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Hard times in New York Town

Bienséances, ou Kate faisant taire Brinkley

Les notes à 34 ans


Bonne année Trump 1 tout le monde !

Après un silence radio pour cause de 1- partiels puis 2- vacances lointaines et familiales, me revoilà enfin avec l’objectif excessivement ambitieux de publier  un post et une photo par semaine tout au long de l’année 2017. The sky is the limit les amis.

Cette semaine, les partiels à l’américaine.

Après un semestre de cours passionnants (vraiment), il a fallu que j’écrive des disserts. Pour chacun de mes cours, le sujet était libre, du coup j’ai réfléchi à ce dont je voulais parler, puis je suis allée valider le sujet avec mes profs, puis j’ai écrit mes quinze pages interligne 1,5 par cours, en tentant de ne pas trop faire dodo sur mon clavier à 3h du mat.

Après, les profs ont corrigé, et on a eu les notes. Ca m’a fait bizarre, j’ai eu la même semaine un paquet de cheveux blancs soudainement apparus sur mon crâne, et mon premier A- (ce qui dans la série « tu es une vieille jeune » était un peu lourdingue de la part de mon corps). Comme je savais pas trop quoi faire du A-*, j’ai appelé ma mère pour qu’elle me félicite comme au bon vieux temps.

Encore après, sachant que les américains ont une tendance lourde à la félicitation imméritée, j’ai demandé à mes copaingues s’ils avaient eu des bonnes notes aussi (je voyais d’ici le truc où toute la classe avait A, comme les instits de mes enfants qui leur disent tout le temps « good job » même quand les enfants colorient mal). Et là trop bizarre : les américains ne divulguent pas du tout leurs notes. Au bout de 7 fois où, à la question « et toi t’as eu combien », les gens répondaient « sinon tu fais quoi ce WE » j’ai fini par demander très officiellement ce qu’était le délire je-garde-ma-copie-contre-mon-coeur-et-tu-sauras-pas-ce-qu’il-y-a-dedans, et très officiellement, on m’a répondu  : c’est privé les notes.

Donc, petit guide pratique « la pudeur aux US » : les notes, c’est non. Mais les salaires c’est oui. Et les cuisses de ta fille de deux ans c’est non.

To be continued.

 

* pour les cheveux blancs j’envisage la teinture mais ça me fait trop bader (mais il paraît que le henné c’est moche et ridicule) quelqu’un a des astuces?

"le Vietnam, pour les Etats-Unis, n'est plus un pays. Le Vietnam est une guerre" (débat sur la guerre, novembre 2016)

La fac à 34 ans.


Je me rends compte que je n’ai pas posté depuis … longtemps. Non mais en fait c’est parce que j’ai mes partiels. A 34 ans. Riez donc les amis, je me paie une sacrée cure de jouvence (on soulignera le verbe « payer » qui a son importance).

A 34 ans, j’ai donc :
– hier, diné avec mes copines de 22 ans qui sont en master « museum anthropology »*. On a gloussé parce que le serveur était mignon même si je trouvais qu’il avait un peu forcé sur la muscu.
– découvert que la sexualité des vingtenaires n’est plus ce qu’elle était. Tinder a tout changé ma bonne dame.
– des débats enflammés sur la décolonisation.
– un sac à dos, des cahiers, un abonnement à la bibliothèque.
– eu un A à ma disserte’ d’anthropologie, mais seulement un B+ à ma disserte’ d’histoire des migrations (j’aurais dû m’en douter, c’est l’Amérique, donc les notes sont tirées vers le haut, donc B est quasiment une mauvaise note).
– tendance à être LA référence vers laquelle se tournent les regards quand on aborde les sujets « couple stable » (rions ensemble), « enfants », voire (moins cool) « vieillesse ». Comme j’avais déjà tendance à être LA référence dans les diners américains sur les sujets « France » (voire « Europe »), je suis en train de m’habituer à être une maxi-usurpatrice jamais percée à jour.
– tendance à ne pas trop savoir s’il faut que je sois copine avec les étudiants (qui me trouvent un peu bizarre) ou les profs (qui me trouvent un peu bizarre). Du coup je joue à l’incomprise seule dans son coin un peu comme quand j’étais en 4e B.

