uschapters
Hard times in New York Town

Egorger, nos fils et nos compagneu ... (illustration pour le cours de morale, circa 1925).

there’s a heeeero


La semaine dernière, la maitresse de Nayla envoie à tous les parents le mail suivant (intitulé « envoyer de la joie à nos héros ») : bonjour parents ! cette semaine, nous avons discuté des différentes factions militaires, et en l’honneur de Veteran’s day (le 11 novembre, jour des anciens soldats), chaque enfant a écrit une carte à l’un de nos héros. Ces lettres seront distribuées dans le monde entier à nos soldats ou anciens soldats.

Pour en remettre une couche, l’une des mamans, que je ne peux pas blairer, avait renvoyé un mail derrière : « super ! formidable que nos enfants apprennent à aimer ceux qui servent notre pays ».

Ni mon mec ni moi ne sommes convaincus par le caractère super de tout ça, ni sur la forme ni sur le fond.

Après en avoir discuté une partie du week-end, on a donc décidé que ça nous chauffait suffisamment pour qu’on en fasse une question de principe.

Munis des éléments de langage balancés par nos copains « résolution de conflit » appelés à la rescousse, on s’est donc fendus dimanche soir d’une lettre à la proviseur et à la maitresse. On a tenté d’expliquer sans être trop relous que les soldats américains, ou l’armée américaine, ou l’armée tout court, pouvaient n’être pas considérés comme nécessairement héroïques, que cinq ans c’était un peu jeune (mais malins, on a évité le terme « propagande »), qu’on était tous les deux bien ennuyés que notre fille envoie des lettres « you are my hero » à des soldats américains et que dans le contexte d’une école multiculturelle notre point de vue n’était probablement pas unique. Le tout étouffé sous des tartines de « on adore l’école, Nayla adore l’école, on vous adore, hihihi ».

J’avoue qu’après la treizième relecture, au moment d’appuyer sur « send », j’ai un peu palpité : allait-on se faire virer (de l’école, ou très accessoirement du pays) ? Mais mon mec a pris son regard « intégrité morale numéro 137″ pour me dire : mon petit chou, si on se fait expulser pour ça, c’est que ce pays n’était pas pour nous. J’ai dit « oh, Jean-Pierre, la vie avec toi est une aventure », et j’ai envoyé.

Le proviseur a immédiatement balancé un email courtois mais très ferme, nous invitant à discuter de ce sujet elle, en présence de la maitresse. Le rendez-vous est demain. Je suis présentement en train de réviser mes fiches « géopolitique mondiale ».

Quant à Nayla, à qui on a vaguement demandé son avis après coup, elle nous a répondu en fronçant les yeux pour essayer de se rappeler : « oui oui, on a écrit une lettre la semaine dernière. A qui ? Oh j’ai oublié ».

Moi écrivant mon blog

Reprise de blog


A la demande générale de ma copine Carole, j’ai décidé de recommencer à écrire.

J’avais arrêté parce que :
– ça fait exactement trois ans qu’on est là, du coup il y a moins de trucs qui m’hallucinent
– … et les trucs qui m’hallucinent ne sont pas très marrant : honnêtement l’Amérique de Trump donne moyen envie de se fendre la poire, c’est dur de faire des petits posts sarcastiques dans cet environnement bien tendax
– accessoirement, je me suis un peu noyée dans un verre d’eau ces derniers temps (essentiellement pour cause de glandage excessif sur Internet et notamment de longs matages traumatisés du blog de Mimi Thorisson).

J’ai néanmoins décidé de recommencer mon blog parce que c’est toujours cool d’être liké 6 fois, dont 5 par mes cousins.

Alors voilà, stay tuned kiddos !

Pendant ce temps, à Vera Cruz, la baby sitter se débattait aux prises avec trois enfants qui voulaient rereregarder Frozen.

Le mariage américain


Il y a 15 jours, on a assisté à notre premier mariage américain (sans la messe parce que la babysitter nous avait plantés au dernier moment et qu’il a fallu trouver une solution dite « bout de ficelle »). On est arrivés sur le coup de 18h dans le fin fond du Queens. Chaussures vernies, Uber noir, costume propre. Des princes. Le lieu de la réception ressemblait à quelque chose comme une villa espagnole croisée avec une église grecque orthodoxe. Tout ça entre deux autoroutes, bref expérience postmoderne « la méditerranée vu par les ricains ».

Attention, jeu des trois différences.

