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Hard times in New York Town

Luxe calme et volupté : l'arrivée d'un enfant (allégorie, XVIIIe siècle). Note : le peintre fut victime d'un meurtre violent commis par une jeune mère, laquelle affirma qu'il "s'était bien foutu de la gueule du monde" et qu'il "n'avait que ce qu'il méritait".

24 heures dans la vie d’une jeune maman


2h: couinement de Yann qui réclame sa tétée n°245. Je ne peux physiquement pas ouvrir l’oeil. Espoir fugace (et vite déçu) qu’il se rendorme.

2h03: je choisis l’option « sacrifice total de ma nuit » plutôt que de tenter le chemin de croix un peu plus long qui consiste à y croire et donc tenter de le recoucher de temps en temps.

6h07: j’ai lu 1300 articles débiles sur internet avec Yann collé au sein. Je serais bien incapable d’en résumer un seul. Mais je regrette intensément que mes copains, sur Facebook, postent tant d’articles chiants sur des sujets sérieux plutôt que de s’intéresser à des trucs style « la tomate, d’où vient-elle » (type d’article que je chéris particulièrement à 5h du matin).

6h50: Je bave sur l’iphone en essayant de ne pas tomber en avant. Mon mec se réveille avec l’air ahuri : il est quelle heure ? tu as passé une bonne nuit ? je me retiens pour ne pas le cogner. Mais Yann choisit ce moment pour s’endormir enfin, je ne peux pas laisser filer ma chance. Je me couche donc au moment où mon mec se lève, sans un mot.

10h: j’ai dormi comme une masse. Les filles ne sont pas là, mon mec a du les emmener à l’école. Je n’ai rien entendu.

10h07: passage dans la cuisine en ayant choisi l’option « ne surtout pas me regarder dans le miroir ».

Réflexion philosophique unique de la journée : mon destin des 15 prochaines années consistera-t-il essentiellement à marcher pieds nus sur des cheerios écrasés laissés par Nayla et Charlotte ?

10h08: razzia sans joie sur les cookies qu’une copine charitable m’a fait livrer. Je m’empiffre tellement qu’au mépris de toutes les lois gynécologiques, je suis vraisemblablement en train de grossir.

11h: sentiment de suractivité : je vais mettre une lessive à tourner.

11h07 : sentiment d’accomplissement : j’ai mis une lessive à tourner.

12h02 : je réalise que j’avais oublié d’appuyer sur le bouton « on ».

13h18: les nouveaux et antipathiques voisins ont judicieusement sélectionné le moment où je glandais avec un nourrisson pour faire des travaux sur leur terrasse. Aucun marteau piqueur ne m’empêchera de dormir.

13h19: moi non, mais Yann si. Donc moi si (j’espère que vous suivez).

14h07: appel d’une copine. Quand elle entend ma voix elle propose immédiatement d’appeler à l’aide. Il faut dire que c’est la première fois que j’adresse la parole à quelqu’un aujourd’hui et conjuguer un verbe du premier groupe au présent de l’indicatif me semble le bout du monde.

15h05: j’ai étendu la lessive. J’aurai donc quelque chose à répondre à mon mec quand il me demandera ce que j’ai fait aujourd’hui (je ne sais pas pourquoi il s’obstine à me poser la question. J’imagine que je lui fais vaguement pitié. Ou alors, il croit que j’écris un roman en secret. Le pauvre).

17h30: rentrée en fanfare des filles que mon mec est gentiment allé chercher à l’école. Je tente de reprendre le dialogue avec mon ainée qui est infecte avec moi en ce moment (mais enjôleuse avec son père, on est donc bien vautrés dans un bon vieux complexe d’Electre corsé par l’arrivée de Yann).

17h32: Nayla : « non maman ne me parle pas, je préfère papa ». Mouaip.

17h43: Charlotte s’allonge par terre en glapissant, visiblement pour signifier un intense mécontentement sans cause évidente.

18h02: beuglements simultanés des deux filles. Yann est imperméable à ces cris atroces et dort mignonnement dans son berceau.

18h03: je sais que l’arrivée d’un nourrisson perturbe l’équilibre familial. Je tente la patience.

18h04: je pète un cable.

18h07: mon mec m’a éloignée, j’étais sur le point d’en éborgner une au pif.

19h05: en s’y mettant à deux, on arrive à coucher les filles en un temps record, en rognant sur à peu près tout (t’inquiète Nayla, lâche l’affaire sur le brossage de dents. Et les câlins. Et l’histoire. Et le diner, tiens).

19h08: on s’affale dans le canapé. Bonjour, me dit mon mec.

19h08 1/2: Yann étend ses petits bras et se réveille pile au moment où on en arrivait au seul point vraiment crucial de la journée : est-ce qu’on commande des sushis ou des pizzas.

19h17: au moment où je le change pour la 11ème fois de la journée, Yann me fait pieusement caca sur les mains. Je ne relève même plus.

19h45: après la tétée n°1015, je me mets au lit au radar. Sans me brosser les dents, sans me laver, sans dire bonsoir à mon mec, sans lire.

Et c’est reparti …

 

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6 Commentaires

  •    Reply

    Thématique pour un futur article : pourquoi les parents remettent ça (alors qu’ils sont déjà passés par là) ?
    Ca reste un grand mystère de la vie pour moi :)

    Bon courage!!!

    •    Reply

      ouaih bah nous c’est fini !!! si j’écris un jour un article à la con style « un 4e, why not », rappelle-moi celui-ci …

  •    Reply

    Courage, ce sont les 20 premières années les plus dures…

  •    Reply

    Tellement vrai…
    À tous ceux qui me disent  » tu vas profiter de NY pour faire le 4eme, je vais pouvoir leur faire lire ton article pour expliquer pourquoi j ai dit  » plus jamais! »; alors merci et surtout bon courage…

    •    Reply

      en fait NY ou pas ne change pas vraiment grand chose sur le fait que les enfants ça épuise !!! (à la limite, NY étant épuisante elle-même, ça aide encore moins …)

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