salle 2 (pendant qu’un autre anniversaire débarque dans la salle 1), puis 30 minutes de goûter proprement dit dans une troisième salle. Les chateaux sont passablement défraichis, mais ça ressemble quand même probablement à l’idée que Nayla et Charlotte se font du paradis. Accessoirement, la société qui organise ça doit se faire des couilles en or.

– l’anniversaire français : au parc, donc. Et si les enfants ne sont pas contents de jouer au toboggan pendant que les parents discutent, il y a toujours « jouer à s’asseoir sagement dans un coin pendant que les parents discutent ».

3) L’ALCOOL : 

– l’anniversaire américain : tu peux crever.

– l’anniversaire français : célébré au champagne … planqué comme au temps de la prohibition : boire dans un parc est passible d’amendes et on déconne pas avec ça – les policiers font des incursions fréquentes dans les parcs pour vérifier que les jeunes n’y sont pas alcoolisés. Mais comme ils ne conçoivent pas que des parents soient indignes au point de picoler quand leurs enfants jouent au toboggan, on ne se fait jamais griller.

4) LA BOUFFE : 

– l’anniversaire américain : pizzas + affreux gateau au colorant, servis en même temps.

– l’anniversaire français : délicieux gateaux de chez Kayser. J’ai choppé Geoffroy, 35 ans à peu près, en train de lécher le plat. Par contre Nayla a été perturbée par le pourtant succulent mariage de la mangue et de la noix de coco et n’en a pas repris.

5) LES CADEAUX :

– l’anniversaire américain : laissés dans un grand sac plastique, ils seront ouverts par l’enfant de retour chez lui. Chaque généreux donateur récupérera ensuite une « thank you note » très polie. Et comme le ticket d’échange est toujours fourni, ton très joli cadeau en bois peut avoir été vite remplacé par un truc en plastique made in China.

– l’anniversaire français : ouverts en grande pompe devant tout le monde, ce qui permet de justifier ton cadeau pourri (genre : « j’ai pas eu le temps désolée »). Par contre tu peux te brosser pour la « thank you note ».

6) LA PLACE DE L’ENFANT DANS L’ANNIVERSAIRE :

– l’anniversaire américain : centrale. Un peu comme à la fête foraine, l’enfant hurle de joie dans ce monde conçu pour lui. Le parent n’ose pas trop avouer qu’il kifferait aussi sauter sur le trampo, du coup il se contente de prendre des photos de son gamin qui vit la journée de sa vie dans le cadre d’une organisation para-militaire.

– l’anniversaire français : périphérique. Charlotte s’est cassée la gueule deux fois et on était trop occupés à discuter de trucs de grands pour vraiment la consoler. Par contre nous on s’est vraiment bien marrés.

7) LE COUT :

– l’anniversaire américain : l’organisation a dû coûter 1.000 dollars, la bouffe … rien (ou presque).

– l’anniversaire français : l’organisation n’a rien coûté, mais on ne s’est pas foutus de notre gueule sur la bouffe.

Conclusion : mon désolant chauvinisme était-il visible dans ce post ?

Luxe calme et volupté : l'arrivée d'un enfant (allégorie, XVIIIe siècle). Note : le peintre fut victime d'un meurtre violent commis par une jeune mère, laquelle affirma qu'il "s'était bien foutu de la gueule du monde" et qu'il "n'avait que ce qu'il méritait".

24 heures dans la vie d’une jeune maman


2h: couinement de Yann qui réclame sa tétée n°245. Je ne peux physiquement pas ouvrir l’oeil. Espoir fugace (et vite déçu) qu’il se rendorme.

2h03: je choisis l’option « sacrifice total de ma nuit » plutôt que de tenter le chemin de croix un peu plus long qui consiste à y croire et donc tenter de le recoucher de temps en temps.

6h07: j’ai lu 1300 articles débiles sur internet avec Yann collé au sein. Je serais bien incapable d’en résumer un seul. Mais je regrette intensément que mes copains, sur Facebook, postent tant d’articles chiants sur des sujets sérieux plutôt que de s’intéresser à des trucs style « la tomate, d’où vient-elle » (type d’article que je chéris particulièrement à 5h du matin).