Je vous laisse, je vais prendre mon bus.

 

* il y a des master aux titres très chelou, genre « critical thoughts » (pensées critiques) ou « global thinking » (pensées globales). Ca me laisse toujours un peu rêveuse. Je me demande si je ne vais pas postuler après mon master.

Ma première photo


… se passe de commentaires, mais c’est génial, en plus de jouer aux voitures les garçons peuvent désormais lire les news ! pour les filles on attendra

Tristes trumpismes


Un jour j’ai commencé une série d’articles sur le fait de vivre à l’étranger. On se sent loin, on se sent souvent con. Et parfois, très très seuls.

On est à presque J+1 semaine de l’élection de Trump. Mes copains français ont recommencé à poster des photos de chats ou de vacances exotiques sur Facebook. Mais aux US, le monde est toujours suspendu.

A la sortie des écoles et au parc, les parents ont toujours le visage ravagé. Les américains réagissant vachement à l’émotion, il n’est pas rare de voir des passants en larmes. Sur la 5e avenue, la Trump tower est barrée de cordons de sécurité qui obligent à faire un détour d’un quart d’heure plutôt que de passer devant. Les timelines Facebook des américains explosent sous les micro-débats politiques d’habitude quasi inexistants aux Etats-Unis. D’ailleurs c’est marrant, le point godwin du trumpiste n’est visiblement pas le nazisme mais « acheter des armes est mon droit de l’homme ». A Columbia, les étudiants font du Columbia, c’est-à-dire qu’ils protestent et organisent des grands amphis pour débattre du fait qu’ils vont bientôt redébattre. J’ai été ajoutée à un groupe Facebook secret « pantsuit nation », où la moindre photo d’un fromage sculpté en forme de H comme Hillary est saluée 56.000 fois. Tout le monde se prend dans les bras dans le métro 1, en oubliant opportunément que Trump fait 37,5% du vote new-yorkais donc l’argument « les fermiers du midwest, ces gros débiles » fait long feu.

L’Amérique s’est pris un train dans la gueule, et ne sait pas vraiment l’appréhender autrement qu’en termes de fin du monde. Il est rigolo qu’elle ne puisse l’appréhender autrement qu’en termes de débats sur Facebook + protests, mais les engagements politiques viendront peut-être plus tard, après la stupeur.

Moi, je fais ma maligne mais je ne dors plus depuis une semaine. Je ne sais plus quoi penser, je ne sais plus dans quel espace me situer. Je ne sais plus si j’ai raison de ne pas dormir. Mais je sais que je réagis comme une américaine beaucoup plus que comme une française. J’ai brusquement adopté mon pays d’adoption la semaine dernière, et je ne sais pas encore trop quoi faire de cet encombrant cadeau.

Promis, la prochaine fois on parle de gamins qui font pipi dans leur culotte à Central Park.

Merci Hannah Arendt


« the mob is primarily a group in which the residue of all classes are represented. this makes it so easy to mistake the mob for the people, which also comprises all strata of society. While the people in all great revolutions fight for true representation, the mob always will shout for the « strong man », the « great leader ». For the mob hates society from which it is excluded, as well as Parliament where it is not represented. Plebiscites, therefore, with which modern mob leaders have obtained such excellent results, are an old concept of politicians who rely upon the mob« .

Hannah Arendt, on totalitarism

La gueule de bois.


Tout n’est pas plié mais ça y ressemble bigrement (« bigly », comme il dit).

Tu as le premier moment où tu dis 37 fois putain devant ton ordi.

Le deuxième moment où tu te dis que ce pays déconne de toute manière à plein tubes, que ça n’est pas possible d’admettre tant d’inégalités, et que finalement un vote tellement « disruptif » est peut-être un bon moyen de donner un coup de pied dans la fourmilière et donc après tout pourquoi pas.