1- De manière générale, l’américain dine à 18h et termine ses soirées autour de 22 heures. Donc lorsqu’on a constaté, à notre arrivée, que les stands de paella, ribs et saucisse-mozzarella étaient dressés, mon mec et moi on s’est jetés sur la bouffe comme les crevards patentés qu’on est. En 1/2 heure on avait lavé le très copieux buffet, dessert compris, et ingéré un respectable paquet de calories. Verdict : Diner pas mal, assez gras, plutôt bizarrement organisé. C’est alors que Nestor le majordome nous indique qu’il faut passer dans la deuxième salle … et qu’on entre dans la salle du dîner. Tout le monde s’est foutu de notre gueule quand on a hoqueté « so euh the ribs was not the dinner? » non abrutie c’était le cocktail. On a dû retourner à la case départ. Quatre plats, commençant par une entrée légère : pasta al pomodoro with tomatoes (postmodernisme « le diner mébiterranéo-chic dans ton assiette »). C’est là que tu regrettes de ne pas avoir emporté de citrate de bétaïne dans ton sac à main so French.

2- Couverture médiatique = 4 photographes dont un quasiment suspendu aux candélabres, un drône et un cameraman qui traquait les mariés comme dans un trip Las Vegas Parano (je n’exagère pas). Autant dire qu’au niveau de l’album Facebook « our wedding », rien n’avait été laissé au hasard. J’ai vécu mon premier moment star lorsque mon mec a fait son malin sur Modern Love de David Bowie (comme à tous les mariages), et que tous les photographes ont convergé sur nous. Je pense que les mariés vont pouvoir effacer 1.380 photos de type « cellulite en gros plan ».

3- pas sûr pour le rétro-projo balançant des clips années 80 pendant le mariage. Mais c’était un moment intéressant pour réaliser que les Inconnus étaient des observateurs éclairés et précis de leur époque. Une autre copine américaine m’a glissé à l’oreille qu’un rétro-projecteur aux weddings c’était « so Long Island », je savoure encore la portée anthropologique de cette remarque (sans trop la comprendre).

Bon et bien sûr les robes longues et les brushings, et les French manicures, et les gens qui viennent du monde entier, la chocolate fondue avec des s’mores et les rituels de discours si différents des nôtres. Reprenons vite une grande lampée d’Amérique de l’âge d’or avant que Trump ne nous la désintègre.

Révisions d'une quadragénaire pour son troisième master. Greuze, 1787, Musée des Beaux-Arts, Chateauroux

Les bonnes choses ne changent pas.


Quand j’étais jeune dans les années nonante, je me découvrais toujours une passion pour trois trucs différents au moment des revisions : le maquillage, la cuisine et le ménage. Le droit administratif, ou comment faire ressortir la menagère qui sommeille en toi.

On est le 29 avril 2017, je suis toujours en révisions. Je procrastine avec un enfant malade mais beaucoup d’allure, car j’ai mis du mascara. J’envisage de me refaire l’intégralité des Mad Men au lieu de rédiger mon truc pourri sur la féminisation des demandes d’asile (je sais, le titre est chiant, le contenu promet de l’être encore plus).

J’ai même pas la force de rédiger une conclusion rigolote, c’est dire à quel point je suis accablée.

Je n'ai pas pu préparer la présentation, Charlotte s'était dénudée sur la voie publique (excuse pour étudiant à enfant #147)

34 ans à l’université, take 2


Pareil / pas pareil : avoir des enfants ou pas quand on fait l’université.

Les devoirs :

Pour mes copines : c’est se réfugier dans la gravité silencieuse de leur appartement. C’est se verser un thé, allumer une bougie, et attendre, recueillies, que le savoir descende en elles (moyennant un savant roulement snapchat / Facebook / instagram environ toutes les 10 min).

Pour moi : c’est de toutes façons pas avant 21 heures 30, parce qu’avant on a les enfants qui hurlent, les lessives à faire et surtout la musique du roi lion dans les oreilles : naaaaaaaa tsimbrekiaaaaaa navadiss tsivaraaaaa (passion Simba). C’est se tromper de bouquin à lire assez régulièrement parce qu’on était un peu décapée au moment où on a pris les notes. C’est  lire 30 pages d’un truc à 1h du mat, relever la tête et se demander sincèrement : tiens, mais de quoi ça parle ? C’est aussi constater en rendant le livre à la bibliothèque que « buddha is in hiding » a pas mal souffert des balançages de purée virtuoses de Yann.

Spring Break :

Pour mes copines : c’est se dorer la fesse sur les plages de Californie en faisant valser du bellâtre sur Tinder.

Pour moi : c’est un blizzard qui s’abat sur New York dans moins de 24 heures. Il s’appelle Stella. C’est joli comme nom. Les trois enfants n’auront pas école pendant deux jours. On va en chier.

Les soirées :

Pour mes copines : c’est potentiellement tous les soirs.

Pour moi : c’est un concept oublié dans les années nonante. Néanmoins, malgré trois grossesses et deux marathons, je suis encore capable de boire deux bières sans vomir. Pour elles c’est moins sûr (j’ai organisé un pique nique au début de l’année, il devait y avoir 13 bières pour 25, ben y en avait un paquet qui disaient des conneries).