6h50: Je bave sur l’iphone en essayant de ne pas tomber en avant. Mon mec se réveille avec l’air ahuri : il est quelle heure ? tu as passé une bonne nuit ? je me retiens pour ne pas le cogner. Mais Yann choisit ce moment pour s’endormir enfin, je ne peux pas laisser filer ma chance. Je me couche donc au moment où mon mec se lève, sans un mot.

10h: j’ai dormi comme une masse. Les filles ne sont pas là, mon mec a du les emmener à l’école. Je n’ai rien entendu.

10h07: passage dans la cuisine en ayant choisi l’option « ne surtout pas me regarder dans le miroir ».

Réflexion philosophique unique de la journée : mon destin des 15 prochaines années consistera-t-il essentiellement à marcher pieds nus sur des cheerios écrasés laissés par Nayla et Charlotte ?

10h08: razzia sans joie sur les cookies qu’une copine charitable m’a fait livrer. Je m’empiffre tellement qu’au mépris de toutes les lois gynécologiques, je suis vraisemblablement en train de grossir.

11h: sentiment de suractivité : je vais mettre une lessive à tourner.

11h07 : sentiment d’accomplissement : j’ai mis une lessive à tourner.

12h02 : je réalise que j’avais oublié d’appuyer sur le bouton « on ».

13h18: les nouveaux et antipathiques voisins ont judicieusement sélectionné le moment où je glandais avec un nourrisson pour faire des travaux sur leur terrasse. Aucun marteau piqueur ne m’empêchera de dormir.

13h19: moi non, mais Yann si. Donc moi si (j’espère que vous suivez).

14h07: appel d’une copine. Quand elle entend ma voix elle propose immédiatement d’appeler à l’aide. Il faut dire que c’est la première fois que j’adresse la parole à quelqu’un aujourd’hui et conjuguer un verbe du premier groupe au présent de l’indicatif me semble le bout du monde.

15h05: j’ai étendu la lessive. J’aurai donc quelque chose à répondre à mon mec quand il me demandera ce que j’ai fait aujourd’hui (je ne sais pas pourquoi il s’obstine à me poser la question. J’imagine que je lui fais vaguement pitié. Ou alors, il croit que j’écris un roman en secret. Le pauvre).

17h30: rentrée en fanfare des filles que mon mec est gentiment allé chercher à l’école. Je tente de reprendre le dialogue avec mon ainée qui est infecte avec moi en ce moment (mais enjôleuse avec son père, on est donc bien vautrés dans un bon vieux complexe d’Electre corsé par l’arrivée de Yann).

17h32: Nayla : « non maman ne me parle pas, je préfère papa ». Mouaip.

17h43: Charlotte s’allonge par terre en glapissant, visiblement pour signifier un intense mécontentement sans cause évidente.

18h02: beuglements simultanés des deux filles. Yann est imperméable à ces cris atroces et dort mignonnement dans son berceau.

18h03: je sais que l’arrivée d’un nourrisson perturbe l’équilibre familial. Je tente la patience.

18h04: je pète un cable.

18h07: mon mec m’a éloignée, j’étais sur le point d’en éborgner une au pif.

19h05: en s’y mettant à deux, on arrive à coucher les filles en un temps record, en rognant sur à peu près tout (t’inquiète Nayla, lâche l’affaire sur le brossage de dents. Et les câlins. Et l’histoire. Et le diner, tiens).

19h08: on s’affale dans le canapé. Bonjour, me dit mon mec.

19h08 1/2: Yann étend ses petits bras et se réveille pile au moment où on en arrivait au seul point vraiment crucial de la journée : est-ce qu’on commande des sushis ou des pizzas.

19h17: au moment où je le change pour la 11ème fois de la journée, Yann me fait pieusement caca sur les mains. Je ne relève même plus.

19h45: après la tétée n°1015, je me mets au lit au radar. Sans me brosser les dents, sans me laver, sans dire bonsoir à mon mec, sans lire.

Et c’est reparti …