Le troisième où tu te dis qu’en tant que femme, en tant que féministe, en tant qu’être humain, tu sais déjà que le mec va commettre des dommages sociétaux et « raciaux », irréparables, et là tu te remets à bouffer tes doigts devant ton ordi en répétant 37 fois putain.

Le quatrième où tu te demandes si tu n’es pas Marie Antoinette dans sa tour, qui observe une triste révolution du haut de sa mignonette fenêtre New York Times. Tu te demandes si tu as même le droit de discuter de ça, du vote populaire, du Brexit ou du traité de paix colombien alors qu’au fond, « le peuple » américain, ses peurs et ses galères, tu n’y connais rien, et s’offusquer sur Facebook avec tes petits copains qui pensent comme toi ne va pas te mener bien loin.

Et en filigrane, les éternels débats à la con des étrangers dans un pays dont la politique devient tendue, si-c’est-comme-ça-je-me-casse-au-Canada (le serveur pour se barrer au Canada a planté). C’est là que Baudelaire a du panache.
« Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste »

J’en suis là.

Marathonienne hébétée, éventée par une groupie admirative (marathon NYC - 2640)

mais YEAH quoi


I did it man. Je ressemblais à un phoque mort à l’arrivée mais je m’en foutais, j’étais trop contente de l’avoir fini. Contrairement aux prédictions de mon copain Vincent, mon pancréas n’est pas tombé devant moi à Harlem.

Pour le sarcasme, désolée les gars mais on repassera : j’étais terriblement premier degré pendant tout le parcours. J’ai failli chialer à plusieurs reprises, je tenais la main des gentils enfants venus nous encourager sur le bord de la route, j’étais contente d’avoir mon poncho de finisher et ma médaille.

Et puis il faut quand même le dire : c’est un truc de maboule. Le Verrazano bridge, le beau temps, les blagues des gens sur le parcours (« if Trump can run so can you »), la vue sur New York comme tu ne l’as jamais vu, la camaraderie entre coureurs (moi j’appelle ça la célébration collective de l’effort individuel). Et puis visiter « autrement » et d’un coup, tous les quartiers de NY : le bas Brooklyn indien et hispano, le milieu Brooklyn avec les juifs hassidiques qui ont l’air trop saoulés d’attendre que l’intégralité du marathon soit passé pour pouvoir traverser la route, le haut Brooklyn hyper hipster avec clairement les gens qui rentrent de soirée et se demandent quel est ce bordel, le Bronx plus black et Manhattan où c’est le bordel avec la terre entière qui hurle avec toi. Dans tous les quartiers, des odeurs de resto et des gens qui hurlent pour toi et ont l’air de trouver que tu es Obama parce que tu cours un marathon (et moi j’ai bien aimé avoir l’impression d’être Obama).

Sur les pancartes d’encouragement, beaucoup de blagues sur la présidentielle, beaucoup d’ironie « magnez vous, porter cette pancarte me tue », ou « magnez vous, on est retard pour le brunch ». Sur les TShirt des coureurs, pas tellement de politique, mais beaucoup de drapeaux de plein de pays.  Et beaucoup de bonnes oeuvres (ensemble on va tuer le cancer / ensemble on va tuer Alzheimer / et moi j’avais un T-shirt charity aussi donc je la ferme direct).

Voilà les amis : j’ai pris un bus Greyhound, j’ai couru le marathon de New York, j’ai fait un bébé américain. Je pense que maintenant je peux me casser (surtout si Trump passe, fingers crossed putain).

Marathonien dopé emporté par la NYPD sous les huées de la foule , circa 2640 BC

Demain, dès l’aube …


Je cours enfin ce satané marathon dont je parle depuis des plombes.

Evidemment, j’ai mes règles, un vague rhume et je me suis flingué le dos avant-hier soir. Je me demande si c’est pas mon corps qui prépare ses arguments au cas où il me lâcherait en cours de route.