Le couple :

–  Pour mes copines : c’est un concept très frais (entendu récemment : « ça fait six mois ? ah ouais, une longue relation »). C’est des relations à distance, qu’on gère en s’engouffrant dans des avions à horaires impossibles, en écrivant des tonnes de whatsapp à smileys inquiets. C’est des idées de « comment on sera quand on sera maman » qui me m’attendrissent pas mal parce que j’avais les mêmes, et j’aimerais bien leur dire que la réalité sera différente, et si les filles, je vous promets que parfois vous donnerez des petits pots à vos enfants , et ce sera pas grave. C’est demander beaucoup de conseils à la con à ses copines. La vie de couple à 25 ans, c’est compliqué. C’est cool. Mais ça prend beaucoup de temps, beaucoup de sueur. Et c’est quand même surtout compliqué.

– Pour moi : c’est se rendre compte que l’autre est passé chez le coiffeur au bout de 5 jours. C’est tenter annuellement le resto « parlons de nous mon amour » et mettre même du recourbe-cils pour l’occasion, mais lâcher l’affaire à 22h15 parce que la conversation romantique commence à ressembler à une to-do list. C’est une course de relais (tu fais chier, c’est à toi de te lever, je me suis réveillée la nuit dernière / OK je sors jeudi, tu prends mercredi ?) C’est s’appuyer sur l’autre, rarement le séduire. C’est rigoler pas mal ensemble, souvent nerveusement. C’est néanmoins, entendre mes copines de fac me dire  : « oh mais tu as teeeellement de chance », parce que c’est vrai : c’est plus simple.

 

Parfois je me demande si mes copines et moi on est quitte. Je pense quand même que non.

Promis, après ça j’arrête de parler de mes enfants pendant au moins un mois.

L’affreux cours de djembe


Voilà, j’ai fini par me faire avoir : Nayla, 4 ans, est inscrite depuis trois mois à un cours de djembe. J’en pouvais plus des sourires consternés et des petits pincements de lèvres suggérant que je privais mes enfants d’une source d’Epanouissement Obligatoire.

Toutes les semaines, j’accompagne donc Nayla l’européenne, munie de son djembe made in China, au cours de djembe new-yorkais où le prof a une tête de boucher du midwest et enseigne des « rythmes africains ». Je kifferais volontiers le décalage « quatre continents » si je n’étais pas régulièrement saisie :
1/ d’irritation contre le prof qui s’obstine à parler de l’Afrique comme d’un grand pays mystérieux et uniforme
2/ par l’odeur de prout qui règne immanquablement dans toute réunion de plus de deux enfants.

L’autre problème du cours, c’est que les parents sont censés participer. Les premiers cours, je me suis retrouvée comme une  adolescente godiche et rétive, obstinément assise quand l’ensemble des gamins et les mamans ravis dansotaient avec leur djembe en une parodie dégueulasse des dimanches à Bamako (ouais, pas de papa of course) . Depuis j’ai trouvé un prétexte pour me barrer « exceptionnellement » et je vais lire mes bouquins d’anthropologie au café du coin pendant que Nayla fait du djembe sans sa maman.

Bon, la prochaine fois, je vous parle de Jessica, la propriétaire des cours obèse et stridente, mais là c’est la journée des droits de la femme (ici on a squizzé le coup des droits de la femme, ça s’appelle « international women’s day »), je refuse donc d’être méchante avec mes consoeurs.

Oui, je sais, rien à voir mais le terminage de notre puzzle de 1.500 pièces est un inépuisable motif de fierté.

La double-vie de Véronique, une fiction en 234 mots


Véronique avait décidé de reprendre ses études dans l’Amérique de Trump. Rien n’allait l’arrêter dans son entreprise, et surtout pas ses trois enfants en bas âge.

*           *           *

Un soir, alors que Véronique prenait l’apéro avec quatre copines de fac dont la plus vieille avait 25 ans, son mari l’appela pour l’informer, légèrement agacé, de ce que Yann avait la diarrhée et qu’il fallait qu’elle passe à la pharmacie en rentrant pour acheter du pedialyte merci.

Elle raccrocha poliment et retourna boire son mauvais vin blanc et caqueter avec ses copines avec l’allégresse de la femme qui gère sa double-vie avec maestria. Qu’on est bien à discuter de snapchat, se dit-elle.

*           *           *

Le lendemain, Yann, qui avait passé la nuit à pleurnicher par intermittences, reprit ses pédaradements. 38°2. Il fallait se rendre à l’évidence, il n’allait pas pouvoir aller à la crèche, inutile d’espérer un succès sur le coup du doliprane-qu’on-donne-en-loucedé-avant-de-partir-à-la-crèche-et-qu’on-dit-rien-aux-dames-de-la-crèche-mais-on-espère-que-ça-va-passer-et-qu’ils-n’y-verront-que-du-feu.

Véronique regarda son mari qui la regarda. Elle soupira, ouvrit son ordinateur, envoya rapidement un mail à son professeur de « international humanitarian law » intitulé « baby / flu / sorry » (après avoir un instant songé à détailler les problèmes digestifs de Yann, elle avait finalement considéré que ça n’était pas directement pertinent), et s’apprêta bravement à entamer une grosse journée de merde dans son appartement mal rangé avec son gamin ronchon.

Morale : la fac et les enfants, parfois ça marche et parfois non.

Choking hazard: Nous sommes une école dinosaure-free. Amener des dinos à l'école est passible de sanctions pouvant aller jusqu'à l'exclusion de l'enfant. Nous nous réservons le droit de prévenir les autorités en cas d'apport de dino dans l'enceinte de nos bâtiments.

Saint Valentin, bilan chiffré


Dans la rue, un new-yorkais sur trois portait un bouquet de fleurs ce soir vers 18 heures …

… et 20 minutes de queue (à la louche) dans le magasin de papeterie / cartes de voeux devant lequel je suis passé

3 heures 30 de motivation poussive pour faire écrire « happy valentine’s day » à Nayla (4 ans), sur les 24 cartes de la St Valentin qu’elle a distribuées à ses copains

1 carte bizarre envoyée par Nayla (elle y tenait) : « Walker, don’t hit me and I will be your friend » (Walker, ne me tape pas et je serai ton amie). La maman de Walker a dû faire une sale gueule en ouvrant les cartes ce soir

39 cartes reçues par nos trois enfants au total, avec 37 petits cadeaux scotchés sur les cartes (et deux mamans radines)

Les petits cadeaux: 28 sucettes pas bonnes du tout, 2 sortes de tang 2.0 qui ont l’air d’avoir la puissance d’un vermifuge, 3 petits dinosaures en plastique rose du style oh-regarde-le-bébé-s’est-tué-il-a-bouffé-le-dino, 9 chocolats, 0 chocolat mangeable, 4 gommes en forme de coeur, 17 stylos et plein de gommettes.

500 grammes de plastiques divers balancés à la poubelle après ouverture

Dans l’école des enfants, le bilan carbone annuel du Sierra Leone dépensé en un jour

 

Happy Valentine’s Day!!!

Bacon old fashioned / la patrie des gourmets

Comment se remonter le moral


Depuis l’executive order c’est devenu difficile de trouver des trucs rigolos à dire sur les US.

Heureusement, dans le hall de mon immeuble, quelqu’un a balancé un vieux livre de recettes contenant cette recette de cocktail whisky-bacon-sirop d’érable (photo), me rappelant ainsi juste à temps que l’Amérique est certes devenu un pays institutionnellement raciste, mais elle demeure avant tout la patrie des gourmets. Vous pouvez agrandir la photo pour tester si vous êtes des braves.

A part ça :

– j’ai écrit ici un article sur le blog de Mathilde consacré aux enfants et à l’expatriation. Merci de le lire, j’ai passé des plombes à l’écrire (comme c’était pour quelqu’un d’autre au début j’avais pris un ton méga ampoulé, c’était abominable).

– paragraphe « vie de couple » : Pendant que je potasse mes bouquins d’anthropologie, souvent mon mec regarde the walking dead. Ben regarder son mec qui regarde the Walking dead, c’est assister gratos à une longue représentation « actor’s studio » de l’effroi (je cache ma tête derrière mon oreiller, je fais des bonds sur mon canapé, je cache mes oreilles, mes pupilles se dilatent, je déglutis péniblement, je couine de douleur cathartique). Et on n’est pas loin du moment où il va nous acheter un canif Victorinox au cas où les zombies débarquent.

– paragraphe « vie de couple » 2 : The Walking Dead a fait une petite pause, du coup on s’est acheté un puzzle de 1.500 pièces à compléter pendant nos longues soirées d’hiver (le Catane à 2 nous ayant collé au bord du divorce, un truc collaboratif paraissait une bonne idée). Mais on ne renonce pas si facilement à notre esprit de compétition du ragondin débile : on passe notre temps à s’insulter en mode « t’as mis deux pièces là ? c’est ouf comme t’es pas doué, moi j’en ai placé 5″.

– paragraphe « march is the new brunch » : il y a plein de manifestations anti-trump à venir. Je vous raconterai – j’ai bien sûr envie de participer à toutes, mais j’ai le sens politique du ragondin débile, il faudra que je muscle un peu mon discours (à l’heure actuelle : l’immigration ? ouais, c’est bien ; le climat ? ouais bien aussi. Etc).

– paragraphe « et en vrai » ? ben c’est la déprime.

Pic of the week #2 – Living in a state of fear