Evidemment, dire que tu cours le marathon c’est une fois encore polir tes préjugés sur les américains et les français. A quelques exceptions près, mes copains français s’en carrent poliment, ou alors me trouvent complètement con (mon copain Vincent, ce salopard qui m’a pourtant initiée à la course, m’ayant d’ailleurs prédit une descente d’organes). Les américains versent une larme parce que le marathon, surtout celui de New-York, c’est la cristallisation absolue du rêve américain (corsé par le côté « je cours pour mes enfants » alors que je cours essentiellement pour mon fessier). Mes voisins relous ont placardé des tonnes de papiers « may the force be with you » et « marathon, nothing is impossible » sur ma porte ce matin (c’est pas une blague), et à l’école des petits je me suis souvent fait applaudir par des gens que je connaissais pas et à qui on avait dit que je « le » courais (c’est pas une blague non plus). En réalité, si les mecs m’avaient vu courir,  ils applaudiraient avec moins d’entrain.

Bon, je vais veiller aux derniers préparatifs : téléchargement de l’intégrale Véronique Sanson dans mon iPod, achat de petits gels dégueulasse goût « café déca », et dodo sur le coup de 18h30 après les rituelles pâtes aux escalopes sans beurre. L’envers du rêve américain.

Give me my fucking green card


Je mérite la citoyenneté immédiate.

Au café, ce matin. Une jeune maman dont la minuscule petite fille dormait dans son berceau. Je fais bien sûr les compliments d’usage sur le bébé (« oh, so cute, quel age etc ») en me vautrant en face d’elle dans un gros fauteuil confortable, avec mon gros cookie au chocolat et mon gros mug d’eau chaude teintée de café (+ 2 points d’Amérique).

La jeune maman commence à me parler de son « church mommy group » (mommy group de l’Eglise*) qui l’aide beaucoup à gérer, surtout son ainée qui a l’air d’être une grosse morue en ce moment (classique). Je lui demande si à son church mommy group elles discutent de vrais trucs de la vraie vie, style comment parfois tu hais tes enfants. Elle hoche la tête et dit tout naturellement « yes of course, if you cannot be honest with your sisters in Christ what’s the point? » (évidemment, si tu n’es pas capable d’être honnête avec tes soeurs dans le Christ quel est l’intérêt ?)

J’ai fait mon sourire de putois sincère et enchainé hyper naturellement sur la phrase d’après.

Deux ans d’entrainement à l’Amérique les gars.

* les mommy group ici c’est un must. l’idée qui est franchement pas si mal, est de partager tes galères avec d’autres personnes dans le cas. Un peu les alcooliques anonymes de la maman. J’ai jamais fait mais j’aurais peut-être dû …

Les punitions au Moyen-Age sont relativement primitives (tableau accroché au mur de la fondation Rauschenberg)

La conférence d’anthropologie – putain les gars, je poste en live …


J’ai assisté dans ma vie à un paquet de conférences en droit. Au début tu es intimidé mais au bout d’un moment tu réalises que c’est toujours un peu pareil. Mêmes costumes noirs, mêmes mecs qui se prennent au sérieux et font les mêmes blagues à la con sur les mauvaises rédactions des lois. Les rares femmes mettent les mêmes marques de rouges à lèvres sur les flûtes à champagne pendant le cocktail de sortie toujours un peu terrifiant.

Ce soir j’assiste à ma deuxième conférence en anthropologie dans une fondation où sont suspendus au mur des moules de crânes humains en argile et des tapis ethniques.

Un septuagénaire en chaussettes noires qui ressemble à s’y méprendre à Grincheux dans Tintin mashup mon grand-père Bernard, vient de me proposer de déposer mon manteau à la consigne. Ca sent le riz piquant mais c’est normal : il y A du riz piquant dans des grands bacs comme à la cantine en CM2, on vient de m’en proposer (la conférence était à 6h mais c’était pour diner AVANT la conférence). Les gens ont l’air de correspondre exactement au lecteur Télérama (prof quinquagénaire sympa un peu à l’ouest). Par contre un peu tendu pour des anthropologues qui se la pètent post-coloniaux, un seul black, d’ailleurs méga stylex, mange son riz tout seul sous son chapeau en tweed.

Et le titre de la conférence? Repenser les peines. On « repense » vachement chez les universitaires.

Je vous laisse, je vais discuter avec mes nouveaux grands-parents.